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Troubadour mon amour, ou comment le XIXe siècle inventa la passion du Moyen Âge

Gwenael Ameline de Cadeville 12 mai 2014

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Avec les expos Histoire de cœur et d’épéeen Europe et Gothique mon amour, le musée des Beaux-Arts de Lyon et le monastère royal de Brou s’associent pour rendre hommage à un genre pictural mettant à l’honneur l’anecdote plutôt que le fait historique. Visites.

Fleury Richard, Valentine de Milan pleurant son époux Louis d’Orléans assassiné en 1407 par Jean, duc de Bourgogne, 1802 © Saint Pétersbourg, Musée de l’Ermitage.

Exécutée en 1802 par Fleury Richard, jeune peintre lyonnais formé dans l’atelier de Jacques Louis David à Paris, la toile ci-dessus marque le début d’un genre nouveau. Alors qu’à cette époque les artistes représentent volontiers l’Antiquité, Richard préfère quant à lui dépeindre un sujet issu du passé médiéval. Visitant de nombreuses fois le musée des Monuments français, aménagé par Alexandre Lenoir, il se passionne pour le personnage de Valentine Visconti, duchesse d’Orléans, dont il découvre l’image et la devise sur le gisant ornant son tombeau.

Un engouement européen

Jean Auguste Dominique Ingres, Paolo et Francesca, 1819 © Angers, Musée des Beaux-Arts.

Jan Matejko, Stańczyk, 1862 © Varsovie, Museum Narodowe.

Inspirés par les œuvres de Fleury Richard, beaucoup d’artistes tels que Pierre Révoil, Ingres ou Delacroix vont également se passionner pour les épisodes historiques du Moyen Âge. Se distinguant du néoclassicisme, ils choisissent de représenter des scènes anecdotiques de la vie des grandes figures historiques plutôt que d’illustrer des événements majeurs de l’Histoire de France. Les tableaux expriment le goût prononcé des artistes pour les détails, se rapprochant ainsi du style soigné de la peinture hollandaise du XVIIe siècle.

Malgré le soutien de personnalités comme l’impératrice Joséphine ou la duchesse de Berry, ce genre n’est pas apprécié par les critiques de l’époque. Selon eux, il s’agirait d’une nouvelle forme d’art à la frontière entre peinture de genre et peinture historique qu’ils baptisent d’abord du nom « genre anecdotique » puis de « peinture troubadour » en référence à un Moyen Âge rêvé.

Ce goût pour l’histoire et le passé national proposé par les artistes français durant la première moitié du XIXe siècle va se propager dans toute l’Europe à une époque où l’affirmation des cultures et des identités est au cœur des préoccupations. Ainsi des nations comme la Belgique, qui gagne son indépendance en 1830, utilisent-elles ce mouvement pictural pour célébrer leur existence.

Les peuples en quête d’indépendance trouvent aussi dans la peinture un champ d’expression et de défense de leur culture et de leur histoire. En Pologne, par exemple, dans ce pays partagé en 1875 entre la Russie, l’Autriche, et la Prusse, cette volonté de garantir une histoire et une culture propre est très bien représentée, notamment dans les œuvres de Jan Matejko. Dès 1850, le « genre historique » devient un véritable genre international qui se développe en Angleterre, en Écosse, en Italie et en Espagne.

Amour et monuments religieux

Luigi Bisi, Vue de l’intérieur de l’église de Brou à Bourg-en Bresse, vers 1842-1847 © Milan, Museo Nazionale della Scienza e della Technologia Leonardo da Vinci.

Alors que le musée des Beaux-Arts de Lyon s’attache à retracer la naissance et l’évolution en France et en Europe de ce mouvement pictural particulier, le monastère royal de Brou établit un parcours à travers les différents thèmes de prédilection de cette peinture de genre.

Les destins tragiques d’amants épris et les amours impossibles sont des motifs récurrents dans la peinture troubadour et romantique de cette époque. Elle évoque ainsi des personnage célèbres de la littérature tels que Roméo et Juliette, ou Héloïse et Abélard, héros du Moyen Âge remplaçant les figures des poèmes classiques.

Pour ces peintres, les monuments religieux font également l’objet d’une véritable fascination. L’ambiance mystérieuse des cryptes introduit une réflexion sur la mort, tandis que l’isolement des cloîtres attise la curiosité. Certains tombeaux comme ceux de Marguerite d’Autriche, tante de Charles Quint, et de son mari Philibert le Beau au monastère royal de Brou sont, au XIXe siècle, emblématiques d’un amour perdurant au-delà de la séparation terrestre de la mort.

L'INVENTION DU PASSÉ

19/04/2014 > 21/07/2014

Musée des Beaux-Arts de Lyon

LYON

Le musée des Beaux-Arts de Lyon et le Monastère royal de Brou s’associent pour proposer une exposition en deux parties, consacrée à la...

Exposition terminée
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