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Nantes : faites le Voyage

Pascal Bernard 3 juillet 2014

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Nantes vit chaque été au rythme de son Voyage, un parcours artistique dans la ville ponctué d’expositions et d’installations, avec pour seul mot d’ordre : la convivialité. Cette année, une « ligne verte » longue de douze kilomètres relie l’ensemble des quarante-deux étapes. Suivez le guide.

Un musée en plein air

Vincent Mauger, Résolution des forces en présence, place du Bouffay, Nantes.

Sur la place du Bouffay, Vincent Mauger dépose sa Résolution des forces en présence, large sculpture constituée d’une matrice de métal en torsion et de pieux de bois. Aussi belle qu’effrayante, elle évoque un élément à la fois végétal, animal et manufacturé : arbre déraciné, oursin ou machine de guerre. Elsa Tomkoviak investit quant à elle la façade et le vestibule du théâtre Graslin : un rideau de bandes aux couleurs de l’arc-en-ciel se répand dans les espaces entre rue et salle, redessinant les volumes architecturaux.

De l’opéra au château, une cinquantaine de commerces nantais se sont prêtés au jeu de Quentin Faucompré, Pascal Lebrain et Olivier Texier, en acceptant de voir leurs enseignes retournées ou détournées. Drôle ou absurde, comme avec cette Vénus-disco sur la façade de la Cigale. Dans les douves du château des ducs de Bretagne, Patrick Dougherty a planté une cabane faite de branchages. Maison de paille au pied d’un bâtiment de pierres, elle convoque l’imaginaire des contes et des récits fantastiques. Ces œuvres éphémères viennent compléter la collection pérenne d’Estuaire (entre Nantes et Saint-Nazaire) : Pendule de Roman Signer, Anneaux de Daniel Buren et Patrick Bouchain…

Playgrounds

Detroit architectes, Balapapa, parc des Chantiers, dans le cadre du Voyage a Nantes 2014 © Martin Argyroglo/LVAN.

Faire de la culture un facteur de cohésion, telle est depuis sa création l’une des ambitions du Voyage à Nantes, qui propose cette année de nouveaux espaces de convivialité. Sur le toit de l’école d’architecture, qui offre l’un des plus beaux points de vue sur la ville, vingt élèves ont conçu un cinéma en plein air. Il accueille chaque semaine des projections sur le thème du paysage urbain.

Deux nouveaux playgrounds servent d’aires de jeux aux petits et grands : Footcheball de Guinée*Potin, où cinq joueurs s’affrontent sur un terrain de vingt mètres par trois, mi-chaumière mi baby-foot, suivant des règles empruntées au squash et au football ; et Balapapa de Detroit architectes, piscine à balles géante, mélange de terrain de handball et de waterpolo.

Souvenirs

Fabrica, l’une des cinq expositions confiées à Anne et Patrick Poirier par le musée des Beaux-Arts de Nantes, ENSA/Galerie Loire, Nantes.

Le musée des Beaux-Arts de Nantes, fermé pour rénovation (il doit rouvrir fin 2016), propose une programmation hors-les-murs. En plus des expositions Fernand Léger, et La Sculpture au musée : Canova, Rodin, Pompon, le musée invite les artistes Anne et Patrick Poirier à piocher dans les collections publiques nantaises. Le couple propose une déambulation dans cinq lieux : Passage Sainte-Croix, Lieu Unique, Temple du goût, Galerie Loire de l’école d’architecture (ENSA), Maison régionale d’architecture.

Un parcours qui aborde les thèmes liés à la mémoire, collective ou personnelle. À l’ENSA, au bord de la Loire, une pale d’hélice, le Naufrage du trois-mâts L’Emily d’Eugène Isabey, et un petit voilier du XIXe siècle permettent de convoquer le patrimoine et la mémoire industrielle et maritime de la ville. L’exposition vient s’enrichir d’œuvres du couple, notamment une maquette géante du cerveau, Mnemosyne, métaphore de la mémoire qui n’a rien à envier aux Kabakov.

