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Bill Viola plonge le Grand Palais en vidéo

Magali Lesauvage 4 mars 2014

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Événement : pour la première fois, le Grand Palais consacre une exposition d’envergure à un vidéaste contemporain. Plongées dans la pénombre, les Galeries nationales déploient vingt œuvres monumentales de l’artiste américain Bill Viola, images en mouvement de près de quarante ans de carrière. Visite en apnée.

Bill Viola, Ascension, 2000, installation vidéo sonore. Bill Viola Studio, Long Beach. Photo : Kira Perov. 

On pénètre dans l’exposition Bill Viola au Grand Palais comme on sombre dans un demi-sommeil, avec cette impression diffuse de quitter progressivement la réalité tangible pour une expérience sans repères. Dès la première salle, l’œuvre fondatrice The Reflecting Pool (1977) annonce cet état amniotique : un homme (l’artiste lui-même) sort d’un bassin enchâssé dans une nature luxuriante, puis disparaît comme par magie. Tout l’art de Bill Viola est là : dialogue entre l’homme et son environnement, élément aquatique omniprésent, prouesse technique, rapport à la peinture (dans la frontalité, le jeu de reflets, le caractère englobant de l’œuvre, le thème du nu ou du portrait…), mysticisme, surnaturel…

Peintre ayant choisi comme médium la vidéo – avec laquelle, aime-t-il à dire, il est né (en 1951) –, Bill Viola est un artiste contemporain classique, dans le fond (une spiritualité universaliste), comme dans la forme (lisse, sans heurts ni accidents). Immergé dans cet art total, spectaculaire, le visiteur est pris par des sentiments ambivalents. Ainsi malgré soi, on se laisse prendre au piège d’œuvres qu’alourdissent un discours flirtant avec la philosophie zen et un syncrétisme religieux au parfum New Age, et une virtuosité technique confinant au kitsch. Cette pensée binaire déroule les thèmes (homme/femme, eau/feu, vie/mort, jeunesse/vieillesse, terre/ciel) qui teintent toute existence humaine. Corps émergeant de l’eau, triade féminine, éveil, naissance, couple vieillissant, mains en prière sont des images universelles, à la symbolique lourde, attendue.

Là où Bill Viola réussit cependant à capter l’attention, c’est dans la référence répétée à la peinture, en particulier religieuse. Comme elle, ses vidéos sont quasiment muettes. Parfois il s’agit de tableautins – ainsi la série Catherine’s Room rappelant la précision de la peinture flamande –, d’autres sont disposées en frise (la monumentale installation existentialiste Going forth by day) ou prennent l’allure d’un retable (L’Ascension de Tristan). Des œuvres plus anciennes, comme dans la série des Mirages tournés dans les déserts de Tunisie ou du Mojave, dialoguent avec la peinture de paysage dans une recherche de texture impressionniste. Mais généralement, le format des vidéos adopte la taille anthropométrique, engageant l’absorption du spectateur. All-over aquatique provoquant une sensation de suffocation, l’art de Bill Viola procède d’une spiritualité abstraite à dimension humaine qui rejoint l’art pictural d’un Mark Rothko ou d’un Yves Klein.

À ceci près que s’y ajoute un élément, et pas des moindres, celui du temps. Ralenti et étirement de la forme amènent le visiteur de l’exposition, déjà retiré de la lumière du monde, dans un état méditatif. Dépliant le temps, les œuvres de Viola demandent concentration et introspection. Quitte à frôler l’asphyxie.


BILL VIOLA

05/03/2014 > 21/07/2014

Galeries nationales du Grand Palais

PARIS

Bill Viola est sans conteste le plus célèbre représentant de l’art vidéo. Un large corpus de son oeuvre, allant de 1975 à aujourd’h...

Exposition terminée
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