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Auguste Perret, l’architecte du béton aimé

Magali Lesauvage 14 janvier 2014

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C’est une exposition à la ponctuation étrange qu’accueille le palais d’Iéna, siège du Conseil économique, social et environnemental, à Paris. Dédiée à l’architecte Auguste Perret, auteur du bâtiment même qui l’abrite, elle est sous-titrée « Huit chefs-d’œuvre !/? ». Pourquoi cette exclamation, suivie d’une interrogation ? Car il s’agit de questionner la notion de chef-d’œuvre à travers huit édifices emblématiques.

Auguste Perret : Huit Chefs d’oeuvre !/? – Architectures du béton armé, vue de l’exposition, Palais d’Iéna, Paris. Photo : Florian Kleinefenn. Courtesy : Fondazione Prada et CESE.

Merveilleusement scénographiés par l’agence OMA de Rem Koolhaas en une timeline diachronique, les dessins, photos, maquettes et documents divers exposés au palais d’Iéna sont rassemblés autour de huit projets-phares de l’architecte français, de l’immeuble de la rue Franklin, à Paris (1903) à l’église Saint-Joseph du Havre (1951). En un parcours sinueux se dessine ainsi la vie et l’œuvre d’un artiste majeur du XXe siècle, dont la Contribution à une théorie de l’architecture, datée de 1952, résonne encore : « Architecte est le constructeur qui satisfait au passager par le permanent », « Mobile ou immobile, tout ce qui occupe l’espace appartient au domaine de l’architecture ». Ou encore, résumant tout un pan de l’histoire de l’art du XXe siècle : « Celui qui aurait produit une œuvre qui semblerait avoir toujours existé, celui-là pourrait se tenir pour satisfait. Car le but de l’art n’est pas de nous étonner ni de nous émouvoir. L’étonnement, l’émotion sont des chocs sans durée, des sentiments contingents, anecdotiques. L’ultime but de l’art est de nous conduire de satisfaction en satisfaction, jusqu’à la sereine délectation ».

L’ascèse au-dessus du spectaculaire, la délectation par-delà l’étonnement, le permanent plutôt que l’anecdotique. C’est une véritable éthique de l’art et de l’architecture qu’Auguste Perret, né en 1874 dans une famille de communards, va mettre en œuvre dès la Belle Époque, au moment où triomphe l’Art Nouveau et la courbe Guimard, et jusqu’à la fin de sa vie, en 1954. À cela un modèle puisé dans l’antique : l’art classique, et un moyen moderne : le béton armé, qui permet notamment de bâtir des structures monumentales, en réduisant les éléments portant. C’est sans doute la rencontre de ces deux éléments, passé et présent, qui fait de Perret un classique contemporain, et de ses réalisations des « chefs-d’œuvre ».

Auguste Perret, 1925 © CNAM/SIAF/CAPA, Archives d’architecture du XXe siècle/Auguste Perret/UFSE/SAIF.

Après l’immeuble de la rue Franklin, le théâtre des Champs-Élysées, en 1913, amorce une révolution technique, par l’usage du béton armé, tout en annonçant, grâce en particulier aux reliefs synthétiques de Bourdelle, le tournant esthétique vers l’Art Déco. Naît alors l’« ordre du béton armé » – après que la Grèce antique ait créé l’ordre dorique, ionien, etc. C’est celui-là qu’utilise Auguste Perret pour l’église du Raincy (1923), le palais d’Iéna (1937) ou encore l’église Saint-Joseph du Havre (1951), son ultime chef-d’œuvre. Ses principes généraux : l’économie de moyen, le décor réduit à l’essentiel et soumis à la fonction, la mise en valeur de la structure. Respectant un ordonnancement strict, voire sévère (ainsi la reconstruction du Havre, dont il fut le grand concepteur au lendemain de la guerre, a-t-elle été critiquée pour sa rigueur froide), les bâtiments de Perret sont aussi des bijoux de décor : Saint-Joseph et ses quelques 12 000 vitraux dessinés par Marguerite Huré, l’église du Raincy et ses claustras géométriques, le palais d’Iéna et son élégant hémicycle.

Actualisé par des regards contemporains, notamment le film 25 bis de Louise Lemoine et Ila Bêka, qui montre, à travers le témoignage des habitants du 25 bis rue Franklin, comment se vit l’architecture d’Auguste Perret un siècle après sa conception, l’œuvre du grand maître prend ici toute sa dimension intemporelle. Classique.

AUGUSTE PERRET, HUIT CHEFS D'OEUVRE !/?

27/11/2013 > 19/02/2014

Palais d’Iéna

PARIS

L’exposition met à l’honneur un des parcours architecturaux les plus inspirants du XXe siècle.
Fils d’un tailleur de pierre co...

Exposition terminée
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