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« Le Ballet » de Bonnard entre à Orsay

Magali Lesauvage 15 janvier 2014

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Le musée d’Orsay vient d’acquérir une ravissante petite huile de Pierre Bonnard, Le Ballet, préemptée à Drouot. Un hommage à Degas, mais aussi une belle démonstration de la subtilité de l’esthétique nabie.

Pierre Bonnard, Le Ballet, vers 1896, Paris, Musée d’Orsay. Photo : Bailly-Pommery et Voutier.

Le musée d’Orsay a préempté le 11 décembre dernier à Drouot une œuvre de Pierre Bonnard, adjugée 375 000 euros – pour une estimation de 100 000 à 120 000 euros. Elle rejoint ainsi l’importante collection nabie du musée, et notamment la centaine d’œuvres de Bonnard reçues en donation, sous réserve d’usufruit, en 2011.

On croirait un tableau de Degas. Par son sujet : des danseuses en tutu accomplissant un mouvement d’ensemble. Par son angle de vue : en surplomb, la scène étant audacieusement coupée dans le bord inférieur droit. Par sa date : 1896, à laquelle le peintre impressionniste réalise de nombreuses œuvres sur le thème des danseuses, privilégiant le pastel et les coloris les plus vifs.

Difficile, donc, de ne pas voir dans cette huile sur carton de 28 centimètres sur 36 un hommage de Pierre Bonnard, alors âgé de 29 ans, à son aîné de 52 ans, Edgar Degas. Du maître impressionniste, on retrouve la légèreté du toucher, l’évanescence des formes, le clin-d’œil bienveillant à la maladresse des jeunes ballerines aux articulations malmenées. À cela, le jeune nabi apporte une certaine rigueur formelle, sensible dans les guirlandes de danseuses déployées de manière savante dans l’espace, comme dans la répétition mathématique avec variantes de leurs mouvements, écho aux « variations » de danse.

En 1896, Bonnard est alors partie prenante du mouvement nabi, qu’il a fondé en 1888 aux côtés d’Édouard Vuillard, Paul Sérusier, Maurice Denis ou encore Paul-Elie Ranson. Très liés au milieu du théâtre, ils réalisent des décors et des affiches pour les pièces d’Ibsen au Théâtre Antoine, et participent à des spectacles de marionnettes, notamment l’Ubu roi d’Alfred Jarry. Les Nabis envisagent l’art comme « total ». L’art doit être partout, imprégner le quotidien (littéralement, jusqu’au papier-peint et aux robes), et en retour devenir plus accessible, simplifié mais aussi transcendant.

Ce réenchantement de la vie passe, en particulier chez Bonnard, par une attention aux petites choses, à l’innocence d’un geste, à la beauté d’un jardin vu par l’embrasure d’une fenêtre. Dans le tableau acquis par le musée d’Orsay, la frise de danseuses devient un motif décoratif, animé par leurs défauts de synchronisation et leurs ombres qui provoquent un effet moucheté. Variation de rose et gris, l’œuvre démultiplie la figure de la danseuse, identique mais toujours différente, vaporeuse et légère au point qu’elle semble prête à bondir hors de la surface. Rare représentation de danse connue de la main de Bonnard, elle vient s’ajouter aux œuvres sur le même thème conservées à Orsay (Degas, Carpeaux, Toulouse-Lautrec…). D’où notre question : à quand une exposition sur ce thème ?

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