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Auguste, empereur « normal », au Grand Palais

Magali Lesauvage 19 mars 2014

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Avec l’exposition Moi, Auguste, empereur de Rome…, le Grand Palais prend le parti de présenter l’illustre personnage historique par le biais du storytelling, explorant de près son influence politique et artistique, mais aussi sa vie personnelle. Qui étais-tu, Caius Octavius Augustus ? Portrait.

L’Antiquité romaine, la violence de ses intrigues politiques et familiales, son parfum de luxure et l’ambition démesurée de ses factieux, connaissent depuis quelque temps un regain d’intérêt, comme l’a démontré le succès de la série télévisée Rome. Celle-ci, co-production américaine (HBO), britannique (BBC) et italienne (Rai 2) décrypte en une vingtaine d’épisodes la chute de la République et de Jules César, jusqu’à l’avènement d’Auguste, premier empereur de Rome. Ces décennies majeures de l’histoire du monde sont vues par le prisme des aventures de deux soldats, mais aussi des luttes sans merci entre Jules César, Pompée, Marc Antoine et Cléopâtre, entraînant dans leur sillage le destin brisé de dizaines de personnages.

C’est cette approche intimiste, qui permet de s’identifier plus ou moins à des individus ayant vécu il y a deux millénaires, que l’on retrouve dans l’exposition du Grand Palais. Exceptionnelle par les prêts rarissimes qui lui ont été accordés (d’Italie, Londres, Copenhague…), la rareté et la fragilité des œuvres (pour lesquelles on a dû prendre toutes les précautions), elle l’est aussi par son ambition à la fois didactique et esthétique. Dépoussiérant la morosité des vieux manuels d’Histoire, la pédagogie mise en œuvre s’accompagne d’une opération de communication inédite sur les réseaux sociaux, avec notamment des profils Facebook et Twitter créés spécialement, par le biais desquels « Auguste de Rome » s’adresse directement à nous, dans un langage, disons, « jeune ». Un peu comme si l’empereur était de retour parmi nous.

Portraits de famille

Portrait d’Auguste de Méroé, 29-20 avant J.-C., bronze, calcite et verre, H. 46,2 cm, L. 26,5 cm, Londres, The British Museum © Dist. RMN-Grand Palais/The Trustees of the British Museum.

En attendant de savoir si cela aura permis d’acquérir un autre public que celui, habituel, des férus d’histoire et de classicisme, l’exposition à la première personne multiplie les angles pour produire un portrait d’Auguste, mais aussi d’une époque qui continue à fasciner. De son histoire familiale complexe, on retiendra que celui qui naît à Rome sous le nom de Caius Octavius en 63 avant J.-C., fils adoptif de Jules César (dont il est le petit-neveu), a eu trois épouses, une fille (mariée à son meilleur ami, le soldat Agrippa, puis à Tibère, son successeur), et quatre enfants adoptifs (dont Tibère). Cette généalogie plutôt complexe à suivre est matérialisée dans l’exposition par une superbe galerie de bustes, où l’on découvre le profil aquilin d’Auguste aux oreilles décollées (et ses diverses typologies de coiffures), le regard de fouine de Livie, troisième épouse d’Auguste (qui l’enleva, enceinte, à son premier mari), la trogne de faux dur tourmenté d’Agrippa, ou encore le profil de douceur têtue de Marcellus, neveu de l’empereur disparu très jeune.

On assiste, par la même occasion, à la naissance du portrait, apport majeur de la Rome antique à l’histoire de l’art, qui calque son esthétique sur l’art grec, grâce notamment à des écoles de sculpture « à l’athénienne ». On découvre également à quel point les Romains maîtrisaient les ficelles de la propagande, diffusant l’image de la famille dirigeante dans tout l’Empire, de l’Égypte à la Gaule, via la statuaire et les monnaies. Une fois nommé empereur, en 27 avant J.-C., Auguste instaure en effet une ère de paix, et grave à coups de burins sur tous les fragments de marbre de l’empire, et dans l’esprit de tous ses citoyens, que le temps des querelles est fini, la stabilité des frontières nécessaire, et l’essor économique indispensable.

L’art de la propagande

Coupe de type skyphos (vase à boire).

De fait, le règne d’Auguste, qui dure une quarantaine d’années, transforme profondément l’empire, qui se « civilise » et se couvre de monuments et de statues, dans un processus de « romanisation » qui uniformise la production artistique, de la Gaule celte à la Maurétanie (l’actuel Maroc), tout en se nourrissant des cultures multiples qui s’y côtoient. C’est la raison pour laquelle on a pu découvrir au Soudan une grande tête d’Auguste en bronze, d’une mélancolie bouleversante (exceptionnellement prêtée par le British Museum). Auguste se vantait d’avoir trouvé une Rome de briques, et de l’avoir laissée de marbre (théâtre de Marcellus, temple d’Apollon, Autel de la Paix…), restaurant plus de 80 monuments et pratiquant une politique de grands travaux, sorte de New Deal à l’antique, nettoyant le Tibre, et pavant les rues. Une Rome également plus colorée, ajoutera-t-on, comme le montrent les peintures présentées au Grand Palais, qui nous font pénétrer dans l’intimité des demeures romaines, et notamment de la maison de Livie.

Mais ce déploiement architectural et artistique est avant tout au service d’une propagande, non seulement politique (Auguste est le « consacré », il est au-dessus des hommes, divinisé), mais aussi morale. Car bien qu’empereur, Auguste défend la rigueur de valeurs de droiture et d’austérité, inspirées de l’idéal républicain. Il ne se fait pas construire de palais, et vit dans une maison dénuée de marbre sur le Palatin, observe une grande piété envers les divinités du panthéon romain (notamment les Lares protecteurs du foyer), et une grande sévérité envers les comportements immoraux – ainsi fait-il exiler sa fille Julia pour sa vie d’orgies.

Pourtant, c’est en triomphe qu’il se fera enterrer. Après une grande procession, son corps est brûlé sur le Champ de Mars et l’urne installée dans un mausolée bâti quarante ans plus tôt. Élevé au rang de dieu, il fait l’objet d’un culte, dont sa dernière épouse Livie devient la prêtresse officielle. Amateur de spectacle, Auguste expire le 19 août de l’an 14 après J.-C., il y a 2000 ans, en demandant à ses proches, dit la légende, s’il a bien joué « la pièce de sa vie ». Celle-ci n’a jamais cessé depuis d’être rejouée.

 

MOI, AUGUSTE, EMPEREUR DE ROME

19/03/2014 > 13/07/2014

Galeries nationales du Grand Palais

PARIS

Pour commémorer le bimillénaire de sa mort, le Grand Palais fait revivre les grandes heures de l’empereur Auguste et l’effervescence a...

Exposition terminée
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