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Le subtil hommage à Versailles de Lee Ufan

Magali Lesauvage 21 juillet 2014

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Depuis 2008, le château de Versailles renoue avec la tradition en invitant chaque été un artiste contemporain à œuvrer en résonance avec la majesté des lieux. Exercice difficile auquel répond cette année le Coréen Lee Ufan, qui a déposé délicatement ses sculptures dans les jardins royaux.

Lee Ufan, Relatum – L’Arche de Versailles, 2014. Courtesy the artist ; kamel mennour, Paris, et Pace, New York.

Il y a six ans de cela, l’art contemporain débarquait avec fracas dans le château et les jardins de Versailles, lieux sacrés du patrimoine français. L’exposition de l’Américain Jeff Koons défrayait la chronique et provoquait l’ire des conservateurs bon teint, tandis que des hordes de touristes s’ébahissaient devant le Split Rocker en fleurs aluni dans l’Orangerie, ou les vrais-faux jouets gonflables ornant les salons dorés de l’ex-royauté. Deux ans plus tard, nouveau scandale avec les sculptures kawai du Japonais Takashi Murakami, tandis qu’en 2011 les barres de métal minimales de Bernar Venet provoquaient un enthousiasme courtois. Hormis une exposition de Joana Vasconcelos en 2012 qui faisait encore écho au baroque versaillais, la direction du château semble donc avoir fait le choix, après ces premières expositions tonitruantes, de présenter désormais des œuvres relativement discrètes, se fondant dans le paysage de Le Nôtre, jugé plus à même d’absorber l’art contemporain que l’écrin inviolable des intérieurs précieux.

Artiste, mais aussi philosophe et poète, Lee Ufan, 78 ans, a vu à Versailles l’an dernier les œuvres de son ami Giuseppe Penone, et cela a suffi pour le convaincre d’y exposer à son tour. Avec l’artiste italien, il partage le goût des formes simples, le respect de la nature et des éléments, et une grande humilité face à son environnement. Avec une tendance, chez l’artiste coréen, à s’effacer plus encore devant la grandeur baroque, quitte à ce que certaines de ses œuvres passent inaperçues dans le grand labyrinthe vert.

« Champ d’expression »

Sculpteur mais aussi peintre, Lee Ufan présentait l’an passé à la galerie Kamel Mennour, à Paris, une installation minimale évoquant fortement un jardin zen et une zone de fouilles archéologiques, ainsi qu’une série de toiles marquées d’un simple coup de brosse. À Versailles, l’artiste a été obligé de faire dans la monumentalité, creusant le « champ d’expression » entre l’œuvre et son environnement, entre l’intérieur et l’extérieur.

Lee Ufan, Relatum − Dialogue Z, 2014. Courtesy the artist ; kamel mennour, Paris, et Pace, New York © Tadzio.

Tout, dans l’art de Lee Ufan, est question de résonance. Ainsi la première œuvre que l’on aperçoit en passant le château pour pénétrer dans les jardins impose sa puissante vibration dans le ciel éclatant du domaine royal. Imposante par sa taille, l’arche Relatum, ancrée dans le sol par deux gros blocs de pierre, fait le lien entre ciel, terre et eau. Elle déploie sa douceur courbe au-dessus de la sévère barre horizontale du grand corps central du château et des placides statues allongées bordant les bassins qui, la reflétant, en ferment l’arrondi.

Dominant le bassin de Latone aujourd’hui en restauration, l’arc-en-ciel/arc de triomphe offre un cadre surprenant au Grand Canal, vers lequel un long tapis métallique invite à se diriger. Au détour des bosquets, les œuvres disposées par Lee Ufan sont plus discrètes : plaques d’acier posées au sol ou dressées à la verticale entre deux allées topiaires ou le long du Tapis vert, blocs de pierre bordant des allées ombragées, à peine visibles des touristes en quête de scènes mythologiques bronzées. Chez Lee Ufan, l’œuvre se situe dans l’espace entre roche et métal. Objets naturels « trouvés » (les pierres) et objets « symboliques de la société industrielle » (les plaques d’acier) dialoguent subtilement, imposant un rapport au temps et à la méditation.

Conçu spécifiquement pour Versailles, un Hommage à André Le Nôtre (situé au Bosquet des Bassins d’Apollon, et seulement visible au moment des « Jardins musicaux ») prend la forme d’un tombeau ouvert pour pierre ronde. Tandis qu’au bassin des Étoiles, L’Ombre des pierres est une constellation de masses rocheuses disposées au milieu d’un cercle de tôles, et dont l’ombre stellaire, reproduite en gravier grisâtre, se superpose à l’ombre solaire. L’artiste poète a ainsi souhaité « faire descendre les étoiles pour qu’elles s’y installent et chuchotent, comme dans une scène en plein désert », inspirant au visiteur le respect infini du lieu et de l’instant.

 

LEE UFAN

17/06/2014 > 02/11/2014

Château de Versailles

VERSAILLES

Pourquoi avoir choisi Lee Ufan comme l’artiste contemporain de l’année 2014 à Versailles ? Oserai-je dire qu’André Le Nôtre encore...

Exposition terminée
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