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Ponte City, allégorie d’une ville en mutation

Gwenael Ameline de Cadeville 24 janvier 2014

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Ponte City, construite en 1970 dans le quartier de Hillbrow à Johannesburg, est la plus haute tour de l’hémisphère sud. Emblème de modernité au temps de la prospérité, elle devient, après l’avènement de la démocratie, le symbole du déclin du centre-ville de Johannesburg. L’artiste sud-africain Mikhael Subotzky et le Britannique Patrick Waterhouse ont voulu raconter l’histoire de cette tour dans un projet artistique présenté au BAL jusqu’au 20 avril.

Michael Subotzky & Patrick Waterhouse, Ponte City, 2008-2013 © Magnum Photos.

Le projet de Mikhael Subotzky et de Patrick Waterhouse est à la fois une recherche artistique visuelle, et une étude architecturale, historique et surtout sociale. Pendant cinq ans, ils ont collectés des données : archives, photographies ou objets personnels ayant appartenu aux habitants de la tour.

Les artistes ont entrepris un travail titanesque en réalisant des séries de photos : portraits des habitants, clichés des portes et des fenêtres de chaque appartement et de chaque étage. De la même manière, ils ont pris des photos de l’intérieur de l’immeuble afin de dévoiler les scènes de la vie quotidienne. Ces séries donnent une vue très exhaustive de cette tour immense de 54 étages. Dans l’exposition, les photographies exposées sur quatre murs recréent physiquement la tour. Entouré de toutes ces images, on prend alors conscience de la grandeur de cet édifice et de sa complexité architecturale.

Vue de l’exposition au BAL : objets personnels des habitants de Ponte City.

Objets et des fragments de vie

Après avoir étudié la forme architecturale du bâtiment, les artistes ont voulu mettre en avant l’aspect plus humain de leurs recherches. Lorsqu’ils ont commencé leur projet en 2008, le bâtiment venait d’être racheté par David Selvan qui voulait rendre à cet immeuble son faste d’antan. Une grande partie des locataires avait quitté leur appartement à la hâte, laissant derrière eux des photos ou des papiers administratifs. Beaucoup de logements avaient été pillés ou saccagés. Les nombreuses parts d’ombre laissées par les habitants ont contraint Subotzky et Waterhouse à imaginer leurs vies, notamment celle d’un réfugié politique congolais dont les effets personnels habillent un des murs. Un grand nombre d’immigrés sont venus vivre dans Ponte City. Johannesburg attirait, en effet, beaucoup d’individus des pays voisins car elle était synonyme d’un nouveau départ possible.

Lors de sa conception en 1970, Ponte City était une sorte d’utopie moderniste et le symbole de l’Apartheid, puisqu’elle était réservée aux blancs. Puis vient la fin de la ségrégation et la démocratie. Les blancs quittèrent la tour et le centre de Johannesburg pour les banlieues nord, réputées plus sûres. Cette tour devient alors rapidement le lieu de toutes les suppositions, une sorte de mythe de la décadence. En 2008, un espoir de changement émergea avec la volonté pour David Selvan de réhabiliter la tour et d’en faire à nouveau un espace de standing. Malheureusement, ce projet est abandonné avant même d’avoir commencé. À cause de la crise économique de 2008, tous les investisseurs se sont rétractés, et les habitants ont repris possession de l’espace.

Alors qu’elle était le lieu de tous les fantasmes (gangsters, prostitution, trafics), Ponte City est aujourd’hui un espace de vie « normal », précise  Mikhael Subotzky. La réputation de la tour et les multiples fictions qui lui sont attribuées ne sont pas le reflet de sa situation actuelle. « Aujourd’hui ce sont des ouvriers, des personnes de la classe moyenne qui vivent ici », ajoute le Sud-Africain. Cette étude artistique, historique et sociale est, en définitive, une formidable analyse de l’évolution de Johannesburg à travers un lieu emblématique de la ville.

PONTE CITY

17/01/2014 > 20/04/2014

Le BAL

PARIS

LE BAL PRÉSENTE LE DERNIER PROJET DU PHOTOGRAPHE SUD-AFRICAIN MIKHAEL SUBOTZKY, UNE ÉPOPÉE VISUELLE SUR QUATRE DÉCENNIES (1975-2013), AU...

Exposition terminée
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