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L’incroyable destin du retable de Gand

Magali Lesauvage 7 mars 2014

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Le 12 mars sort en salles le film Monuments Men, réalisé (très platement) par George Clooney. Basé sur une histoire vraie, celle de ce groupe d’hommes chargé par le général Eisenhower de récupérer à la toute fin de la guerre un maximum d’œuvres d’art volées par les Nazis, il évoque notamment la destinée incroyable d’un chef-d’œuvre de l’art primitif flamand, l’Adoration de l’Agneau mystique de Jan Van Eyck, volé, perdu et retrouvé de multiples fois depuis six siècles. Chronologie des faits.

 

Le Retable de l’Adoration de l’Agneau mystique, achevé par Jan Van Eyck en 1432, Gand, cathédrale Saint-Bavon.

1432

Commandé au peintre Hubert Van Eyck par un riche sacristain de l’église Saint-Jean de Gand (aujourd’hui cathédrale Saint-Bavon) pour la chapelle privée de son épouse, le polyptyque composé de vingt-quatre panneaux de bois peints à l’huile est achevé, suite à la mort de l’artiste en 1426, par le frère de celui-ci, Jan, et placé dans l’église Saint-Jean en 1432.

Célèbre car il fait voler en éclats les conventions de l’art médiéval, le retable montre avec un grand naturalisme le Christ en roi (d’autres y voient Dieu le Père), entouré de la Vierge et de saint Jean-Baptiste, d’anges chantant et d’Adam et Eve nus. Dans la partie inférieure est représentée l’Adoration de l’Agneau mystique, surmontant des groupes de prophètes, de saints et de martyrs, dans un grand champ sur lequel dardent les rayons de la colombe du Saint-Esprit. Replié les jours de semaine, le polyptyque porte au dos l’Annonciation ainsi que les figures des donateurs, Jodocus Vijd et Lysbette Borluut.

À la fois empreint d’une grande spiritualité, monumental par sa taille, d’une extraordinaire précision et d’une grande richesse picturale et iconographique, le retable de l’Agneau mystique est depuis le XVe siècle une œuvre unanimement célébrée, parfois controversée et souvent convoitée.

1566

Au XVIe siècle, le retable subit les foudres de l’iconoclasme. En 1566, ses panneaux sont jetés dans un bûcher et miraculeusement sauvés, avant qu’un garde ne soit spécialement placé à sa protection.

Détail : les anges chantant.

1803

Pendant les guerres napoléoniennes, les panneaux sont saisis et transférés au Louvre, où ils sont exposés. Ils seront rendus après la défaite de Waterloo en 1815.

1815

Six panneaux du polyptyque sont mis en gage par le diocèse de Gand. Ils sont acquis par le marchand d’art Nieuwenhuys qui les revend un an plus tard au collectionneur anglais Edward Solly seize fois leur prix d’achat. Puis ils passent dans la collection du roi de Prusse, qui débourse quatre fois cette dernière somme. Les six panneaux sont exposés à la Gemäldegalerie de Berlin pendant près d’un siècle.

1861

La nudité d’Adam et Eve est jugée trop choquante pour être montrée dans une cathédrale, et les deux panneaux sont vendus à l’Etat, qui les expose aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique.

Détail : l’Adoration de l’Agneau mystique.

1917

Pendant la Première Guerre mondiale, plusieurs panneaux sont saisis par les Allemands. Ceux-ci, ainsi que ceux achetés légalement au XIXe siècle par la Prusse, seront récupérés par la Belgique dans le cadre des réparations de guerre imposées par le Traité de Versailles.

1934

Le 10 avril 1934, deux panneaux, Les Juges intègres et le saint Jean-Baptiste, sont volés par un sacristain, Arsène Goedertier, qui demande une rançon d’un million de francs belges. Le panneau du saint est rapidement retrouvé. Quelques mois plus tard, sur son lit de mort, le voleur s’accuse du crime, mais trépasse avant d’avoir livré sa cachette.  Le panneau des Juges intègres n’a toujours pas été retrouvé.

1940

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le retable de l’Agneau mystique est pris au cœur de la tourmente et devient non seulement un objet de convoitise, mais se retrouve motif de traités diplomatiques. Craignant que les Allemands, en représailles du Traité de Versailles, ne remettent la main dessus, la Belgique décide d’envoyer le polyptyque en lieu sûr, au Vatican. Alors qu’il est en transfert en France, l’Italie déclare la guerre aux Alliés et se range aux côtés de l’Allemagne. Le retable part alors pour Pau, où un accord est trouvé pour qu’il ne puisse être déplacé pendant toute la durée de la guerre sans le consentement des trois parties — française, belge et allemande.

Les Alliés découvrant le retable de Gand dans la mine de sel d’Altaussee.

1942

Adolf Hitler, grand amateur d’art flamand, ordonne que le retable soit saisi et amené au château de Neuschwanstein, en Bavière. Mais l’opération est jugée trop dangereuse, et l’œuvre est déplacée dans la mine de sel d’Altaussee, en Autriche, aux côtés de nombreuses autres, notamment la Madone de Bruges de Michel-Ange ou L’Astronome de Vermeer.

1945

Le retable est retrouvé par les Monuments Men, qui le rendent à la Belgique lors d’une cérémonie présidée par le Roi des Belges au Palais royal de Bruxelles. Le panneau des Juges intègres est remplacé par une copie réalisée par l’artiste belge Jef Vanderveken.

1950

Une première campagne de restauration permet d’améliorer l’état de l’œuvre endommagée par ses vols et transferts successifs.

Détail : Gabriel, l’Archange de l’Annonciation.

1956

Le panneau volé du retable de Gand est évoqué par Albert Camus dans son roman La Chute, dont le héros Clamance prétend qu’il l’a caché dans un placard de sa chambre. Il espère ainsi pouvoir se faire arrêter, et enfin se confesser.

1986

Le retable est placé dans l’ancien baptistère de la cathédrale Saint-Bavon de Gand, transformé en chambre forte.

Panneaux antérieurs du retable, en cours de restauration au Musée des Beaux-Arts de Gand.

2010

Un journaliste d’investigation néerlandais, Karl Hammer, publie Le Secret du panneau sacré, mettant en cause des groupes religieux et le Vatican, et évoquant le travail des services de renseignement britanniques tentant de récupérer le panneau disparu.

2012

Le retable de Van Eyck fait l’objet d’une vaste campagne de restauration, qui doit durer cinq ans. Celle-ci prend place dans une salle vitrée du Musée des Beaux-Arts de Gand, où les panneaux sont restaurés successivement sous les yeux du public.

 

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