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Bernar Venet ouvre sa fondation en Provence : « Tout ce que j’ai mérite l’Histoire »

Magali Lesauvage 29 mai 2014

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Le 12 juillet prochain, l’artiste français Bernar Venet inaugure au Muy, au pied des Alpilles, sa fondation, qui rassemble dans une nature glorieuse nature les œuvres de sa collection et ses propres sculptures. Entretien avec un artiste collectionneur.
Fondation Bernar Venet, Le Muy, vue de la nouvelle galerie avec Diagonal 74.3º, 2006, acier peint © Jérôme Cavalière.
Deux mois avant l’inauguration de sa fondation au Muy (Var), Bernar Venet et son épouse Diane nous reçoivent dans leur appartement parisien truffé d’œuvres d’art minimal et conceptuel – on reconnait au passage des pièces de Donald Judd, Roman Opalka, Dan Flavin… et Bernar Venet. Y compris le divan et la table du salon, signés de l’artiste.
Bernar Venet, 73 ans, est célèbre pour ses monumentales sculptures d’acier, visibles un peu partout dans le monde, de New York à Shanghai en passant par La Défense et Nice, où, dit-il, on l’a « gâté ». L’artiste réside aux États-Unis depuis près de 50 ans : « Je dois tout à l’Amérique », résume-t-il. En France en effet, Bernar Venet n’a pas toujours eu très bonne presse – ce malgré les nombreuses commandes, ou récemment l’invitation qui lui était faite d’exposer dans les jardins du château de Versailles.
Pas rancunier, l’artiste, après plusieurs années de réflexion, ouvre au public sa propriété de Provence, dont il est originaire et où il passe chaque été en famille. « C’est de la démesure », annonce–t–il avec fierté. Déployant dans un parc de quatre hectares ses sculptures monumentales, dont une nouvelle pièce de 200 tonnes, il s’y est entouré d’une partie de sa collection personnelle réunie dans une usine de plus de 2000 m². Le chapelet de noms qu’il énonce retrace la grande aventure de l’art des années 1960-1970 : Daniel Buren, Carl Andre, François Morellet, Richard Serra. Dans le parc, Frank Stella a bâti une chapelle de 15 mètres de diamètre. « C’est une collection très personnelle, nous confie l’artiste, où la grande Histoire se mêle à la petite » – celle, en l’occurrence, de Bernar Venet et de son parcours atypique. « Une œuvre d’art total », ajoute-t-il.
Permettant déjà depuis de nombreuses années à quelques happy few du milieu de l’art de découvrir ce petit coin de paradis mêlant nature et culture, Bernar Venet a décidé de le rendre accessible, quelques mois par an et quelques heures par jour, à tous les publics, gratuitement. L’artiste–collectionneur se veut cependant sélectif : pour accéder au Muy, il faudra réserver, prendre rendez–vous, et se faire guider par un médiateur.
« Ne rien laisser à personne, mais donner à tout le monde », c’est ainsi que Bernar Venet présente, sous forme de boutade, sa démarche. Les œuvres appartiennent à la Venet Foundation, domiciliée aux États-Unis et qui a permis à divers artistes (Laurent Grasso, Kader Attia, Fabien Verschaere…) et historiens de l’art de séjourner outre-Atlantique, mais elles resteront en France. « Cela permet aussi de régler la question des droits de succession », reconnaît l’artiste qui bénéficie depuis quarante ans d’un rythme soutenu de commandes monumentales (dernier projet en date : un parc de sculptures à Shanghai).
Sorte de musée patrimonial de l’art minimal et conceptuel, Le Muy accueillera également des expositions temporaires, des performances, des concerts et des colloques. Une programmation encore à élaborer, et qui fera écho à la pratique multiforme du propriétaire du domaine, véritable reflet des goûts d’un seul homme. Le parc, Bernar Venet l’a dessiné lui-même : « Le paysagiste, c’est moi. J’aime améliorer mon environnement. Quand nous avons acheté la propriété il y a vingt-cinq ans, c’était de la cagnasse, comme on dit chez moi ». Quant aux œuvres qu’il possède, elles sont selon lui de qualité muséale : « Tout ce que j’ai mérite l’Histoire. Il faut être conscient de leur importance ».
Grand collectionneur, Bernar Venet s’intéresse-t-il à des artistes nés après 1950 ? « Je ne comprends pas les artistes d’aujourd’hui, je n’ai plus la même sensibilité. Les artistes de maintenant, je n’en ai pas ». Pour Bernar Venet, apprécier l’art implique nécessairement de le collectionner. Ou quand être c’est avoir.
Visites uniquement sur réservation en s’inscrivant à : info@venetfoundation.org.

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