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De Bruyckere et Vandenberg, dans les tourments de la chair

Magali Lesauvage 25 avril 2014

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À la Maison rouge, à Paris, une exposition poignante met face à face deux artistes belges de la même génération. Berlinde de Bruyckere, cinquante ans, est sculptrice. Philippe Vandenberg, décédé en 2009, était peintre. Une rencontre au sommet dans les tourments de la chair.

Philippe Vandenberg, Kill them all, 2005-2008.

À la lisière de l’art brut, l’œuvre de Philippe Vandenberg (dont plus de 30 000 dessins) est un travail de l’urgence, de la pulsion de dire, de la nécessité de montrer. « Nos peurs les plus profondes et les plus anciennes, celles auxquelles guère personne n’ose penser, ou celles que nous rejetons simplement en frémissant, il les confie au papier », affirme Berlinde de Bruyckere, commissaire de cette exposition en duo intitulée Il me faut tout oublier.

Les slogans intérieurs de Philippe Vandenberg sont lancés au regard du spectateur en lettres capitales tremblantes : « Il me faut tout oublier absolument tout », « Aucun grand amour ne suffit », « Kill them all and dance ». On songe à Antonin Artaud, scandant son mal-être en mots recouvrant ses dessins. Plus loin, des scènes de cannibalisme et de cruauté aux couleurs vives, des portraits à la bouche cousue. Se mêlent les réminiscences de l’enfance, les désillusions de l’amour et du sexe, l’horreur du groupe, la solitude surtout.

 Berlinde de Bruyckere, Actaeon III, 2012.

À cette plongée dans l’inconscient d’un artiste en souffrance répondent les œuvres de sa compatriote gantoise Berlinde de Bruyckere, que l’on s’accorde à considérer comme l’une des plus grandes sculptrices vivantes. Auteure d’une œuvre aux relents de baroque décadent, elle regarde vers l’histoire de l’art dans ses figures toutes droites, que l’on pourrait croire issues d’abattoirs ou de tables de dissection. Lestées par la gravité de la mort dans une verticalité ou une horizontalité désespérantes, les grandes sculptures de cire et de tissus de Berlinde de Bruyckere sont paradoxalement une célébration de la chair, de sa surface blafarde à ses intérieurs rougeoyant. Ses corps informes et infirmes – cheval sans tête, buste à une jambe, bras ou cuisse ? – sont comme des souvenirs de corps, à peine reconnaissables, mutilés par la mémoire défaillante. Images médusantes, elles fascinent plus encore lorsqu’on les approche : pièces de boucherie aux infinies variations de couleurs et de textures, ces chairs totalement artificielles semblent avoir été saisies au moment même où la vie les quittait, encore teintées de sang mais déjà allant vers la métamorphose définitive.

Pour l’exposition de la Maison rouge, Berlinde de Bruyckere s’est concentrée sur le thème de la chasse, en écho aux dessins de Philippe Vandenberg montrant des scènes de torture dans un cadre bucolique. Corps dépecés et réassemblés en trophées, gigantesques sculptures enrobées de tissu et soutenues par des prothèses forment un ensemble d’une grande théâtralité.

En exergue trône une œuvre évoquant le mythe d’Actéon, ce chasseur trop curieux acculé à une mort féroce : transformé en cerf par le courroux de Diane surprise au bain, il est déchiré par ses propres chiens. De cette métaphore du regard destructeur et de l’humain désintégré par la volonté divine, Berlinde de Bruyckere fait un monument au corps et à la métamorphose. Exposé comme une dépouille primitive sur un socle de bois brut, le corps d’Actéon, mi-homme mi-animal, semble avoir retrouvé à la hâte une intégrité éphémère, avant sa disparition prochaine. Le geste de l’artiste, réparateur de l’irrationnelle cruauté, révèle alors une immense tendresse. Pour ne rien oublier.

 

BERLINDE DE BRUYCKERE ET PHILIPPE VANDENBERG

13/02/2014 > 11/05/2014

La maison rouge

PARIS

Cette exposition réunit le travail de deux artistes belges de générations différentes : une sculpteur, Berlinde de Bruyckere (née en 19...

Exposition terminée
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