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Au Centre Pompidou-Metz, la beauté à l’état pur

Magali Lesauvage 7 juillet 2014

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Au Centre Pompidou-Metz, l’éblouissante exposition Formes simples nous ramène à l’essence de l’art, au mystère de la création et à la fascination esthétique pour l’abstrait et la métamorphose, de la préhistoire à l’art contemporain. L’une des grandes expositions de l’été.

Olafur Eliasson, Round Rainbow, 2005. Courtesy l’artiste ; Neugerriemschneider, Berlin ; Tanya Bonadkar Gallery, New York © Adagp, Paris 2014 © Centre Pompisou-Metz.

C’est une invitation à la rêverie sur les formes, une proposition d’évasion par la courbe, un appel à l’imaginaire abstrait. L’exposition du Centre Pompidou-Metz, montre la fascination qu’exerce depuis toujours (et un regain depuis le début du XXe siècle), ces formes pas seulement simples, mais essentielles, synthétiques, uniques. Son commissaire (et président du Palais de Tokyo) Jean de Loisy exprime de manière remarquable dans le catalogue l’« énergie à l’œuvre » présente dans les objets de ce parcours qui couvre 5000 ans d’histoire, des têtes cycladiques aux installations d’art contemporain, en passant par les objets mathématiques ou les éléments de mécaniques. Il n’est donc pas seulement question ici d’art, mais des formes et de leur essence.

« Qui fera mieux que cette hélice ? », demande Marcel Duchamp en 1912, en visite au Salon de la Locomotion aérienne. L’art, dès lors, n’a plus l’apanage de l’émerveillement. Depuis les premiers hommes cependant, on s’extasie devant les formes naturelles, que l’on tente de reproduire soi-même : la rondeur croissante et décroissante de la lune, les renflements d’un galet roulé par un torrent, la perfection d’une spirale de fougère ont été des sources d’inspiration immémoriales. Il s’agit pour l’artiste, l’artisan ou l’ingénieur de « mimer la vitalité des choses », souligne Jean de Loisy, à travers « une écologie plus qu’une esthétique », où la forme « inévitable » est ramenée à l’essentiel d’elle-même et contient toutes ses propres variations. D’un lent éveil de la conscience de la matière, à l’œuvre dans les sculptures engluées de cire de Medardo Rosso, à la perfection d’un horizon, tel qu’on le voit dans les photographies marines de Hiroshi Sugimoto, c’est à une lente apparition de la forme dans l’informe que l’on assiste.

Jet Engine Fan Blade (model GE90-115B), 2011, New York, The Museum of Modern Art.

Ainsi l’homme travaille-t-il avec la nature et le cosmos, dont il transcrit les vibrations : c’est ce que l’on voit dans le jeu de lumières d’Olafur Eliasson, reproduisant la magie naturelle d’une ellipse d’arc-en-ciel. Par le souffle dans le verre, la forme se remplit pour former des vases, par le poids de la matière, le contenu devient contenant, comme l’œuf qui pousse de l’intérieur pour acquérir son ovale plein, définitif. Donner forme peut aussi signifer retrancher, couper : au XXe siècle Lucio Fontana fend les toiles, au néolithique l’homme préhistorique taille le silex en « feuille de laurier », ove idéal d’une sophistication inattendue. La nature inspire les artistes de la géométrie également : la microphotographie met au jour les reliefs insoupçonnés de la matière, et la cristallographie inspire les Elements de Tony Smith. Les objets mathématiques, ces « formes de l’espace », fascinent Man Ray qui les photographie comme des œuvres d’art.

Exerçant la contrainte, on crée des formes mécaniques à la beauté utile : hélice, boomerang, lame, dont les artistes tels Brancusi ou Barbara Hepsworth s’inspireront pour créer des objets aux contours sans fin. La forme devient alors une force (ou l’inverse) : la danse de Loïe Fuller fait d’elle une sculpture vivante. L’« élan vital » théorisé par Henri Bergson incite les artistes à s’inspirer des formes simples de la nature : c’est le biomorphisme de Arp qui déclare « laisser pousser les formes », ou encore l’inspiration animale qui inspire à Brancusi ses poissons et oiseaux synthétiques. Au même moment Karl Blossfeldt produit un répertoire photographique stupéfiant du monde végétal (Le Jardin merveilleux de la nature, 1932), qui est comme la découverte d’un monde inconnu dans le monde connu : une sophistication rendue à sa plus simple vérité trente ans plus tard dans les dessins ténus et comme désincarnés d’Ellsworth Kelly.

Il y a, enfin, les formes énigmatiques, celles qui ne viennent de nulle part et font douter de la réalité même du monde : polyèdre du Melencolia de Dürer, dessins tantriques du Rajasthan, monolithe noir du 2001, l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick expriment par leur simplicité même une infinie complexité.

FORMES SIMPLES

13/06/2014 > 05/01/2015

Centre Pompidou-Metz

METZ

L’exposition met en scène notre fascination pour les formes simples, qu’elles soient issues de la préhistoire ou contemporaines. Elle ...

Exposition terminée
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