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Le MAC Lyon fantasme l’art brésilien

Magali Lesauvage 25 juin 2014

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Trois ans après Indian Highway, et alors que la Coupe du monde de football bat son plein, le musée d’art contemporain de Lyon met au jour la scène artistique brésilienne avec une exposition, Imagine Brazil, dont le parti pris reste de l’ordre du fantasme.

Paulo Nimer Pjota, Ciencia Geral Entre Sistemas [Science générale parmi les systèmes], 2012, Oslo, Astrup Fearnley Museum.

2014 est décidément l’année du Brésil. Grâce au Mondial de football, caméras et attention sont braquées sur le plus grand pays d’Amérique du Sud, dont la culture foisonnante, en grande partie fantasmée, emporte l’enthousiasme un peu partout dans le monde. Mais tous ne sont pas à la fête : des manifestations anti-Mondial ont lieu quotidiennement depuis des mois, notamment pour protester contre le fait que le gouvernement ait consacré, de manière parfois irrégulière, 11 milliards d’euros à l’organisation de la compétition, quand 15 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.

À l’heure où nous écrivons ces lignes, le Brésil s’est qualifié pour les huitièmes de finale en battant le Cameroun par quatre buts à un. Certains commentateurs assurent qu’une victoire en finale, le 13 juillet prochain, permettra au Brésil de sortir la tête de la crise – et à sa présidente actuelle, Dilma Roussef, d’être réélue en octobre prochain.

La Coupe du monde concentre donc toutes les attentes. Qu’en est-il de la culture et en particulier de l’art contemporain, dans un pays où les musées et les galeries restent rares, et les conditions de vie d’artiste plus qu’hasardeuses ? À en juger par l’exposition Imagine Brazil au MAC de Lyon, le contemporain au Brésil reste encore « émergent ». Et le parti pris de ses commissaires, trio 100 % européen d’éminents directeurs d’institutions (Gunnar B. Kvaran, de l’Astrup Fearnley Museet d’Oslo, Hans Ulrich Obrist, de la Serpentine Gallery de Londres, et Thierry Raspail, du MAC) rappelant eux-mêmes leur « expérience limitée », rappelle que décidément, le jeune art brésilien nécessite encore le support historique de ses prédécesseurs pour trouver une légitimité : les artistes « plus établis » ont été invités par les plus jeunes, eux-mêmes choisis par les commissaires. Une sorte de délégation de parrainage qui, vingt-cinq ans après que l’exposition mythique Les Magiciens de la terre ait bousculé les frontières nord-sud de l’art, prouve que la vision ethnocentrée reste de mise.

Cildo Mereiles, Marulho, vue de l’exposition Imagine Brazil au Musée d’art contemporain de Lyon, 2014 © Blaise Adilon.

Partis en « exploration », les organisateurs de l’expo ont donc rencontré pendant cinq ans (une éternité dans le temps de l’art) les artistes, commissaires, critiques, conservateurs, galeristes, collectionneurs brésiliens, avant de procéder à une « cartographie » de la situation artistique de ce pays « imaginaire ». « Au Brésil, l’histoire de l’art et son héritage peuvent sembler écrasants pour les jeunes artistes », annonce la préface du catalogue d’Imagine Brazil. De fait, les figures de Lygia Clark, Oscar Niemeyer, Hélio Oiticica, Lygia Pape et Ernesto Neto pèsent fortement, mais aussi celles des artistes américains et européens de la génération précédente. La même chose est vraie pour les jeunes artistes d’Europe ou des États-Unis, pourrait-on souligner. Sauf qu’on n’y estime pas forcément nécessaire la présence d’artistes plus mûrs pour légitimer leur présence.

De fait, les artistes brésiliens étaient déjà nombreux l’an passé à la Biennale de Lyon (pour partie au MAC) : Jonathas de Andrade, Thiago Martens de Melo, Paulo Nazareth, Gustavo Speridião, Paulo Nimer Pjota. Une présence très forte qui annonçait comme en préambule cette exposition Imagine Brazil. « Des Brésiliens partout », titre la commissaire d’exposition brésilienne Kiki Mazzuchelli dans le catalogue de l’exposition, constatant que « la génération d’artistes qui a émergé ces dix dernières années semble avoir trouvé le moyen d’échapper au provincialisme », en exposant notamment à l’étranger – en 2014, quatre galeries brésiliennes seront présentes à la FIAC. « Provincialisme » : un terme qui sonne douloureusement, à l’heure où les pôles de l’art ont entamé leur migration, et où les Brésiliens montrent chaque jour leur intention d’être non pas fantasmés, mais compris. À condition qu’on leur permette d’écrire leur propre histoire.

IMAGINE BRAZIL

05/06/2014 > 17/08/2014

Musée d’Art Contemporain de Lyon (MAC Lyon)

LYON

Actuellement présentée à l’Astrup Fearnley Museet d’Oslo (Norvège), Imagine Brazil est un instantané de l’art contemporain brési...

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