Votre action a été enregistrée avec succès !



LA NEWSLETTER

Spoliations : le Kunstmuseum de Berne hésite à accepter la donation Gurlitt

Pascal Bernard 8 juillet 2014

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

Le Kunstmuseum (musée des Beaux-Arts) de Berne s’accorde six mois, jusqu’à la fin de l’année, pour décider s’il acceptera ou non l’embarrassant don de Cornelius Gurlitt, héritier d’une collection inestimable d’œuvres en partie spoliées à des propriétaires juifs par le régime nazi.

Vingt-cinq des œuvres de la collection Gurlitt publiées par les autorités allemandes : parmi elles le Matisse de Paul Rosenberg (en bas, à gauche) © AFP/Getty Images.

Le 7 mai 2014, au lendemain de la mort de Cornelius Gurlitt, le Kunstmuseum de Berne (Suisse) apprenait qu’il était désigné, par testament, comme légataire universel de sa collection d’art. L’annonce avait alors suscité l’étonnement général, le musée affirmant « qu’il n’[avait] jamais, à aucun moment, entretenu la moindre relation » avec l’Allemand. Cette donation pose toute une série de questions épineuses, notamment d’ordre éthique et juridique, auxquelles une équipe d’avocats, mandatée par le musée, est chargée de répondre. En novembre 2013, les autorités allemandes déclaraient avoir trouvé deux ans plus tôt chez Cornelius Gurlitt, à la faveur d’une enquête pour fraude fiscale, plus de 1400 œuvres, dont la valeur totale est estimée à plusieurs centaines de millions d’euros. Parmi elles, des tableaux des plus grands maîtres : Picasso, Matisse, Chagall… Un trésor hérité de son père, Hildebrand Gurlitt, historien et marchand d’art pendant le IIIe Reich, au passé plus que trouble. Une équipe a alors été formée afin d’établir l’origine de chaque peinture. Une partie de la collection ayant été dérobée à des juifs sous le régime nazi, le musée ne peut accepter uniquement que des peintures dont l’origine légale est établie. « Chaque œuvre d’art doit être analysée afin de déterminer s’il s’agit d’une œuvre d’art spoliée ou pas. Si c’est effectivement le cas, une solution juste et équitable doit être trouvée », expliquait en mai Anne Weibel, porte-parole de l’Office fédéral de la culture suisse. Une commission veillera donc à ce que la donation soit conforme aux normes internationales et nationales. Dans le cas contraire, elle procédera à une restitution des œuvres aux ayant-droits, comme en avait convenu Cornelius Gurlitt avec les autorités allemandes, en avril, un mois avant sa mort. Début mai, le groupe d’experts chargés de l’inventaire des œuvres retrouvées chez Cornelius Gurlitt avait confirmé l’appartenance de Femme assise d’Henri Matisse au marchand d’art français juif Paul Rosenberg, spolié de ses biens par les nazis. L’oeuvre sera restituée sous peu à ses héritiers (parmi lesquels la journaliste Anne Sinclair), d’autres devraient l’être dans les prochains mois, le comité ayant reçu, d’après le quotidien romand La Liberté, près de 300 demandes d’identification.

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE