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Christer Strömholm, la photographie « à l’école des bistrots parisiens »

Magali Lesauvage 9 janvier 2014

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Jusqu’au dimanche 12 janvier, l’Institut suédois, au cœur du Marais, présente en miroir l’œuvre de deux photographes : Christer Strömholm et JH Engström. Le premier, décédé en 2002, est une légende de la photo noir et blanc et du portrait (notamment d’artiste), le second, âgé de 44 ans, a fait de sa vie un roman-photo cru et cruel. Un lieu les relie : Paris, que chacun a photographié dans ses interstices les plus intimes. À lire dans l’expo, les propos de Christer Strömholm, « à l’école des bistrots parisiens », dont nous publions des extraits et qui forment un portrait en creux du photographe dans le Paris de la fin des années 1940.

Christer Strömholm, Paul Andersson © Strömholm Estate/Galerie VU’.

« Juste après la guerre, je suis parti pour Paris. J’ai fait les Beaux-Arts là-bas. On s’inscrivait, moyennant quoi on obtenait une carte d’identité. Grâce à cette carte, on pouvait manger à sa faim. (…) On avait la vie dure, nous autres étudiants étrangers. On s’imaginait en arrivant le lundi matin retrouver la place qu’on avait la semaine d’avant dans la salle de croquis, mais les Français avaient vite fait de nous déloger. Je me suis dit que ça ne servait à rien de se chamailler ; mieux valait partir en exploration. »

« J’ai commencé par la gravure. Nous avons découvert dans l’atelier un vieux 9 x 12, un appareil photo grand format que nous avons remis en état. C’était intéressant comme initiation. Je me suis lancé sans aucune connaissance préalable et ça m’a fasciné tout de suite parce que presque à chaque coup il en sortait un cliché. Je gagnais même ma croûte comme une sorte de photographe. Mon Rolleiflex 6 x 6 a fixé sur la pellicule nombre de grands hommes français. Je m’étais lié d’amitié avec un journaliste brésilien, ensemble nous produisions des « Portraits de la culture française ». »

Christer Strömholm, P O Ultvedt, Robert Rauschenberg, Martial Raysse, Daniel Spoerri, Jean Tinguely, Niki de Saint Phalle, 1962 © Strömholm Estate/Galerie VU’.

« Les premières années ont passé ; mon intérêt pour l’image et la composition graphique n’a fait que croître. Je suis entré en contact avec le Dr Otto Streinert, à Sarrebruck, qui avait créé un groupe intitulé Fotoform. On travaillait sur la « photographie subjective ». On ne s’occupait que de composition pure, au point qu’on récoltait un malus si un être humain figurait sur un cliché. Cette période s’est révélée pour moi très formatrice, dans la mesure où j’étais entièrement novice en matière de développement et de tirage. J’ai commencé par apprendre à obtenir le juste effet de noir et blanc. (…) La photo rend ce qu’elle veut, qu’on l’ait cherché ou non. »

« Pendant cette période, j’ai commencé à réfléchir à ce que je voulais vraiment. Je ne pouvais pas me contenter éternellement d’expérimentation formelle ; la photo sert aussi à traduire un propos. J’ai fait connaissance avec les grands photographes français : Doisneau, Brassaï, Boubat… (…) J’ai fini par rentrer à Stockholm. L’été 1956, Peter Wiess et moi avons tourné dans la Vieille Ville un documentaire sur les clochards du quartier de Gåsgränd, Visages dans l’ombre. Un jour Peter m’a demandé de reprendre l’un de ses cours du soir, intitulé Composition graphique. En tout candeur, j’ai accepté. J’ai rebaptisé le cours : Composition photographique. Tor-Ivan Odulf, déjà mon compagnon à l’époque, était d’avis qu’il fallait proposer quelque chose d’entièrement novateur : nous allions PARLER de nos photos, de leur sens, de ce qu’elles nous apportaient. Nous voulions discuter image et non technique ! De ce qui se produit intérieurement chez le spectateur, du regard que porte le photographe sur ses propres œuvres, de la réaction du modèle devant son image. La composition a-t-elle une quelconque importance ? Toutes ces questions, nous en avions déjà largement débattu dans les cafés parisiens. »

Christer Strömholm, Alberto Giacometti © Strömholm Estate/Galerie VU’.

« Pourquoi faisions-nous ces photos ? Constituaient-elles une sorte de journal intime ? (…) Lorsque je regarde aujourd’hui ces milliers de clichés, j’en trouve seulement environ quatre-vingts de valables, qui fonctionnent comme photographies : un instantané qu’il serait impossible de reconstituer, un naturel dans les attitudes des gens qui trahit quelque chose d’eux. »

« Pendant cette période, j’ai appris à avoir constamment le doigt sur la gâchette. J’avais toujours l’appareil avec moi. Tout le monde me reconnaissait, les gens voyaient que je l’avais à l’épaule. Jamais je n’ai eu le moindre problème quand j’ai voulu prendre un cliché. Nous autres photographes, on travaillait, ça allait de soi. L’appareil était toujours chargé, armé, la distance réglée sur trois mètres, l’obturateur sur un trentième de seconde, et j’ajustais le diaphragme au gré de la lumière. Lorsque l’occasion est là, on n’a pas le temps de tergiverser. »

Propos recueillis par Timo Sundberg.

2 X PARIS

15/11/2013 > 12/01/2014

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