Votre action a été enregistrée avec succès !



LA NEWSLETTER

Le Louvre lève le masque

Magali Lesauvage 8 juillet 2014

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

Au Louvre, une précieuse petite exposition évoque le masque dans l’art à travers une sélection restreinte d’œuvres du musée, extraites de ses collections antiques et modernes. L’un des grands thèmes de l’histoire de l’art, traité ici de manière remarquable.

Entourage de Primatice, Figure masquée de profil vers la droite, Paris, Musée du Louvre, département des Arts graphiques, collection Edmond de Rothschild © RMN-Grand Palais (musée du Louvre)/Thierry Le Mage.

Dans Le Corps utopique, Michel Foucault déclare : « Se masquer, se tatouer, se maquiller, c’est faire entrer le corps en communication avec des pouvoirs secrets et des forces invisibles. Le masque, le tatouage, le fard déposent sur le corps un langage énigmatique, chiffré, qui appelle sur lui la puissance sacrée. Ils font entrer le corps dans un lieu qui n’a pas de lieu dans le monde, ils en font un fragment d’espace imaginaire qui va communiquer avec l’univers des divinités. Par le masque, le tatouage, le fard, le corps est arraché à son espace propre et projeté dans un autre ».

Paradoxe : le masque dissimule pour montrer. C’est ce que révèle au Louvre, enchâssée dans les salles du deuxième étage de l’aile Sully généralement dévolues aux présentations d’arts graphiques, une petite mais riche exposition dédiée au thème des Masques, mascarades, mascarons, réunissant une centaine d’œuvres antiques et modernes du musée, mais aussi quelques extraits de films et photographies du XXe siècle. À travers celles-ci, ce sont le mensonge, la séduction, l’illusion qui sont abordés.

Masca, mascara, mascarade

Aux origines du masque et de la mascarade, il y a le surnaturel : ainsi le mot vient-il du latin « masca », qui désigne la sorcière, duquel dérive également le terme « mascara », qui évoque la tache, le barbouillage, avant de nommer le cosmétique. La noirceur, donc, est la première marque du masque, qui embrouille, grime, dénature. Mais il s’agit surtout, pour celui ou celle qui le porte, de « faire image ». Que le masque soit minimal : c’est le « loup » qu’affectionnent les coquettes, accessoire de séduction ; festif : c’est le masque du clown, du mime, d’Arlequin ; allégorique : c’est le masque antique, celui qui couvre le visage de l’Automne et des comédiens grecs ; masque d’infamie : c’est le masque de fer des prisonniers humiliés auxquels on nie toute individualité ; funéraire : celui des gisants, parfois moulé à même le visage du défunt, comme un dernier portrait.

Dans l’Antiquité, Dionysos est le dieu-masque, que l’on représente au théâtre, tout comme Papposilène, le satyre au gros nez et aux traits épais. Le masque alors, est en chiffon ou en cuir, et s’adapte totalement au visage : c’est lui qui identifie le comédien, comme cela sera encore le cas au XVIIe siècle dans la commedia dell’arte, où les personnages sont des « types ». La fête masquée peut prendre alors des tours diaboliques, où la duplicité scinde le corps en deux, voire politiques, comme au carnaval dont les participants, rendus à un certain anonymat, bouleversent l’ordre établi et se prêtent à des jeux licencieux.

Du masque dérive le mascaron, motif décoratif né dans l’Antiquité, que l’on retrouve dans l’architecture et les objets d’art jusqu’au XIXe siècle. Le mascaron provient essentiellement de l’irrémédiable facialité de la tête de la Gorgone, que Persée tranche pour la placer sur le bouclier de la déesse Athéna, premier usage décoratif, et qui promet la mort à celui qui la regarde. D’abord apotropaïque (destiné à éloigner le mal), le mascaron prend à la Renaissance des variations étranges, vers le végétal ou le monstrueux, avant de s’humaniser en riants faciès féminins.

Lieu de l’art par excellence, car il est, comme le dit Michel Foucault, « fragment d’espace imaginaire », le masque n’est aujourd’hui que rarement porté en Occident, alors qu’il fait encore partie intégrante des coutumes d’Asie ou d’Afrique. À moins que ce ne soit dans le champ de la chirurgie esthétique qu’il faille de nos jours trouver un équivalent à cette métamorphose de soi, le masque prenant dès lors la forme du visage fantasmé, mais bien réel, du masqué.

 

MASQUES, MASCARADES, MASCARONS

19/06/2014 > 22/09/2014

Musée du Louvre

PARIS

L’exposition évoque, à travers une centaine d’oeuvres, la fonction paradoxale du masque, emblème de l’illusion, qui consiste à « ...

Exposition terminée
PRESSE
MEMBRES

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE