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« Sublimer nos petites morts » : Lionel Sabatté nous guide dans son exposition à l’Aquarium de Paris

Magali Lesauvage 17 février 2014

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Modeleur des matières intimes, inventeur de chimères, Lionel Sabatté, 38 ans, crée des meutes de loups à partir de la poussière des villes et cherche dans les abysses l’inspiration pour ses figures peintes. Invité par l’Aquarium de Paris, il nous guide pas à pas dans son exposition, La Fabrique des profondeurs

Bassin aux requins, Aquarium de Paris, 2014.

« Depuis un an, tous mes projets sont liés à cette exposition. L’invitation m’a été faite il y a un an par Alexis L. Powilewicz, président de l’Aquarium. Il a vu l’une de mes œuvres dans une galerie, et l’a achetée pour l’exposer ici. C’est un petit poisson réalisé à partir de pièces d’un centime et de dents de requin. Il évoque pour lui le mythe du roi Midas, qui transforme en or tout ce qu’il touche, et de fait ne peux plus se nourrir. Pour Alexis L. Powilewicz, l’œuvre fait écho aux désastres écologiques que l’homme fait subir à la planète, comme la surpêche, un thème majeur abordé par l’Aquarium.

Le motif du cycle est important dans le parcours en cercle  de l’Aquarium, qui descend à l’étage inférieur pour remonter vers la sortie, comme dans le thème même de l’écosystème. Mon propre travail, notamment en peinture, est lié à l’introspection, à l’inconscient, ce qui rejoint l’idée des fonds marins. J’ai voulu que les œuvres soient intégrées au parcours, qu’on ait l’impression qu’elles ont été extraites des bassins. D’ailleurs de nombreux visiteurs ne les remarquent pas tout de suite, ce qui est très bien comme ça. »

Les Chants silencieux

« Une créature de la série Les Chants silencieux accueille le visiteur à l’entrée de l’exposition. Elle a été réalisée lors d’une résidence de quinze jours au Vent des forêts, dans la Meuse. J’ai découvert des souches de chênes dans ce paysage près de Verdun, marqué par l’histoire, les tranchées, les trous d’obus. Ces arbres qui ont connu les guerres sont morts pendant la tempête de 1999 et les souches sont restées sous terre. Je les déterre, je les gratte. J’aide la forme qui est déjà présente, je la tends. C’est de la sculpture, mais presque aussi de la peinture, car je retrouve des couleurs dans les strates du bois. Ensuite je tisse du fer dans le bois pour créer des sortes de phénix, des créatures qui renaissent. Les pièces de monnaie représentent la part humaine, elles symbolisent la civilisation, l’Europe.

J’ai créé cette série en pensant au projet de l’Aquarium : pour moi il y a un rapport entre les profondeurs terrestres, d’où sont extraites ces souches qui concentrent l’énergie de l’arbre, et celles de l’océan évoquées dans ce lieu. D’autres œuvres de la même série ont été réalisées à partir de souches trouvées dans les Pyrénées, dont je suis originaire : elles proviennent d’arbres arrachés à la montagne par les torrents et laissés sur le bord des routes. Je les ai laissées très brutes, avec encore de la terre de là-bas, et j’y ajouté de la rouille : le bois et le métal se mélangent dans une couleur verdâtre obtenue par des oxydes, qui donne un aspect de peau de serpent. »

Le Banc de poissons d’argent

« Les poissons d’argent suspendus en l’air forment un banc échoué là, comme après une catastrophe écologique. C’est comme un trésor qui prendrait vie. Leur réalisation, très longue, a nécessité que j’invente une méthode de soudure, de tressage du métal. J’ai laissé apparentes les traces de soudure, pour donner aux œuvres un aspect vivant. Mais elles demeurent des créatures inventées, des chimères. »

Réparations de papillons

« Je récupère les papillons abîmés dans des magasins d’entomologie, et je les répare avec mes bouts d’ongles et mes peaux mortes. Je leur donne un corps qui peut parfois évoquer la silhouette humaine, en utilisant des éléments provenant de mon propre corps (ongles, peaux, cheveux), ou de celui de mes proches. Ceux-ci possèdent une grande ambiguïté : on trouve jolis les ongles et les cheveux, mais dès qu’ils sont détachés du corps, cela nous dégoûte, de manière tout à fait irrationnelle. Il y a sans doute là un rapport avec la mort, notre abandon du quotidien, nos « petites morts ». L’idée pour moi est de sublimer cela, et d’accomplir une transmission, comme avec les pièces. »

Le Cygne noir

« Cette œuvre-là est réalisée à partir de la poussière du métro Châtelet, où passent quotidiennement un million de personnes, mêlée à celle de l’Aquarium. La poussière est réellement sculptée, puis vernie. Ça paraît fragile, mais c’est très solide. C’est un cygne noir, ici encore on dirait un phénix, ou un oiseau tentant de s’échapper d’une marée noire. La théorie du cygne noir est un concept philosophique [développé par le philosophe Nassim Nicholas Taleb, ndlr]. On a cru longtemps qu’il n’existait que des cygnes blancs, car on ne trouvait pas le gène du cygne noir. Jusqu’à sa découverte au XVIIIe siècle. La théorie évoque ces événements imprévisibles à très faible probabilité, mais qui ont de grandes conséquences, comme le naufrage du Titanic, ou la crise des subprimes. Elle souligne les limites de la rationalité. »

La Rose blanche

« La rose blanche vient en point final de l’exposition. Je l’ai réalisée à partir de mes peaux mortes, de ciment et de cendres, assemblés sur une vraie tige de rose. C’est l’une de mes dernières pièces, emblématique de ce vers quoi je souhaite aller, le végétal mêlé à l’humain, le jeu sur l’éphémère. C’est aussi une sorte d’hommage aux êtres vivants montrés ici . »

Toutes œuvres © Lionel Sabatté, courtesy galerie Patricia Dorfmann, Paris/Aquarium de Paris.

Profitez de notre offre spéciale : 1 place achetée = 1 place offerte pour l’exposition de Lionel Sabatté, Fabrique des profondeurs à l’Aquarium de Paris.

FABRIQUE DES PROFONDEURS

09/02/2014 > 18/05/2014

Aquarium de Paris

PARIS

Lionel Sabatté a spécialement conçu cette exposition en un dialogue avec L’Aquarium de Paris, ses bassins, ses poissons, et son archite...

Exposition terminée
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