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Google va-t-il révolutionner l’expérience de l’art ?

Magali Lesauvage 24 avril 2014

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L’art n’a jamais été aussi accessible : observer des œuvres d’art au gigapixel près, visiter des expositions virtuelles ou des monuments d’un bout à l’autre de la planète sont désormais, grâce à Google, choses possibles. Au Lab de l’Institut culturel Google, à Paris, 25 ingénieurs travaillent à renouveler l’expérience de l’art. Visite.

Devant le gigantesque wall du Lab de l’Institut culturel Google, le 4 avril 2014.

Née fin 1998 dans la Silicon Valley, la firme Google n’a que quinze ans, et pourtant c’est comme si nous n’avions jamais connu le web sans elle. Hormis le fameux moteur de recherche, Google aujourd’hui, c’est bien plus que cela : des services de cartographie et de visualisation du globe, un système d’exploitation pour smartphones, des services de mail, calendriers, blogs et documents partagés, un site d‘agrégation d’infos, la plateforme Youtube, un navigateur web, un réseau social

C’est aussi, depuis février 2011, un service de visite en ligne de musées, de sites patrimoniaux et d’expositions virtuelles, qui réunit à ce jour quelques 450 partenaires, parmi lesquels le MoMA de New York, le Palais des Doges à Venise, ou le château de Chantilly. Dernier en date : le site d’Angkor, relativement peu visité, et dont on peut arpenter les allées et longer les façades grâce à la technologie Google Street View.

Espace physique pour expériences virtuelles

Le Google Art Project est désormais inclus dans l’Institut culturel de Google, dont le « Lab », espace physique, a pris ses quartiers en décembre dernier dans une aile du siège de Google France, un hôtel particulier cossu de la rue de Londres, dans le 9e arrondissement de Paris. Pour y pénétrer, prière de s’inscrire et de donner la raison de sa visite à une borne interactive. À la fois lieu de vie et lieu de travail, sur le modèle des grandes entreprises californiennes comme Pixar ou Apple, jalonné d’espaces cuisine et détente animés de couleurs vives et d’un logo omniprésent. Ici on est sensé travailler, mais aussi se sentir bien… pour mieux travailler. Nous accueille Laurent Gaveau, nouveau directeur du Lab, autrefois chargé des nouvelles technologies au château de Versailles, lui-même très axé sur le numérique avec des sites d’expo dédiés, des applis de visites, des webdocs, etc.

Un site qui a tout naturellement été l’un des premiers à intégrer le programme du Google Art Project, qui comptait à l’origine la participation de 17 musées. Selon Laurent Gaveau, l’idée de départ (que l’on doit à Amit Sood, actuel directeur de l’Institut) était de « réfléchir à la façon dont fonctionne la visite réelle, la visite virtuelle venant compléter l’expérience, et permettant une meilleure compréhension. Il s’agit plus de donner une envie de visite que de la remplacer ». Une conception de la réception de l’œuvre d’art qui n’échappe pas à un paradoxe : donner à voir, que ce soit grâce aux gigapixels qui permettent de pénétrer dans la matière, ou aux caméras de Google Street View donnant accès aux recoins les plus inaccessibles des bâtiments, ce qui n’a pas été conçu pour être vu sous cet angle.

De même que Google Earth permet d’observer les coins les plus reculés de la planète, le Google Art Project fait entrer dans l’intimité des œuvres. Google, ou l’ubiquité ? Il s’agit surtout de faire avancer la connaissance, nous répond Laurent Gaveau. « Les musées ont un grand appétit pour la recherche et le développement, bien plus que ce que l’on pourrait penser au premier abord », nous confie le directeur du Lab. « Aujourd’hui, ce sont les musées qui sont les plus dynamiques sur Internet, qui le font avancer. Ainsi, par exemple, on teste actuellement un prototype de prise de vue des objets en trois dimensions pour le Quai Branly. Il y a une grande demande ».

Les droits à l’image sont, quant à eux, négociés de manière très secrète avec les musées — chez Google, on ne communique pas sur les chiffres, que ce soit sur le coût technique ou les accords de partenariats. Autre paradoxe à souligner : un musée comme Orsay fait partie du Google Art Project, mais interdit toujours la photographie dans ses murs. Une manière, pour le musée, de contrôler son/ses image(s) ? C’est aussi ce que l’on peut déduire des expositions virtuelles réalisées par les partenaires eux-mêmes, comme Un amour tragique à Auschwitz, conçue par le musée d’Auschwitz-Birkenau, ou une exposition virtuelle de portraits ottomans conçue par le Pera Museum d’Istanbul.

Des challenges techniques

La scène de l’Opéra Garnier sur Google Art Project.

Le choix de Paris comme siège du Lab de l’Institut culturel Google s’est fait en raison de son statut de « carrefour culturel ». Sur la plateforme travaillent 25 ingénieurs, et s’y déploient trois activités principales : le travail prototypal, des ateliers d’immersion (technique de visualisation dont on a pu voir un exemple impressionnant dans l’exposition Van Gogh/Artaud avec le Champ de blé aux corbeaux), et des tables-rondes autour de thèmes connectant culture et technologies, comme par exemple récemment une conférence sur les femmes artistes et ingénieurs, avec l’intervention notamment des féministes Guerrilla Girls. Le tout uniquement sur invitation : le Lab n’est pas un espace public, mais plutôt un lieu de réflexion réservé à des guests dûment sélectionnés.

Mais c’est aussi depuis peu un lieu de résidence d’artistes, qui accueille le projet 89plus initié par les curateurs Hans Ulrich Obrist et Simon Castets : par sessions de deux mois et demi, des petits groupes d’artistes nés après 1989, issus d’une génération qui n’a pas connu le mur de Berlin mais a grandi avec Internet, viennent trouver auprès des ingénieurs de Google une aide technologique en matière de téléphonie mobile, impression 3D, fabrication numérique, architecture… Moyen également pour Google, de « cartographier » (décidément une obsession) l’art émergent.

Quel est l’intérêt pour Google d’un tel investissement ? Quelles sont les retombées concrètes pour l’entreprise de Mountai View (Californie) ? « Au départ, souligne Laurent Gaveau, il s’agissait d’un « projet 20% » d’Amit Sood : Google permet à ses employés de consacrer 1/5e de leur temps de travail à des projets personnels. L’équipe du Lab est ainsi constituée de passionnés, la plupart des ingénieurs ayant une pratique artistique autonome. Plus concrètement, il s’agit pour Google de démontrer l’intérêt des technologies que nous développons, et de se lancer des challenges, comme la prise de vue en gigapixels ».

Une belle vitrine, donc. D’autant plus lorsqu’il s’agit de s’associer à des lieux prestigieux, comme récemment lOpéra Garnier, que l’on peut désormais visiter du sous-sol au toit en passant par le plafond de Chagall, photographié en 10 milliards de pixels, et qui a nécessité pour les équipes de Google trois nuits de travail à 20 mètres du sol. Un véritable « test technique », selon Amit Sood. Pour un haut lieu de représentation de l’art et d’auto-représentation de ses spectateurs.

 

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