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À Rennes, itinéraire en art contemporain

Magali Lesauvage 3 février 2014

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Trente ans après la création des Fonds régionaux d’art contemporain, force est de constater que la France souffre encore d’une extrême centralisation à Paris de l’activité culturelle — il suffit de consulter notre sélection des expositions majeures de 2014. Le réseau de l’art est pourtant aussi, voire plus dynamique hors de l’Île-de-France, notamment dans l’Ouest (voir notre itinéraire à Nantes). Escale à Rennes, tête de proue de la région Bretagne, où les initiatives se multiplient pour infuser l’art contemporain dans la ville. 

Vue de l’exposition Quand les formes sont attitudes, 40mcube, Rennes. Au premier plan : Steven Parrino, Trashed Black Box n°2, 2003 © D.R./CNAP. Photo : Patrice Goasduff.

Quand on pense « culture à Rennes », on songe d’abord à la musique (avec les Transmusicales et le nid de musiciens rock qui y a germé depuis les années 1980, d’Etienne Daho à Mermonte en passant par Niagara), ensuite au théâtre (avec le l’Opéra de Bretagne et TNB) et un peu à la danse (avec le Centre chorégraphique national). Pas nécessairement à l’art. Certes le musée des Beaux-Arts de Rennes conserve une exceptionnelle collection de peintures italiennes (à voir actuellement dans l’exposition De Véronèse à Canova) et quelques chefs-d’œuvre absolus comme Le Nouveau-né de Georges de La Tour, tandis que depuis 2008 une Biennale d’art contemporain contribue au dynamisme de la ville.

Mais l’art n’est pas ce qui fait le plus vibrer les Rennais : avec 57 000 visiteurs, les chiffres de fréquentation de la dernière Biennale, en 2012, ont été décevants. Et pourtant la ville, grâce notamment à son Ecole régionale des Beaux-Arts, est un vivier d’artistes : Daniel Dewar et Gregory Gicquel (lauréats du Prix Marcel Duchamp 2012), Wilfrid Almendra ou encore Aline Morvan sont passés par là, et aujourd’hui y vivent et travaillent de jeunes artistes au travail enthousiasmant (Damien Marchal, les frères Ripoulain, Samir Mougas…).

Inauguré en 2012, le nouveau FRAC Bretagne, dessiné par l’architecte Odile Decq et dirigé par Catherine Elkar, témoigne d’une belle programmation (voir en ce moment la rétrospective très complète consacrée à l’artiste allemand Dieter Roth, Processing the world). Geste architectural fort, voire intimidant, le Fonds régional d’art contemporain souffre cependant d’une position excentrée dans la ville (mais bénéficie de la proximité avec l’université Rennes-2), de salles d’exposition relativement exiguës et au plan alambiqué, et surtout de problèmes techniques (manque d’étanchéité, problèmes d’aérations dans les réserves) qui font grogner les Bretons.

 

Performance Kiss de Tino Sehgal dans le cadre de l’exposition La Permanence #1, musée de la Danse, Rennes, 2014.

N’ayant pas encore trouvé sa place de catalyseur ni de moteur de dynamiques artistiques, le FRAC délègue à d’autres le soin d’initiatives plus en prise avec la jeune génération d’artistes. C’est le cas de 40mcube, né en 2001. Situé sur la froide avenue Sergent Maginot, ce lieu d’expo, doublé d’une structure de production d’œuvres, dispose d’un espace relativement étroit de 170 m2, et d’un « parc de sculptures urbain » où se définit une esthétique assez radicale, résolument orientée vers le jeu (avec l’Obstacle hippique de Briac Leprêtre et la structure de jeux d’enfants remixée par Stéphanie Cherpin), et la monumentalité (voir Le Grand Silence en marbre et béton armé de Joachim Monvoisin, ou le monolithe, en béton lui aussi, de Nicolas Milhé).

40mcube, qui propose actuellement une exposition, Quand les formes sont attitudes, rassemblant des artistes français (Emmanuelle Lainé, Lili Reynaud-Dewar, We Are The Painters) et américains (Jimmie Durham, Steven Parrino) sur le thème de la performance, invite depuis une douzaine d’années dans ses murs des artistes en vogue – Hippolyte Hentgen, Antoine Dorotte, Ida Tursic & Wilfried Mille, Florian & Michaël Quistrebert, Benoît-Marie Moriceau… Son extension, prévue pour 2015, est donc une heureuse nouvelle. À cela s’ajoutent des projets dans l’espace public qui font de 40mcube un lieu d’art essentiel dans la ville, comme la grande fresque abstraite à même le sol, Street Painting #7 de Lang/Baumann, à retrouver rue Jules Simon.

 Vue de l’exposition Safe Sounds de Ziad Antar à la Criée, Rennes, 2013-2014.

À deux pas de là, la Criée, centre d’art municipal sis dans une majestueuse ancienne halle aux poissons, a souffert ces quelques dernières années d’une programmation hasardeuse, avant de retrouver un second souffle bienvenu. C’est dans le cadre du cycle 2013-2014 justement nommé « Courir les rues » que s’inscrit l’exposition haletante Safe Sounds du Libanais Ziad Antar (jusqu’au 16 février) : huit vidéos y montrent un artiste en prise, dans son propre corps, avec le silence assourdissant des événements qui malmènent son pays. Ancrée dans la vie de la cité, la Criée poursuit par ailleurs des projets avec des partenaires européens, propose des résidences, élabore un programme de recherches avec l’université Rennes-2 (elle-même productrice d’expositions dans sa galerie Art & Essai)…

Mal dotée en galeries (hormis la célèbre galerie Oniris, pourvoyeuse historique d’artistes abstraits tels que François Morellet ou Aurélie Nemours), Rennes montre pourtant une persistante soif d’art. En témoigne l’activité du Centre chorégraphique national de Bretagne, rebaptisé « musée de la Danse » par son nouveau directeur, le chorégraphe Boris Charmatz, et qui propose avec le Centre national des arts plastiques une série d’expositions sur la performance, La Permanence. Lieu ouvert en continu, et non réservé au moment t de la représentation, le musée de la Danse réfléchit à l’exposition comme à « une permanence politique, une cellule de veille », présente dans et hors les murs, infusant l’art dans le temps et l’espace. Rendant ainsi l’art aux citoyens, et à la ville.

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