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Le combat des artistes sud-américains à la Fondation Cartier

Gwenael Ameline de Cadeville 13 janvier 2014

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La Fondation Cartier nous invite à un formidable voyage : direction l’Amérique latine. L’exposition America Latina rassemble 72 artistes d’aujourd’hui, dont les œuvres témoignent, chacune à leur façon, de la vie difficile dans leurs pays.

Miguel Calderón, Sans titre (Rings), 2006. Courtesy de l’artiste et kurimanzutto, Mexico © Miguel Calderón.

Corps à demi-nus pendus par les pieds, impacts de balles, bouches ouvertes affamées… Les œuvres de l’exposition évoquent bien souvent les souffrances causées par les diverses dictatures du continent sud-américain. Les artistes, arpentant les rues des grandes villes, racontent la misère sociale et la violence de leurs pays. D’autres n’oublient pas de mettre en avant les manifestations ou la culture de rue, devenus les principaux moyens d’expression. Toutes les œuvres ou presque ont en commun de mélanger la photographie et le texte : la photographie présente fidèlement la réalité, tandis que le texte invite à une réflexion plus profonde. À ces deux procédés, ces plasticiens-poètes intègrent d’autres matériaux, des morceaux de journaux ou même pour certains des éléments urbains.

Ces techniques particulières sont non seulement des choix esthétiques, mais aussi des manières d’échapper à la censure. Le Chilien Carlos Altamirano, par exemple, critique indirectement le régime politique des années 1980 dans son œuvre Ocho Paisajes. Ce polyptique de huit collages sur panneaux de bois est composé d’agrandissements photographiques, de morceaux de planches-contacts, de négatifs et de reproductions en noir et blanc de journaux ainsi que d’autres matériaux comme l’acrylique de ciment ou le goudron. Sur ces supports, il intègre également au pochoir des mots appartenant au vocabulaire de l’art en les associant au paysage urbain de Santiago au moment de la dictature. Afin d’éviter la censure, l’artiste critique l’académisme artistique et ses modes de représentation défendus par l’institution militaire, et remet ainsi en cause le régime totalitaire établi par Pinochet.

Un art politique

L’art devient alors un extraordinaire moyen d’expression, utilisé par les artistes mais pas seulement. Installés à São Paulo, Louise Chin et Ignácio Aronovich montrent, dans un diaporama de cinquante-huit photographies en noir et blanc intitulé Por tras letras, l’importance du tag au Brésil. Sur ces images on entend les voix de tagueurs qui expriment leur vision de cet art de rue : « Le tag c’est l’amitié », « Le tag c’est éternel ». L’une d’elles explique que parmi les tagueurs, on trouve des pères de famille ou même des avocats. Le tag, plus qu’un acte transgressif, est alors une véritable forme d’expression qui rassemble toutes les catégories sociales et qui perdure malgré les risques et les répressions.

Marcos López, Plaza de Mayo, Buenos Aires, série Pop Latino, 1996, collection privée, Buenos Aires © Marcos López.

Comme le montre l’exposition de la Fondation Cartier, l’art en Amérique latine est assurément un art de la contestation mais il est aussi l’expression d’une recherche d’identité. Identité territoriale pour certains, intime ou collective pour d’autres, cette quête est très présente dans les œuvres, notamment dans celles de la série Pop latino de Marcos López. Ces photographies sont des mises en scène au sein desquelles l’artiste fait apparaitre des objets que tous les Argentins connaissent : des cannettes de bière Quilmes, des tee-shirts publicitaires, des lieux familiers de Buenos Aires ou des symboles patriotiques. Mais ces images aux couleurs extrêmement contrastées attestent aussi d’une grande influence étasunienne sur la culture argentine. On y aperçoit des fast-foods, des bouteilles de Coca-Cola ou encore un masque « statue de la Liberté » décoré aux motifs de la bannière étoilée. Marcos López montre ainsi les bouleversements qui touchent les villes d’Argentine marquées par les évolutions néolibérales survenues après la dictature.

La visite de l’exposition se termine sur le film Revuelta(s) de Fredi Casco et de Renate Costa. Cet assemblage de portraits laisse à trente artistes l’occasion de raconter leur histoire et la naissance de leur projet. Une étape ultime qui donne une fois de plus la parole à ces voix singulières, ces porte-paroles de toute une population.

AMÉRICA LATINA

19/11/2013 > 06/04/2014

Fondation Cartier pour l’art contemporain

PARIS

L’exposition offre une perspective nouvelle sur la photographie latino-américaine de 1960 à nos jours, à travers le prisme de la rela...

Exposition terminée
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