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Mapplethorpe Rodin, un corps-à-corps

Magali Lesauvage 16 avril 2014

Léchée, glacée, l'exposition Robert Mapplethorpe au Grand Palais donne une image monolithique de l'œuvre du photographe américain disparu en 1989, tandis qu'au musée Rodin, la confrontation avec l'art torturé du sculpteur français lui rend son expression multiple. Visites.

Robert Mapplethorpe, Lisa Lyon, 1982 © Robert Mapplethorpe Foundation.

Drôle d'idée que de mettre l'une en face de l'autre les œuvres de deux artistes aux pratiques, époques et intentions si différentes que Robert Mapplethorpe (1946-1989) et Auguste Rodin (1840-1917). On pouvait craindre que le premier, photographe des corps aseptisés des 1980's, à l'esthétique un brin datée, ne pâtisse de la puissance d'expression du second. À moins que ce ne fut Rodin, vieux lion de l'art français pré-moderne, qui n'ait à plier face au destin romantique de l'enfant maudit frappé de plein fouet par l'épidémie de Sida, et dont le souvenir reste glorifié aujourd'hui par des prêtresses glamour, de Patti Smith à Sofia Coppola.

Il faut dire que la visite de l'expo Mapplethorpe au Grand Palais, dans cette petite galerie sud-est désormais dévolue à la photo (après Helmut Newton et Raymond Depardon), laissait présager d'un K.O. du Français. Dans la froideur quasi mortuaire des cimaises grises qui synthétisent le noir et blanc caractéristiques du photographe, les portraits, les fleurs et les nus s'alignent, ne venant jamais contredire la perfection recherchée des compositions strictes et des corps stéréotypés de Mapplethorpe. Pas même un cabinet érotique relativement sage, si on compare son contenu au reste de l'expo. On découvre même chez l'artiste américain, sans vraiment s'en étonner tant ses images avouent une passion évidente pour la géométrie et le rendu lisse, quelques incursions dans l'art minimal, avec des compositions sculptées évoquant des sortes d'ex-voto.

Robert Mapplethorpe, Javier, 1985 © Robert Mapplethorpe Foundation / Auguste Rodin, Buste de Hélène de Nostitz, 1902, Paris, musée Rodin © Photo : C. Baraja.

L'exposition Mapplethorpe Rodin rend son humanité à l'artiste américain. « Si j’étais né il y a cent ou deux cents ans, j’aurais été sans doute sculpteur, mais la photographie est une façon rapide de regarder, de créer une sculpture ». Artiste de son temps, Mapplethorpe a choisi le médium de la reproductibilité pour s'adonner à sa vénération sans bornes du corps humain, et réaliser de véritables « statues photographiques ».

Si Mapplethorpe donne à ses œuvres les noms de ses modèles (Lisa Lyon, Robert Sherman, George Bradshaw), Rodin conserve leur anonymat – sauf lorsqu'il s'agit de commandes de personnages importants. Et pourtant les sculptures du Français, des petites études en plâtre aux monuments de bronze, par leur expressivité souvent exacerbée, transpirent d'humanité : une épaule soulevée sur un buste sans bras suffit à révéler l'angoisse, quand Mapplethorpe photographie des dos ronds sans aspérités, et montre des corps austères, dénués de sentiments.

Des face-à-face magnifiques

Chacun propose un dialogue unique avec le corps, dont l'exposition du musée de l'hôtel Biron, plus réfléchie qu'au Grand Palais et donc bien plus riche, détaille les modalités. L'usage du fragment ou du détail, par exemple, est essentiel chez l'un comme l'autre. Le nu de Michael Reed s'enfonçant dans l'obscurité répond idéalement à L'Homme qui marche privé de bras, tandis que la tension des danseuses modelées par Rodin s'harmonise avec les poses acrobatiques de certains modèles de Mapplethorpe.

De même, le travail sur les matières de l'un (velouté de la peau ou des pétales, encore préservés du « photoshopping » auquel l’œil est désormais habitué) fait écho aux accidents de plâtre de l'autre, volontairement laissés en l'état. Des face-à-face magnifiques se forment, comme celui entre le visage émergeant de l'eau de Javier et la figure couverte d'un voile de plâtre de Hélène de Nostitz, ou encore les bustes drapés de Rodin, et les couples enlacés dans la gaze de Mapplethorpe.

L'éros, enfin, est ce qui réunit les deux grands artistes – Rodin s'attachant plutôt au féminin, Mapplethorpe au masculin (ou masculinisé). Les sexes ouverts du sculpteur (celui notamment de sa fameuse Iris messagère des dieux) rappellent les fleurs béantes du photographe, le Balzac de Rodin brandissant son sexe épais regarde les phallus en ombre chinoise de Mapplethorpe, et les naïades de plâtre blanc batifolant imitent les noirs sculpturaux assemblés en file indienne. Un corps-à-corps idéal, finalement.

MAPPLETHORPE-RODIN

08/04/2014 > 21/09/2014

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PARIS

Le temps d’une exposition, le musée Rodin confronte deux formes d’expression - Sculpture et Photo-graphie - à travers l’œuvre de de...

exposition terminée
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