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Au Louvre, Lady Gaga n’en fait qu’à sa tête

Magali Lesauvage 20 janvier 2014

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Après Umberto Eco, Toni Morrison ou Patrice Chéreau, c’est au tour du metteur en scène américain Robert Wilson d’être cette année le grand invité du Louvre. Hormis l’exposition de sa collection personnelle dans la salle de la Chapelle, cet artiste pluridisciplinaire présente une série de Video Portraits créée avec la pop star ultra-médiatisée Lady Gaga, à partir de toiles célèbres du musée – à retrouver également à la galerie Thaddaeus Ropac, à Paris. 

Robert Wilson, Variation d’après La tête de Saint Jean Baptiste de Solario, 2013, video, loop, RW Work Ltd.

Saint Jean-Baptiste, Marat, Mademoiselle Rivière… Les œuvres célèbres représentant ces trois personnages ont ceci en commun que dans chacune la tête est détachée, ou semble prête à se détacher du corps. La tête de Jean-Baptiste peinte par Andrea Solario repose délicatement sur un plat d’étain, ses cheveux en rouleaux disposés avec grâce sur le rebord, une larme de sang soulignant le contour du visage et le lieu où la lame a tranché. Les yeux sont à peine clos, la bouche semble exhaler un dernier soupir, le teint est d’une pâleur effrayante. Le Marat assassiné de David (dont le Louvre conserve une copie d’atelier) a la nuque brisée par le poids de sa tête pendante. Fait rare dans la peinture, on a droit ici à un portrait à 90°, qui oblige le spectateur à tourner la tête du même angle. Enfin, Mademoiselle Caroline Rivière, par Ingres, tend son sourire énigmatique au-dessus d’un cou démesuré, dont la tête paraît vouloir bientôt s’envoler dans l’atmosphère.

Ce sont ces trois œuvres, visibles dans la salle de la Maquette et le salon Denon du Louvre, que Bob Wilson et Lady Gaga ont choisi de reproduire dans des Video Portraits troublants, où se confondent peinture et cinéma, théâtre et photographie, spectaculaire et instantané. Diffusés en haute résolution, ces portraits fixes de la star mettent d’emblée mal à l’aise. Comme dans les portraits-simulacres de Cindy Sherman, on est gêné par la trop grande proximité avec le sujet, la netteté de l’image et le lien immédiat qui se fait avec le modèle. Icône autoproclamée icône, la star aux apparences multiples, dont on finit par ne plus reconnaître le visage (la voici aujourd’hui même visitant le Louvre), dispose même d’une sorte de micro-entreprise entièrement dédiée à son image. Haus of Gaga – Dissident Industries et Change Performing Arts, mise à contribution pour cette série de vidéos, prend pour modèle la Factory d’Andy Warhol, à ceci prêt qu’elle n’a pas d’autre objet que de faire de Lady Gaga… un objet.

Dans les Video Portraits de Bob Wilson, l’image aux cent images de la célébrité se superpose à l’image-icône de l’histoire de l’art : le contemporain qui imprègne l’ancien, le présent qui anime le passé. Si l’intention de Bob Willson n’est sans doute pas de « faire revivre » les œuvres anciennes (en ont-elles seulement besoin ? et ont-elles déjà « vécu » ?), sa volonté est peut-être d’interroger le statut de l’image. Que regardons-nous ? Qu’identifions-nous dans un portrait ? Un portrait qui ne montre pas un visage identifiable par tous est-il encore un portrait ? Sur les traits impersonnels de la star glissent les identités. Sa tête, en léger mouvement, semble elle aussi prête à se détacher et à rouler hors de l’image. Image paradoxale où ne demeure que l’aura, flottante et éphémère.

LE LOUVRE INVITE ROBERT WILSON

14/11/2013 > 17/02/2014

Musée du Louvre

PARIS

Pour son intervention au Louvre, Robert Wilson a choisi le titre « Living Rooms », car il transpose au coeur du musée le lieu où il vit,...

Exposition terminée
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