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Le D-Day en Normandie, vu par les artistes

Magali Lesauvage 5 juin 2014

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Ce 6 juin 2014, on célèbre avec émotion les 70 ans du terrible et fatidique D-Day, qui vit débarquer sur les plages de Normandie plus de 150 000 hommes venus libérer l’Europe. À la galerie Gilles Peyroulet & Cie, l’une des rares expositions qui lui soit consacrée montre le souvenir ou le pressentiment qu’en eurent les artistes.

Thomas Galler, Norman Died 1944, 2006, courtesy galerie Gilles Peyroulet & Cie.

Date la plus célèbre, peut-être, du XXe siècle, le 6 juin 1944 a inspiré l’un de ses films les plus légendaires aussi, Le Jour le plus long, sorti sur les écrans en 1962. C’est l’une des photos de tournage de ce long-métrage de trois heures, mettant en scène les diverses phases du débarquement des troupes alliées sur les plages normandes, que l’on retrouve dans l’exposition J’irai revoir ma Normandie – Tribute to D-DAY 70, à la galerie Peyroulet, à Paris (jusqu’au 29 juin, puis du 9 au 27 septembre).

Coupée en deux par l’artiste Thomas Galler, né en 1971, l’œuvre souligne la scission entre processus fictionnel et réalisme historique, une bande photographique, que l’on pourrait prendre pour une image d’archive, montrant un soldat gravissant les pentes d’Omaha Beach. Oscillant entre romantisme et réalisme, pré- et post-Jour J, l’exposition convie aussi bien Victor Hugo et son vers « Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne… », que des ready-made de Gérard Deschamps, Nouveau Réaliste qui dans les années 1960 glana les rebus magnifiques de la guerre : bâche de signalisation de l’armée américaine évoquant un colorfield abstrait, ou tôle de réacteur d’avion aux reliefs irisés. À cette beauté inconsciente des objets fait écho une attelle en bois aux allures de masque tribal, dessinée par les designers Ray et Charles Eames en 1942, et utilisée lors du débarquement.

La Normandie éternelle est également présente avec une version d’une toile fameuse du XIXe siècle, Rigolette cherchant à se distraire en l’absence de Germain (1843) de Joseph-Désiré Court, peintre rouennais, ou un daguerréotype-miroir montrant les majestueuses falaises d’Etretat. Une vision idyllique qui se prolonge dans une photo de la campagne normande au petit jour, par Fouad Elkoury, mais vacille avec celles du D-Day proprement dit : des vues aériennes, abstraites, des bombardements alliés sur ce même paysage de bocages, ou la célèbre photo Into the jaws of death (Dans les mâchoires de la mort) de Robert F. Sargent, prise de l’intérieur d’une barge de débarquement où s’entassaient les soldats. Des images à retardement d’un jour qui dure encore.

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