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Au Centre Pompidou, nos trente (plus belles) années

Pascal Bernard 22 juillet 2014

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Neuf mois après le réaccrochage de ses collections d’art moderne, intitulé Modernités plurielles, le Centre Pompidou propose un nouveau regard sur ses collections contemporaines. Une histoire offre un panorama assez sombre de l’art des trente dernières années, à travers plus de 400 œuvres et objets embrassant tous les champs de la création. En voici cinq.

Hans Haacke, MetroMobiltan, 1985, Paris, Centre Pompidou, MNAM-CCI © Philippe Migeat/RMN-GP/Adagp.

Magiciens de la terre

Parallèlement à Une histoire, le Centre Pompidou revient sur l’exposition Magiciens de la terre, conçue par Jean-Hubert Martin il y a 25 ans, à travers une série d’événements : colloque, université d’été, publication d’un ouvrage de référence et expo documentaire. Présentée conjointement à la Grande Halle de la Villette et au musée national d’art moderne sous forme d’invitation inédite à des artistes contemporains de tous les continents, Magiciens de la terre figure parmi les expositions qui ont révolutionné la scène artistique internationale du XXe siècle. Fruit d’une longue prospection, elle a permis de faire reconnaître sur la scène internationale des artistes comme Huang Yong Ping (choisi pour Monumenta 2016), Frederic Bruly Bouabré ou Cildo Meireles (que l’on retrouve aujourd’hui dans l’exposition Imagine Brazil à Lyon), et a été parmi les premières expositions à préfigurer le phénomène de globalisation, reflétant par ailleurs les engagements du Centre Pompidou vis-à-vis de la création contemporaine. « L’art est global. Notre collection se veut universelle et doit refléter la nouvelle géographie de la création », affirme Alain Seban, son président. Ces enjeux sont à l’image du nouvel accrochage des collections contemporaines du musée national d’art moderne, qui réunit aujourd’hui 180 artistes venus de 58 pays.

En préambule de l’accrochage Une histoire conçu par la conservatrice Christine Macel, est présentée l’une œuvres-phares de Magiciens de la terre. Inspirée de la façade et des bannières du Metropolitan Museum de New York, MetroMobiltan de l’artiste allemand Hans Haacke dénonçait une multinationale, Mobil, « qui tente de se racheter son image, ternie par son appui au gouvernement de l’apartheid » en soutenant des manifestations culturelles (ici le mécénat d’une exposition sur les trésors de l’ancien Nigeria). L’affiche cache une photographie de l’enterrement des victimes tuées par la police sud-africaine près du Cap le 16 mars 1985. Souvent politique, Une histoire offre ainsi une rétrospective de l’actualité de ces trente dernières années : dislocation du bloc soviétique, conflits armés, manifestations, chute des dictatures, attentats terroristes…

L’artiste comme historien

Chen Zhen, Round Table, 1995, Paris, Centre Pompidou, MNAM-CCI © Georges Merguerditchian/RMN-GP/Adagp.

La Round Table de Chen Zhen ouvre ce nouvel accrochage, auquel elle s’identifie : l’artiste a réuni 29 chaises rapportées des quatre coins du monde, suspendues au-dessus du sol et encastrées sur le pourtour d’une large table circulaire. Elles se font face comme autant de diplomates internationaux penchés sur la déclaration des droits de l’homme des Nations unies, reproduite au centre de la table en caractères chinois. Malgré l’unité qui apparaît en premier lieu, l’assemblée ne peut en avoir lieu, en raison de l’impossibilité de s’asseoir autour de la table.

Chen Zhen, artiste chinois arrivé à Paris en 1986, révèle ainsi la difficulté des dialogues interculturels, et illustre l’« éternel malentendu » né du constat que « le désir d’interaction se heurte souvent à l’impossibilité d’un véritable dépassement des différences ».

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Jean-Luc Vilmouth, Café Little Boy, 2002. Courtesy de l’artiste.

Le Café Little Boy de Jean-Luc Vilmouth fait sans nul doute partie des installations les plus monumentales et attrayantes d’Une histoire. Réalisée une première fois à Hiroshima dans le cadre d’une exposition en hommage aux victimes, elle prend pour point de départ l’histoire de l’école primaire de Fukoromachi, détruite par l’explosion de la bombe atomique « Little Boy », lâchée le 6 août 1945 – à l’exception d’un mur, portant des messages laissés par les survivants. Des photographies d’époque illustrent la violence de la scène.

L’artiste propose de rejouer l’histoire : tabourets, tables et murs d’une salle sont recouverts de peinture verte pour tableaux d’école, invitant le public à dessiner, écrire ou effacer à son tour des messages. Little Boy s’inscrit dans une série de « bars » et « cafés » créés par Jean-Luc Vilmouth, dans une volonté de repenser la forme traditionnelle des expositions, tout en engageant le public à tisser des liens.

L’artiste comme documentariste

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Malachi Farrell, O’Black (Atelier clandestin), 2004-2005. Courtesy de la galerie Natalie Seroussi, Paris.

L’accrochage illustre les rôles dans lesquels se sont engagés les artistes au cours de ces trente dernières années : historien, archiviste, producteur, auteur de fictions… O’Black (Atelier Clandestin) de Malachi Farrell montre l’artiste comme documentariste, reconstituant un atelier textile clandestin. Dans une pièce obscure dont le sol est jonché de vêtements, l’artiste a disposé les outils de travail de dix « petites mains » : machines à coudre, aiguilles, chutes de tissus, mobilier de fortune. L’installation devient à intervalles réguliers dynamique, les ampoules se mettent à vaciller, les chaises à trembler, de la fumée se dégage, laissant présager un scénario catastrophe.

L’œuvre renvoie aux conditions déplorables de travail dans certaines régions du monde et aux catastrophes qui émaillent souvent l’actualité, comme en 2013 l’effondrement du Rana Plaza à Dacca (Bangladesh) qui abritait une usine textile.

Sophie Ristelhueber, Every One #8, 1994, Paris, Centre Pompidou, MNAM-CCI © Philippe Migeat/Dist. RMN-GP /Adagp, Paris.

« Comment rendre hommage tout en faisant œuvre ? Comment créer, aborder des faits de société, conserver la colère qui est en moi, sans tomber dans le militantisme », s’interroge Sophie Ristelhueber. En juillet 1991, la photographe se rend en Yougoslavie, où Serbes et Croates s’affrontent. Elle ne rapporte pas d’images du conflit, se laissant le temps de la réflexion. Deux ans plus tard, elle entreprend dans un hôpital parisien la série Every One : 14 photographies de cicatrices récemment suturées. Précisément cadrés et tirés en très grand format, les détails du corps se muent en paysages ou en architectures.

Comme pour son dernier film, Pères, commandé dans le cadre des commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale, Sophie Ristelhueber crée une distance avec son sujet, proposant une allégorie puissante de la guerre. L’image prend place dans l’une des salles les plus poignantes du parcours du Centre Pompidou, consacrée à la représentation du corps.

 

UNE HISTOIRE. ART, ARCHITECTURE, DESIGN DES ANNÉES 1980 À NOS JOURS

02/07/2014 > 11/01/2016

Centre Pompidou

PARIS

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