Votre action a été enregistrée avec succès !



LA NEWSLETTER

À Toulouse, un Festival de révélations

Magali Lesauvage 27 mai 2014

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

Autrefois à Toulouse, le printemps avait lieu en septembre. Mais désormais le Printemps de Septembre occupe le mois de juin, et il a un nouveau nom : Festival international d’art de Toulouse. Cette édition 2014 permet de découvrir des artistes rares dans des lieux somptueux de la ville, où l’art agit comme révélation. Visite guidée. 

Franz Gertsch, Irene, 1980, Toulouse, Les Abattoirs, Festival international d’art de Toulouse 2014 © Nicolas Brasseur.

S’il fallait trouver un fil conducteur aux diverses propositions de ce Festival orchestré par l’artiste Jean-Marc Bustamante, des peintures monumentales de Franz Gertsch aux performances discrètes de Marie Cool et Fabio Balducci, des toiles post-surréalistes de Thomas Huber aux films denses de Manon de Boer, ce pourrait bien être la poésie du rien ou du presque rien, la révélation par l’art de ce que l’on ne voyait pas mais qui est là, devant nous.

Dans l’immense halle des Abattoirs, les non moins immenses toiles de l’artiste suisse Franz Gertsch, 84 ans, montrent avec insistance ce qui est là. L’artiste est mal connu en France, où jamais n’avait été organisée une telle rétrospective de son travail, mais c’est une véritable star aux États-Unis, en Allemagne et dans son pays où un musée lui est consacré. Exposer de l’hyperréalisme en 2014, cela pourrait être d’un ennui mortel, si dans ses œuvres aux proportions démesurées Gertsch n’instillait un décalage avec la réalité, en particulier dans ses images à la Monet d’une nature all-over, saisie dans ses détails agrandis ou sa surface infinie.

Si loin, si proche, c’est le rapport qui s’instaure également avec les petits formats d’un autre artiste suisse, Thomas Huber. Celui-ci présente dans le hall froid de l’Espace EDF-Bazacle, surmontant les rapides de la Garonne, un ensemble d’une trentaine de toiles déployées le long d’une Frise rouge, titre de l’installation que le peintre accompagne d’un texte explicatif de vingt pages. Un exposé sur lequel on peut faire l’impasse tout en goûtant le rapport malin que fait Thomas Huber entre la frise qui court au bas de la cimaise et celle que l’on voit dans ses tableaux. Mise en abîme et mise en texte de l’image.

Manon de Boer, Dissonant, 2010, courtoisie de l’artiste et de Jan Mot, Bruxelles/Mexico City, Festival international d’art de Toulouse 2014.

Trop insistantes en revanche sont selon nous les présences de Jorge Pardo, au musée des Augustins, qui y a repensé la présentation des chapiteaux romans avec (beaucoup) trop de couleurs, ou les sculptures explicites d’Elsa Sahal et Georges Janclos dans la belle scénographie de l’Hôtel-Dieu.

Traversant à nouveau la Garonne bouillonnante, on goûtera plutôt, aux Abattoirs, au Last Silent Movie de l’artiste conceptuelle américaine Susan Hiller, elle aussi très connue dans son pays d’adoption, la Grande-Bretagne, mais peu exposée de ce côté-ci de la Manche. Un hommage aux langues en voie d’extinction dont le silence précieux fait écho, dans la tour hypnotique du Château d’Eau proche, à la patiente œuvre vivante du duo Cool et Balducci, dont les performances de bouts de ficelles sont activées live. S’y joue une éthique du geste, un ralentissement de l’action et une attention au faire qui forment une salutaire respiration en plein cœur de la ville.

Zen également est l’exposition de la Néerlandaise Manon de Boer, qui signe au couvent des Jacobins une magnifique installation filmique. Assis dans des sortes de stalles dessinées par l’architecte Kris Kimpe, le forçant au recueillement, le spectateur visionne une série de films en boucle, où il est là aussi question de silences, d’épaisseur de temps et de densité d’images.

Prendre le temps pour observer, c’est ce à quoi invite aussi Lada Nakonechna, qui à 33 ans est l’une des cadettes de ce festival où les « anciens » montrent une fraîcheur insoupçonnée. L’artiste ukrainienne présente à l’Espace Croix-Baragnon, dans le cadre du parcours associé « Anaconda », un État des choses qui place sur des plans superposés les bouleversements de l’actualité dont son pays est aujourd’hui témoin, et la permanence des images de l’art, en l’occurrence des paysages classiques. Paysages avec lesquels le visiteur est invité à se fondre sur l’un des murs de l’expo, activant ainsi la frise de l’Histoire. Une révélation.

Voir également le programme des événements (concerts, performances, rencontres) liés au Festival.

 

FESTIVAL INTERNATIONAL D'ART DE TOULOUSE

23/05/2014 > 22/06/2014

Les Abattoirs

TOULOUSE

L’édition 2014 renforce les principes qu’il a mis en oeuvre en 2013 à travers des projets essentiellement monographiques pensés pour ...

Exposition terminée
PRESSE
MEMBRES

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE