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La Danse de Carpeaux : histoire d’un scandale

Magali Lesauvage 10 juillet 2014

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Vous ne connaissez peut-être pas le nom de Jean-Baptiste Carpeaux, mais vous avez certainement vu ses œuvres : Fontaine de l’Observatoire, portraits de la famille impériale, fronton du Louvre, mais surtout La Danse, groupe d’une radiante furie jaillissant de la façade de l’Opéra Garnier, à Paris. À l’occasion de l’exposition que le musée d’Orsay consacre au sculpteur, retour en dates sur l’histoire d’un chef-d’œuvre controversé.

Jean-Baptiste Carpeaux, La Danse, 1869, Paris, Opéra Garnier © Shawn Lipowski/Wikimedia.

1861

Le jeune architecte Charles Garnier, lauréat du Prix de Rome, remporte le concours pour réaliser le nouvel Opéra de Paris, voulu par l’empereur Napoléon III suite à l’attentat dont il est la cible à l’ancienne salle de la rue Le Peletier, en 1858. Le projet de Garnier, au bout de la nouvelle avenue de l’Opéra percée à partir du Louvre, est caractéristique de l’architecture éclectique du Seconde Empire, qui mêle styles et matériaux de la Renaissance et du baroque italiens.

1863

Garnier fait appel à Carpeaux, alors âgé de 36 ans, connu du public uniquement pour son Pêcheur à la coquille (1858) inspiré de François Rude. Depuis ses années de pensionnaire à la Villa Médicis à Rome, le sculpteur travaille à un groupe consacré à l’histoire terrible d’Ugolin dévorant ses fils morts, racontée dans L’Enfer de Dante. Largement inspirée de Michel-Ange, l’œuvre jugée « bizarre » suscite au Salon de 1863 un accueil assez mitigé.

1865

Carpeaux travaille en parallèle à des groupes pour les couronnements des portes du Pavillon de Flore au Louvre : La France impériale et Le Triomphe de Flore, dans lesquels on décèle déjà la gaieté de la future Danse. En novembre, il présente son projet, Le Drame lyrique et la Comédie légère à Garnier, qui le juge « inacceptable », ressemblant à « Adam et Eve mal conseillés par le diable ». L’architecte lui conseille de se concentrer sur le thème de la danse (les trois autres thèmes, confiés à d’autres sculpteurs, sont le drame lyrique, la musique instrumentale et l’harmonie).

1866

Alors qu’il finalise son portrait plein de douceur du Prince impérial et le chien Néro, le sculpteur met au point avec Charles Garnier une composition basée sur « une espèce de ronde légère, autour du génie inspirateur ». Le groupe passe de trois à neuf personnages (le Génie de la Danse, six bacchantes, un faune et l’Amour), contre l’avis de l’architecte, qui finit par céder face à ce qu’il pressent comme un chef-d’œuvre.

Carpeaux s’inspire encore de Rude, et de son relief de La Marseillaise pour l’Arc de Triomphe de l’Étoile, en concevant un relief très chargé, d’où émerge une figure en quasi ronde-bosse. Il emprunte le visage androgyne du Génie de la Danse, d’abord imaginé sous des traits féminins, au Saint Michel de Raphaël, du Louvre, et à une célèbre princesse de son époque, allemande et aventurière. Le torse, quant à lui, suscite l’émoi d’une anonyme qui demande par écrit à l’artiste de lui « faire savoir l’heure et le lieu où elle puisse voir celui qui [lui] a servi de sujet ». Les bacchantes souriantes, toutes dents découvertes, qui entourent le Génie dans une ronde effrénée, sont quant à elles inspirées de reliefs et de vases antiques, mais aussi de personnages bien réels du monde du spectacle parisien : acrobates, danseuses de l’Opéra et simples modèles.

Jean-Baptiste Carpeaux, La Danse (détail), 1865-1869, Paris, musée d’Orsay © RMN-Grand Palais/Thierry Ollivier.

1868

L’artiste livre son modèle en plâtre à demi-grandeur aux praticiens chargés de le réaliser en pierre. La complexité de la tâche, à laquelle Carpeaux participe lui-même, entraîne un surcoût conséquent, en partie assumé par la future épouse fortunée du sculpteur.

1869

Fin juillet, les groupes de la façade de l’Opéra sont découverts l’un après l’autre. Aussitôt les critiques notent le contraste entre l’œuvre de Carpeaux, d’une grande audace, et la « médiocrité » des trois autres. Beaucoup se livrent à la caricature, les plus pudiques dénoncent son obscénité : « Des femmes, excitées par le Génie de la Danse, mènent une ronde entraînante. Épuisées, enivrées de leur propre fatigue, elles s’abandonnent au mouvement qu’elles n’ont plus la force d’arrêter ni continuer », s’exclame un journaliste. Edmond de Goncourt évoque même dans son Journal l’expression « faire le groupe de Carpeaux », utilisée pour évoquer une partie fine.

Les réactions sont plus ou moins amusées, jusqu’à l’épisode connu de la tache d’encre, dans la nuit du 26 au 27 août, véritable jalon dans l’histoire de l’iconoclasme propre à la modernité : une bouteille du liquide noirâtre est lancée sur la sculpture, atteignant le flanc droit d’une bacchante, et le poignet de sa compagne. L’incident provoque une profonde indignation, et tout le monde y va de son conseil pour effacer la tache. Une solution sans danger est trouvée par un chimiste, et cinq jours plus tard la pierre a retrouvé sa blancheur originelle, sans que le coupable ait été retrouvé. Mais le groupe continue à faire scandale, et Carpeaux doit demander le soutien de l’empereur lui-même, et du jeune prince de 13 ans, pour éviter que La Danse ne soit retirée. Cependant, face à la pression de l’opinion publique, Napoléon III, comme Garnier, souhaitent que le groupe soit remplacé, et demandent à Carpeaux de créer une nouvelle œuvre. Ce que l’artiste refuse catégoriquement dans une lettre ouverte oubliée dans le Figaro.

1870

La guerre survient et sauve La Danse de Carpeaux : l’Opéra est converti en lieu de stockage, et on ne se soucie plus du scandale. En 1872 cependant, le débat reprend et Garnier veut faire remplacer le groupe par celui qui a été commandé à un autre sculpteur, Gummery, décédé entre temps. Mais la mort de Carpeaux en 1875 fige les velléités de censure, et l’œuvre à scandale, devenue sacrée, est encore sauvée. En 1964, une copie réalisée par Paul Belmondo remplace l’original fort abîmé. Restaurée, la sculpture est aujourd’hui conservée dans la nef du musée d’Orsay.

 

À lire : catalogue de l’exposition Jean-Baptise Carpeaux (1827-1875) au musée d’Orsay, collectif, Paris, co-édition musée d’Orsay/Gallimard, 364 p., 49 euros, et Laure de Margerie, Carpeaux – La fièvre créatrice, Paris, Découvertes Gallimard, 138 p., 12 euros.

 

JEAN-BAPTISTE CARPEAUX (1827-1875)

24/06/2014 > 28/09/2014

Musée d'Orsay

PARIS

Jean-Baptiste Carpeaux, fils d'un maçon et d'une dentellière de Valenciennes, se construit un destin d'exception étroitement lié à la "...

Exposition terminée
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