Mues

Huang Yong Ping inspectant Ombre blanche, HAB Galerie, Nantes.

Après Roman Signer et Felice Varini, c’est un autre artiste de la collection d’Estuaire qui est invité à investir la HAB Galerie : Huang Yong Ping, récemment sélectionné pour Monumenta 2016, et auteur du Serpent d’Océan échoué sur le bord de Loire, à Saint-Brévin-les-Pins. Au cœur de l’exposition, la mue du monstre marin de 125 mètres, fabriqué à partir de tissu, résine et peinture, produit une illusion totale. L’artiste franco-chinois explore ici les grands mythes, les stratégies du pouvoir, les capacités créatrices et destructrices de l’homme. Interviennent en creux de puissantes critiques de notre monde.

Plus loin, Banque de sable, sable de banque, réplique en sable de la première banque britannique implantée en Chine, s’effondre pendant le temps de l’exposition tandis qu’Abbotabad, reproduction en terre cuite à échelle réduite de la dernière demeure de Ben Laden, est progressivement envahi par la végétation. Dans l’espace de la galerie se déploie un impressionnant bestiaire : serpents, éléphant, rhinocéros, mygale, tigre.

Chefs-d’œuvre

Sarah Fauguet et David Cousinard, Lanterna Magica, musée des Compagnons des Devoirs unis, Manoir de la Haultière, Nantes.

Sarah Fauguet et David Cousinard investissent le manoir de la Haultière. Relativement peu connu, l’édifice médiéval sert d’écrin au musée des Compagnons des Devoirs unis. Le duo met sensiblement en scène la multitude d’outils, maquettes et objets exposés, et instaurent avec respect un dialogue avec leurs propres œuvres.

Dans la première des quatre salles, consacrée aux travaux du métal, ils déploient au sol, à échelle 10, un traceur diviseur en inox miroir qui reflète son environnement, et réinvestissent à leur tour les savoir-faire et techniques des compagnons. Ôtant, déplaçant des « chefs-d’œuvre » d’artisans, ils les remettent en scène à l’étage sur un gradin au vert flamboyant utilisé pour les incrustations de cinéma, leur offrant ainsi une nouvelle jeunesse.

Japon

Vue de l’exposition Samourai, mille ans d’histoire du Japon, Chateau des ducs de Bretagne, Nantes © Bernard Renoux.

Le Japon est mis à l’honneur cette année à Nantes. Le château de Nantes présente, en collaboration avec celui d’Osaka, une exposition exceptionnelle sur les samouraï. Près de 450 objets, pour certains jamais sortis d’Asie, permettent de raconter 1000 ans d’histoire. Le musée des Beaux-Arts présente en écho à l’exposition trois œuvres assez étranges de l’artiste Makoto Aida.

Au Lieu Unique (l’ancienne usine où l’on fabriquait les Petit-Beurre), le plasticien, musicien et metteur en scène Ryoji Ikeda propose une expérience sensorielle et immersive à couper le souffle, installation numérique ultra-technologique et déroutante. À défaut de comprendre la physique quantique, on s’émerveillera devant cette poésie des abscisses, ordonnées, chiffres, lignes et points, qui convoquent notre imaginaire de l’immensément grand (planètes, Voie lactée) ou du plus petit (protons, molécules).

Muralisme

Villa Ocupada, façade de l’artiste Bastardilla © David Gallard.

Le street art trouve aussi sa place dans cette nouvelle édition. Dix-neuf artistes originaires d’Amérique latine et d’Europe, héritiers ou influencés par l’esthétique du muralisme socialiste mexicain, s’emparent de l’ancien immeuble de la Mutualité, haut lieu de l’histoire sociale de la ville. Graffitis, fresques, gravures se déploient sur les deux étages du bâtiment, à l’extérieur comme à l’intérieur, du sol au plafond. Les organisateurs espèrent pouvoir intégrer cette exposition, collective et éphémère (l’édifice sera détruit en 2015), au tout nouveau Google Street Art Project, à l’instar de la Tour Paris 13.

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