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La crise aux Beaux-Arts de Paris en 6 dates

Pascal Bernard 18 juin 2014

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Nouveau coup dur pour la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti. Après l’« affaire » du musée Picasso, elle doit faire face, en plus de la colère des intermittents du spectacle, à une crise interne à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris dont le directeur Nicolas Bourriaud est contesté par une poignée d’enseignants et d’élèves. Retour sur la polémique en six dates.

Nicolas Bourriaud © Prix Meurice pour l’art contemporain.

L’affaire Ralph Lauren

31 octobre 2011 : Sur proposition du ministre de la culture Frédéric Mitterrand, Nicolas Bourriaud est nommé à la tête de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris (Ensba). Sauf quelques ennemis déclarés, personne ne remet en cause la légitimité de ce spécialiste de l’art contemporain : co-directeur (avec Jérôme Sans) du Palais de Tokyo de 1999 à 2006, conservateur à la Tate Britain de Londres de 2007 à 2010, il est également critique d’art, théoricien (auteur du remarqué Esthétique relationnelle publié en 1998), et professeur. Dix-huit mois après sa prise de fonctions, Nicolas Bourriaud nous confiait ses projets pour l’Ensba.

Octobre 2013 : Une première crise majeure survient à l’école avec la privatisation d’une partie du bâtiment pour l’organisation d’un défilé et d’un dîner mondain du couturier Ralph Lauren. Ceux-ci ont été autorisés en contrepartie d’un « don » d’1,5 millions d’euros. Une source de revenus presque inespérée pour l’institution qui souffre de réelles difficultés financières. Si la location d’espaces, instituée par son ex-sous-directeur Jean-Jacques Aillagon, est courante depuis plus de vingt ans au sein de l’école, on reproche à Nicolas Bourriaud de n’avoir pas communiqué l’information aux professeurs et aux élèves, privés plusieurs jours de leurs espaces de travail. La polémique fait grand bruit, une pétition lancée par les étudiants révèle plusieurs dysfonctionnements. Au Monde, Nicolas Bourriaud concède une erreur de stratégie : « On s’est fait déborder », dit-il.

La rébellion

20 mai 2014 : Lors d’un conseil pédagogique, Nicolas Bourriaud demande le départ du président du conseil d’administration de l’établissement, Frédéric Jousset, de la directrice des études Gaïta Leboissetier, et du directeur général Thierry Jopeck. Ces deux derniers responsables ont été nommés par son prédécesseur Henry-Claude Cousseau, et l’empêcheraient de mener à bien ses projets pour l’école. Nicolas Bourriaud confie dans le Quotidien de l’art du 6 juin que « personne ne peut travailler dans un climat d’hostilité systématique et dans le procès d’intention permanent ». S’opposant au licenciement de ces trois personnes, quatorze enseignants sur une vingtaine d’élus du conseil d’administration et du conseil pédagogique adressent le 25 mai un courrier à la ministre de la Culture, menaçant de ne plus participer au conseil pédagogique, et mettent ainsi directement en péril le bon fonctionnement de l’école.

23-25 mai 2014 : Hasard du calendrier, la même semaine se tient à l’école le Choices Collectors Weekend : une exposition de 35 artistes proposés par autant de galeries participant à l’événement. Sa tenue vient relancer la polémique de l’orientation de l’Ensba. Une fois encore, plusieurs groupes reprochent à son directeur de n’avoir pas assez communiqué, huit mois après la polémique Ralph Lauren, et d’avoir pris la décision seul sans la soumettre au conseil pédagogique. Quelques étudiants en colère accrochent une banderole sur la façade de l’école sur laquelle est écrit : « L’École des Beaux-Arts est une école, est une école, est une école publique », et pas « une entreprise, un centre d’art, une marque, un marché, une salle des fêtes ».

L’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris © Przesłany/Wikimédia Commons

La riposte

13 juin 2014 : Face aux attaques que subit Nicolas Bourriaud, un comité de soutien s’est formé, et une pétition a été lancée par Pascale Le Thorel, directrice des éditions des Beaux-arts et critique d’art, rassemblant déjà plus de 600 signatures. On y retrouve réunis les noms d’enseignants aux Beaux-Arts (Philippe Cognée, Jean-Luc Vilmouth), du personnel de l’école, des étudiants et anciens étudiants, beaucoup d’artistes (Daniel Buren, Bertrand Lavier, Xavier Veilhan), critiques d’art et commissaires d’expositions (Jean-Hubert Martin, Eric Troncy), professionnels du monde de l’art, intellectuels, écrivains, journalistes… Stéphanie Moisdon et Eric Troncy, critiques d’art et créateurs du magazine FROG ont quant à eux adressé une lettre à la ministre de la Culture réaffirmant la légitimé de Nicolas Bourriaud à la tête de l’Ensba.

Aux Beaux-Arts, la fronde serait menée par une poignée de personnes : la directrice d’études Gaïta Leboissetier et le directeur général Thierry Jopeck (directement désignés comme responsables par Nicolas Bourriaud lors du conseil pédagogique du 20 mai), et plusieurs professeurs (les critiques d’art Jean-François Chevrier et Didier Semin, et les artistes Emmanuel Saulnier et Jean-Marc Bustamante, ce dernier ayant été candidat malheureux à la tête de l’école). Par ailleurs, certains élèves qui s’étaient montrés en désaccord avec le directeur de leur école se seraient depuis rétractés. Un vaste débat s’est engagé entre détracteurs et partisans, par réseaux et médias interposés.

19 juin 2014 : Nicolas Bourriaud a quant à lui été convoqué pour un rendez-vous avec la ministre de la Culture, jeudi 19 juin à 18h [repoussé depuis au vendredi 20 juin], et devrait être fixé sur son sort à l’issue de la réunion. Le ministère lui aurait déjà proposé de partir discrètement en échange d’un poste « très important », proposition que le directeur de l’Ensba a refusé, engageant le bras de fer avec l’administration qui devra alors engager une procédure complexe. Dans le cas où il serait poussé vers la sortie, le comité de soutien a promis de manifester son mécontentement dès vendredi.

[Mise à jour le 23 juin] Dans un communiqué publié le lundi 23 juin, Aurélie Filippetti confirme avoir reçu Nicolas Bourriaud vendredi 20 juin, comme nous l’annoncions, pour évoquer avec lui la situation et l’avenir de l’établissement dont il a la charge. La ministre de la Culture lui a renouvelé sa confiance, mais l’a mis en garde, lui rappelant d’être vigilant sur les conditions de travail de tous les agents, et le dialogue social dans l’école. Elle a également exprimé le souhait de voir l’ensemble des équipes pédagogiques et étudiants au cœur de son projet pour l’École nationale supérieure des Beaux-Arts. Par ailleurs, « une lettre de mission sera adressée au directeur sur la base du projet qui lui a été demandé, et dont il sera invité à présenter un premier bilan à l’été 2015 ». La Ministre sera attentive « à ce que cette école magnifique bénéficie d’un projet innovant, ouvert sur le monde et sur l’ensemble des acteurs de l’art et de l’enseignement supérieur, et surtout partagé avec l’ensemble de ses équipes ». En revanche, le communiqué n’explique pas comment le conflit qui opposait Nicolas Bourriaud et les membres de l’administration pourra être résolu.

 

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