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Les surréalistes et Victor Hugo, entre rejet et admiration

Gwenael Ameline de Cadeville 20 janvier 2014

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Ponctuée de citations, l’exposition La Cime du rêve à la Maison de Victor Hugo met en lumière les stupéfiantes similitudes entre une cinquantaine de dessins de l’écrivain et des œuvres majeures d’artistes surréalistes : Max Ernst, Francis Picabia ou encore Robert Desnos.

Victor Hugo, Brise-lames à Jersey, 1852-1855 © Maisons de Victor Hugo/Roger-Viollet.

On découvre un Hugo espiègle, joueur, amoureux. On apprend par exemple qu’il aimait partager et mélanger ses dessins avec ceux des enfants, qu’il se réappropriait et auxquels il découvrait différents sens. Derrière les jeux de mots ou les différentes techniques artistiques utilisées, on voit qu’existent chez l’écrivain des pensées plus profondes. Hugo est en questionnement perpétuel. Ses réflexions sont non seulement politiques mais également spirituelles. Hanté par la mort, il se laisse tenter par l’expérience des tables tournantes, et réalise des dessins évoquant un monde angoissant.

Son dessin Le Rêve montre une main crispée qui, comme un appel au secours, s’extirpe du néant. De même ses paysages marins, aux brumes épaisses et foncées, inquiètent et paradoxalement attirent. Les œuvres de Victor Hugo étonnent, ses pratiques artistiques aussi : techniques ludiques et extra-picturales du collage, pochoirs avec des dentelles, frottage ou encore décalcomanies à l’encre. Techniques que les surréalistes, notamment Max Ernst, André Masson ou Oscar Dominguez, utiliseront des décennies plus tard.

Ces procédés artistiques permettent à Hugo comme aux surréalistes de réveiller l’imagination et laissent le champ libre au hasard. La proximité entre leurs œuvres s’établit également dans les thèmes abordés : châteaux, bestiaires, amour ou nature. Cependant, l’exposition ne tombe pas dans l’anachronisme en présentant Hugo comme un surréaliste. Le groupe d’André Breton ne le considère d’ailleurs pas comme un poète en marge ou un précurseur, à l’instar de Lautréamont ou Rimbaud. Son image conventionnelle déplait et l’écarte de la pensée subversive des surréalistes. Pourtant, ceux-ci ont lu le Promontoire du songe et compris que la personnalité de Victor Hugo sortait du cadre et avait permis d’élargir le champ de la poésie aux frontières du rêve et de l’invisible.

Victor Hugo, Marine, vers 1864-1865 © Maisons de Victor Hugo/Roger-Viollet.

Ils découvrent également en Hugo un peintre et un dessinateur. Ainsi André Breton avait-il eu accès à ses dessins personnels au moment de sa relation avec Valentine Hugo, ex-épouse de l’arrière-petit-fils du poète. Le surréaliste va d’ailleurs rendre hommage au travail graphique de Hugo dans L’Art magique en expliquant : « il est satisfaisant pour l’esprit que le dernier mot doive rester dans ce domaine à l’œuvre d’un homme qui n’était ni graveur, ni peintre de profession. Que cet homme ait vu déjà avant Rimbaud, dans l’encre utilisée par le pinceau comme par la plume, le moyen de « fixer des vertiges » et d’interroger son propre subconscient. Que cet auteur négligé de lavis, de « taches d’encre » et de toiles de chevalet où la plus puissante imagination se donne cours, ait été un poète, et s’appelle Victor Hugo ».

À la fois délaissé car trop convenu et admiré pour son caractère visionnaire, Hugo fut pour les surréalistes un poète au rôle d’éclaireur. Et les surréalistes le lui rendirent bien en contribuant à mettre au jour les œuvres méconnues ou rejetées du plus grand poète français.


LA CIME DU RÊVE

16/10/2013 > 16/02/2014

Maison de Victor Hugo

PARIS

André Breton en atteste lui-même par une formule choc dans Le Manifeste du Surréalisme : « Hugo est surréaliste quand il n’est pas b...

Exposition terminée
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