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Un Prix Marcel Duchamp 2014 à 100% masculin

Magali Lesauvage 7 février 2014

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Les quatre nommés pour le Prix Marcel Duchamp 2014 ont été annoncés ce jeudi 6 février par l’Adiaf. Un très beau choix, mais une liste composée à 100% d’hommes.

Théo Mercier, courtesy galerie Gabrielle Maubrie.

Hier soir chez Artcurial, l’Adiaf (Association pour la diffusion internationale de l’art français) annonçait les quatre nommés au Prix Marcel Duchamp 2014. Rappelons que ce prix « distingue un artiste français ou résidant en France, représentatif de sa génération et travaillant dans le domaine des arts plastiques et visuels (installation, vidéo, peinture, photographie, sculpture…) ». Les nommés sont désignés par des collectionneurs membres de l’Adiaf, et le lauréat, dont on connaîtra le nom le 25 octobre prochain, pendant la FIAC, est choisi par un jury international de sept personnalités importantes du monde de l’art, parmi lesquels cette année : Bernard Blistène, directeur du Musée national d’art moderne, Jacqueline Matisse-Monnier, artiste et petite-fille de Henri Matisse, Thierry Raspail, directeur du Musée d’Art contemporain de Lyon, ou encore l’Américain Robert Storr, éminent historien de l’art.

On serait bien en peine de choisir d’ores et déjà (le projet présenté à la FIAC déterminant aussi l’attribution du prix) parmi les quatre artistes nommés (en réalité au nombre de cinq, puisqu’est inclus un duo), tant la sélection est brillante. Âgés de trente à quarante-cinq ans, Théo Mercier, Julien Prévieux, Florian et Michaël Quistrebert, et Évariste Richer représentent cette « génération » d’artistes que l’on a déjà pu voir exposés dans des centres d’art en France et à l’étranger, et dont on retrouve fréquemment les œuvres dans les foires – le Prix Marcel Duchamp est, notons-le, un prix de collectionneurs.

Ainsi est-on ravi de voir dans cette liste Théo Mercier, producteur invétéré de bazars kitsch (savourés au Lieu unique, à Nantes, l’an passé), Julien Prévieux, artiste astucieux du « contre-emploi » et auteur des fameuses « lettres de non-motivation », les frères Quistrebert, dont on aime l’abstraction néo-punk (qui leur a valu d’être exposés dans la très populaire exposition Dynamo au Grand Palais), et Évariste Richer, dont la poésie sensible aux éléments nous émeut à chaque fois.

Cinq artistes réellement « représentatifs de leur génération ». Cinq hommes. Loin de souhaiter des quotas de parité, qui provoqueraient plus d’injustice que d’équité, on peut s’étonner de l’absence totale de femmes cette année… encore. Tout en rappelant que le Prix était à 50/50 mixte l’an passé, et qu’une femme, Latifa Echakhch, a été récompensée, soulignons que depuis sa création en 2000 ont été nommées 16 femmes sur un total de 60 artistes, et que 4 d’entre elles (Dominique Gonzalez-Foerster, Carole Benzaken, Tatiana Trouvé, Latifa Ehakhch) ont remporté le prix, pour 14 éditions.

Rappelons encore que près de 45 % des artistes affiliés à la Maison des Artistes sont des femmes, qu’elles sont aussi présentes que les hommes dans les écoles d’art, les musées et les centres d’art, et que beaucoup de galeristes et critiques d’art sont des femmes. Pourquoi donc une telle disparité « à l’arrivée », non seulement dans la liste des nommés au Prix Duchamp, qui offre un formidable coup de pouce aux lauréats, mais aussi dans le line-up des centres d’art ? Faut-il y voir une difficulté commune des femmes à se révéler, ou à être révélées ? Quel est le rôle des « sélectionneurs » que sont les commissaires d’expositions, jurés de prix ou directeurs de centres d’art ?

À ceux auxquels échappent les noms d’artistes femmes « françaises ou vivant en France, représentatives de leur génération », suggérons pour les années à venir ceux d’Isabelle Cornaro, Marcelline Delbecq, Delphine Coindet, Virginie Yassef, Marylène Negro, Zineb Sedira, Marlène Mocquet, Virginie Barré, Marie Voignier, Bettina Samson, Maïder Fortuné, Estefania Peñafiel-Loaiza, Hippolyte Hentgen… Et caetera.

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