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À Meaux, la Grande Guerre en son musée

Magali Lesauvage 24 janvier 2014

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Le musée de la Grande Guerre, à Meaux, rouvre le 25 janvier, après un léger dépoussiérage, afin d’accueillir comme il se doit le public impatient de revivre à travers ses riches collections la guerre que l’on commémore cette année en France et partout dans le monde. Visite émue et indispensable, non loin de l’un des sites des batailles de la Marne. 

Le musée de la Grande Guerre du pays de Meaux © Dennis de Smet, 2012.

Avant même que l’année 2014 n’ait commencé, les commémorations de la Grande Guerre ont montré que, cent ans après, et alors que le dernier Poilu a disparu, le souvenir reste vif et palpable l’attente d’un rappel historique. Comme si 14-18 était un événement trop important pour le restreindre à ses seules limites chronologiques (elles-même assez floues), 2013 a déjà vu le président de la République François Hollande prononcer un « message de paix » et inviter les 72 pays ayant participé à la guerre à venir défiler le 14 juillet prochain.

Cette année, musées et monuments français, coordonnés par la Mission du Centenaire (et son très riche site internet), se mettent donc en ordre de bataille pour fêter avec dignité un anniversaire qui, paradoxalement, ne célèbre pas la paix, mais la guerre, avec comme date symbolique celle du 28 juin 1914, et comme événement déclencheur l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand. Citons parmi eux l’Historial de la Grande Guerre, à Péronne, le Mémorial de Verdun, ou le musée de l’Armée, à Paris. Inauguré le 11 novembre 2011, et comptant déjà 230 000 visiteurs (dont 10 % d’étrangers adeptes du « tourisme de mémoire »), le musée de la Grande Guerre du pays de Meaux est lui aussi dans les starting blocks pour accueillir un public que l’on imagine cette année plus nombreux qu’à l’habitude.

Né de la passion d’un homme, Jean-Pierre Verney, le musée meldois expose une partie des quelques 50 000 objets que celui-ci a collectés depuis les années 1960. Fasciné par les anciens combattants qui venaient en pélerinage visiter ses grands-parents sur le Chemin des Dames, ce photographe, dont la maison, nous confie-t-il, était envahie jusque sous les meubles d’obus et de costumes de soldats, a fait de nombreuses expositions sur la Grande Guerre avant d’envisager de tout rassembler dans un même lieu. En 2005, la décision est prise : ça sera Meaux, la collection restera en France. Elle est acquise pour un prix symbolique, malgré les appels du pied d’importants musées américain et allemand. À celle-ci s’ajoutent depuis des dons de particuliers quasi quotidiens, et des achats réguliers.

 

Le musée de la Grande Guerre du pays de Meaux © Dennis de Smet, 2012.

Bâti en contrebas d’un imposant monument aux morts américains édifié en 1932, à l’endroit même où l’avancée allemande a été stoppée, le musée aux reflets métalliques, dessiné par Christophe Lab, s’étend au-dessus de la ville, dissimulé dans le paysage tel un élégant bunker. À l’intérieur, l’exposition permanente se déploie sur un seul et même plateau de 3000 m2. Au vu des objets conservés et dans une vision résolument généraliste, le musée opte pour un point de vue international, grâce notamment à une extraordinaire collection textile : costumes d’infirmières évoquant le rôle des femmes, tuniques britanniques, blouses allemandes, capotes françaises, etc. recréent la réalité de populations diverses.

Débutant en 1870, afin de permettre de comprendre les origines du conflit, pour se terminer avec l’évocation des répercussions de la guerre, le parcours forme, en une boucle chronologique, un fascinant panorama des profonds bouleversements de société et de conditions de vie opérées dans ce passage brutal du XIXe au XXe siècle, de l’âge moderne à l’âge contemporain. Affiches, objets du quotidien, memorabilia, œuvres réalisées par les soldats sur les champs de bataille viennent s’ajouter aux armes elles-même : obus, casques, fusils, épées, mais aussi chars, mortiers, mitrailleuses. Des salles annexes explorent des thématiques précises : place des femmes, corps et souffrance, rôle des Américains, tactique, mondialisation du conflit, mobilisation de la société, etc.

Musée de contextualisation, Meaux étend son entreprise pédagogique hors de ses limites même, grâce notamment à un travail de sensibilisation sur le territoire, et à une présence renforcée sur Internet : en 2013, des milliers d’internautes ont suivi avec émotion sur Facebook la vie d’un Poilu imaginaire, Léon Vivien. « Nous n’avons pas voulu faire un musée seulement pour les historiens », affirme son directeur Michel Rouger, qui prévoit pour les temps à venir des expositions sur la Grande-Bretagne pendant la guerre, les Dardannelles, le photojournalisme ou encore le char, mais aussi des invitations à des artistes contemporains. Montrer la guerre à hauteur d’homme, telle est la mission (accomplie) d’un musée résolument ancré dans la réalité.

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