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Au Louvre, un âge d’or du style français en manque d’auteurs

Magali Lesauvage 11 juin 2014

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Près de dix ans de travaux auront été nécessaires à la rénovation des salles d’Objets d’art XVIIe et XVIIIe du musée du Louvre. Une histoire des œuvres par leurs commanditaires, qui mériterait que l’on replace les artistes au centre. Visite.

Vue de la salle Gilbert et Rose Marie Chagoury, éléments de lambris de l’hôtel Le Bas de Montargis, 1705-1707, Paris, musée du Louvre.

Sauf à être né dans une (très) riche famille, peu d’entre nous ont eu l’occasion de vivre dans des intérieurs entièrement décorés en mobilier ancien. Ça et là, à Versailles ou ailleurs, on a croisé un fauteuil Louis XV, une armoire Boulle ou une commode Louis XVI, mais vivre l’expérience de « l’art de vivre à la française », titre de la nouvelle présentation des collections d’objets d’art 1660-1790 du Louvre, est une chose quasiment impossible, et qui fait encore rêver, de Hollywood à Tokyo. Un fantasme sur lequel capitalisent encore la plupart des musées d’arts décoratifs.

Après un peu moins d’une décennie de travaux rouvrent le long de la Cour Carrée les salles d’objets d’art français de la période Louis XIV-Louis XVI. Une rénovation pour laquelle le Louvre a fait le choix muséographique de « period rooms ». Spécificité des musées d’arts décoratifs, notamment anglo-saxons, la « period room » est « la restitution ou reconstitution d’un décor intérieur illustrant une période donnée ». Si on ne peut à proprement parler de vérité historique, l’imagination du visiteur y est fortement guidée vers un semblant de réalité. Le Victoria and Albert Museum, à Londres, est une référence en la matière. Au Louvre, malgré l’atmosphère tamisée aux bougies ou le semblant de confort des pièces drapées de rideaux et de tapis, on a pourtant du mal à se représenter une telle réalité, tant la vision semble idéalisée, et la reconstitution scientifique parfois hasardeuse. À se demander si une histoire des objets eux-même, et non de leur soi-disant contexte, ne serait pas plus enrichissante pour le public, certes friand de story-telling.

Une campagne de mécénat sans précédent

Tabatières d’après les Jeux d’enfants ou autres compositions de François Boucher. Paris, musée du Louvre © 2014 Musée du Louvre, dist. RMN-GP/Olivier Ouadah.

Le chantier de rénovation, d’une ampleur sans précédent dans ce département du Louvre, a été rendu possible exclusivement grâce au mécénat. D’un montant de vingt-six millions d’euros, il réunit une bonne douzaine de mécènes : Montres Breguet (qui avait bénéficié d’une publi-exposition en 2009) est le mécène principal, auquel se joignent le Cercle Cressent du Louvre présidé par Mme Pinault, les Fondations Edmond de Rothschild, Stavros Niarchos, MGM China, Kinoshita Group… On se souvient également de l’opération contestée de financement par le « prêt payant » d’œuvres au High Museum d’Atlanta en 2006.

Une somme conséquente pour cette nouvelle muséographie confiée, en externe, au décorateur Jacques Garcia, qui s’est accompagnée d’une vaste campagne de restauration, notamment du mobilier Boulle, de la table à écrire de Marie-Antoinette, ou encore de précieux lambris, ainsi que d’un dispositif multimédia explicitant les codes pour le moins mal connus de la vie quotidienne des élites sous l’Ancien Régime.

Rendre les objets à leurs auteurs

Chien « de Bologne », Allemagne, Meissen, vers 1733, attribué à Johann Gottlieb Kirchner, porcelaine dure, legs du comte Isaac de Camondo, 1911, Paris, musée du Louvre © RMN-GP/Thierry Ollivier.

On passera sur les quelques faux pas (les quatre structures peu élégantes de trois mètres de haut oblitérant le plafond XIXe dans la salle consacrée à la céramique et à l’orfèvrerie, ou des vitrines trop présentes qui reflètent la lumière), pour s’extasier devant les objets de cet « âge d’or » classique que le monde entier nous envie : porcelaines de Sèvres et de Meissen, jolies tabatières ornées de saynètes d’après Boucher, délicieux panneaux décoratifs d’Oudry sur le thème des Divertissements champêtres, armoires Boulle en marqueterie de bois, écaille et corne, coffre d’or de Louis XIV, bustes des Quatre Saisons en faïence de Rouen, chocolatière en argent de Marie Leczinska, secrétaire de Marie-Antoinette, tentures d’après Coypel, « chinoiseries » et « singeries » de la période rocaille… Un monde de putti, de chiots et d’allégories du Temps ou de la Vertu, de macaques équilibristes et d’Apollon, de monarques et de favorites qui ornèrent les tasses à thé comme les grandes tapisseries d’augustes demeures. Avec comme coup d’arrêt la Révolution française, qui jettera au feu une partie de ces trésors, avant qu’un nouveau monarque ne lance lui aussi son style (voir à ce propos l’exposition Joséphine au Luxembourg).

Ainsi le Louvre livre-t-il l’histoire des objets par leurs grands commanditaires (la Pompadour, Colbert fils, Madame de Mailly, le comte d’Artois, Madame du Barry et bien évidemment Louis XIV, XV et XVI) dont les noms jalonnent le parcours, auquel manque encore cruellement une réelle mise en avant des auteurs de ces œuvres insignes du patrimoine français. Car pour apprécier au mieux la richesse de ces divers arts et surtout leur qualité vivante, peut-être est-il temps pour les musées de rendre gloire au travail des artisans anonymes et à leurs techniques éblouissantes : marqueterie de bois, d’écaille ou de pierres dures, tapisserie de fils d’or et d’argent, placage de bois exotiques, fonte à la cire perdue, laque, faïence à décor de petit feu, biscuit, argent ciselé… Mais aussi à ceux, quand on les connaît, qui ont dessiné ces objets : les André-Charles Boulle, Jean-Henri Riesener, Bernard II Van Risenburgh, Charles Cressent, Martin Carlin, Thomas Germain dont le grand public ignore encore les noms.

 

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