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 À la prison Sainte-Anne d’Avignon, l’art pris au piège de la réalité

Magali Lesauvage 4 juillet 2014

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Pour six mois, la prison Sainte-Anne d’Avignon accueille une partie des œuvres de la Collection Lambert, sur le thème de La Disparition des lucioles. Une expérience intense de la confrontation entre art et réalité. Visite angoissée.

Douglas Gordon, Guilty… (Tatoo for reflexion), 1997, photographie, CNAP/Dépôt Collection Lambert. Vue de l’exposition La Disparition des lucioles, prison Sainte-Anne, Avignon © François Halard.

Sur le papier, l’idée est excellente, grande même : investir une prison désaffectée pour y exposer des œuvres d’art, en s’inspirant d’un texte de Pier Paolo Pasolini sur la « disparition des lucioles », comme « poétique et politique de la lumière », en particulier celle des plus faibles, écrasée par le faisceau fasciste. Avec comme support théorique un essai de Georges Didi-Huberman, Survivance des lucioles, prônant, face au défaitisme du cinéaste italien, la résistance des lueurs disparates. Pour l’historien d’art et philosophe, invité à prolonger sa réflexion à partir de l’exposition, la prison et ses néons blafards rendent invisibles les prisonniers, gardés « à l’ombre », retirés de la lumière du monde. Dans ce contexte, les œuvres d’art peuvent agir comme des « phares » baudelairiens, révélant un monde en clair-obscur, condamné habituellement à l’invisibilité.

L’exposition La Disparition des lucioles, organisée par la Collection Lambert en Avignon (en transit avant sa réinstallation dans l’hôtel de Caumont agrandi d’une annexe), prend son sens à la prison Sainte-Anne d’une manière presque cruelle. Lieu éminemment chargé d’histoire et de souffrances individuelles, le centre pénitentiaire, évacué en 2003, conserve encore les traces intactes de centaines de vies captives ici. Dominé par le Rocher des Doms, cet « angle mort » de la cité avignonnaise, comme l’évoque l’historien Sylvestre Clap dans le catalogue, est depuis près de mille ans un site d’enfermements successifs : hôpital, prieuré, asile d’aliénés, et enfin prison. C’est aussi, depuis toujours, un lieu d’expressions « hors normes », artistiques ou non, où des hommes et femmes ont transcrit sur les murs de leurs geôles leurs angoisses et leurs espoirs.

Aujourd’hui encore, plus de dix ans après qu’elle ait été vidée de ses occupants, la prison Sainte-Anne reste un lieu de création, avec à l’extérieur un « mur des offrandes », mais aussi des projets artistiques, présentés ici, comme ceux de Jean-Michel Pancin qui fréquente la prison depuis plusieurs années, notamment pour y recueillir les « pelotes » (chaussettes bourrées d’objets) lancées aux détenus, ou les photographies désormais célèbres de Hurleurs par Mathieu Pernot (exposées au Jeu de Paume récemment).

Force du vécu

Roger Ballen, photographies, 2002, collection Enea Righi, et Miroslaw Balka, 200 x 100 x 200, 2012, courtesy Galleria Raffaella Cortese. Vue de l’exposition La Disparition des lucioles, prison Sainte-Anne, Avignon © François Halard.

Un lieu donc, qui suscite à la fois malaise et fascination. Avec près de 300 œuvres disposées sur trois niveaux de cellules qui s’égrènent comme des chapelles, le parcours kafkaïen de l’exposition de la Collection Lambert, qui a exceptionnellement obtenu l’autorisation de la mairie d’Avignon, propriétaire des lieux, se révèle éprouvant. Les œuvres réunies là, provenant de la collection du galeriste parisien (bientôt retraité) et de celle du Bolognais Enea Righi, semblent écrasées par la réalité qui transpire des murs délabrés. La terrible vétusté, les murs écorchés tels de vastes toiles abstraites, les quelques affiches ayant survécu, traces de désirs inassouvis, mais surtout les mots encore visibles (« Vive la liberté » gravé autour d’un judas) en disent mille fois plus que les œuvres, aplaties, neutralisées, par la force du vécu. Hormis sans doute le bouleversant film de Vincent Josse qui suit la cinéaste Marceline Loridan-Ivens dans les corridors de Sainte-Anne, racontant son expérience du camp d’extermination d’Auschwitz, ce sont ces éléments de réalité qui captent d’abord l’attention du visiteur, au détriment des œuvres.

Pourtant, les chefs-d’œuvre sont nombreux : série des Electric Chairs d’Andy Warhol, extraits d’Accatone de Pasolini (avec cette phrase de Dante : « Laissez tout espoir, vous qui entrez », qui donne le ton), monochromes blancs de Remy Zaugg, douloureux néon ondoyant et rougeoyant de Claude Lévêque, photographies saisissantes de détresse de Roger Ballen et graffitis de Brassaï, sculptures dépecées de Berlinde De Bruyckere et Louise Bouregois, ou ironique Cry Me A River arc-en-ciel d’Ugo Rondinone dans la cour de promenade. Dans cette exposition très littéraire (on croise non seulement l’ombre de Pasolini, mais aussi celle de Verlaine, ou encore les archives de la prison), un certain nombre d’œuvres semblent, malgré leur qualité intrinsèque, tomber « à côté », usant l’endurance physique et morale du visiteur : photographies intimes de Wolfgang Tillmans ou Nan Goldin, Spore Speakers de Loris Gréaud, sculpture de branches de Richard Long n’apportent ici rien d’autre que le choc de leur présence dans ces lieux. Tandis que sur l’absurde porte des toilettes d’une cellule, un dessin de détenu daté de septembre 2001, montrant les Twin Towers attaquées, fascine plus que toute autre œuvre par sa sauvage spontanéité.

 

LA DISPARITION DES LUCIOLES

17/05/2014 > 25/11/2014

Collection Lambert

AVIGNON

Quelques mois avant sa mort, le 1er février 1975, dans le Corriere, Pier Paolo Pasolini publie L’article des Lucioles. Ce texte désormai...

Exposition terminée
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