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« Cookbook » : les grands chefs à l’œuvre

Magali Lesauvage 27 décembre 2013

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Si vous n’avez pas encore digéré la dinde de Noël, attendez encore un peu, sinon courez voir l’exposition Cookbook au Palais des Beaux-Arts, à Paris (jusqu’au 9 janvier). Où l’on découvre, notamment, que la créativité de certains grands chefs n’a rien à envier à celle des artistes.

Sophie Calle, De l’obéissance… le régime chromatique, 1998, Collection départementale d’art contemporain de la Seine-Saint-Denis.

Cette période de l’année est sans doute celle, dans les sociétés occidentales, où l’on parle le plus de nourriture, non seulement dans la manière de la préparer, mais aussi de la présenter, de l’offrir, de la mettre en scène. Et si la photographie de nourriture prend autant de place dans l’iconographie de notre quotidien (voir son importance dans les catégories Instagram), c’est sans doute que l’on souhaite qu’elle en dise autant sur nous que le selfie, cet autoportrait du XXIe siècle.

Il n’est donc pas étonnant que les artistes d’aujourd’hui s’en emparent, et prennent pour matière nouvelle les aliments et leurs capacités plastiques et symboliques, quand par ailleurs les grands chefs étoilés se comparent de plus en plus souvent à des artistes – voir là encore le succès de la démocratisation de la grande cuisine, dans des émissions de télévision comme Top Chef, qui laissent croire que tout un chacun peut être chef… pardon, artiste.

Du chef au chef-d’œuvre, il n’y a donc qu’un pas, que l’exposition Cookbook, organisée par son directeur Nicolas Bourriaud (lire son interview) au Palais des Beaux-Arts, saute allègrement. S’articulant en quatre temps — art contemporain, œuvres de chefs, focus sur un artiste du XXe siècle et œuvres puisées dans les réserves de l’École des Beaux-Arts —, elle manque de liant, mais permet de redécouvrir notamment les diagrammes improbables du peintre, poète et cinéaste italien Gianfranco Baruchello, explicitant le fonctionnement de la ferme agricole qu’il a conçue dans les années 1970 comme une œuvre d’art totale. On se régale également avec les feuilles anciennes exposées là — scènes de cannibalisme des Caprices de Goya, monstres hybrides des Scènes drolatiques de Pantagruel de Rabelais, Polichinelles de Tiepolo que l’on croirait sortis d’un manga de Miyazaki —, tandis que les œuvres contemporaines restent assez conventionnelles — Régime chromatique de Sophie Calle, tableaux-pièges de Daniel Spoerri, sculptures de colorants alimentaires de Sabrina Vitali.

Expériences extrêmes et recherches plastiques

Inaki Aizpitarte filmé dans les cuisines de son restaurant, Le Chateaubriand, à Paris (vidéo réalisée en collaboration avec Elsa Werth).

Mais l’intérêt de l’exposition réside surtout dans la présentation de vingt projets de chefs, dont certains ne se réduisent pas à la simple esthétisation des aliments ou à la mise en valeur de leur talent. Ainsi, avec la collaboration de l’artiste Elsa Werth, Inaki Aizpitarte, jeune chef du restaurant Le Chateaubriand, à Paris, s’est-il laissé filmer par des écrans de surveillance, enfermé dans sa cuisine comme un protagoniste de téléréalité, jouant en quelque sorte son propre rôle. Autre expérience intense, cette fois-ci underground, celle de Bertrand Grebaut, chef du Septime, filmé par la Blogothèque dans le métro parisien, où il entreprend de cuire au chalumeau un cœur de veau sur un rail. On n’est pas loin là du champ de la performance d’art contemporain.

C’est plus en poète que le Suédois Magnus Nilsson présente les ingrédients calcinés de son menu d’été (à consommer au Faviken, dans le cadre somptueux de la commune de Järpen), dont il extrait une peinture naturelle avec laquelle il dessine, tel un peintre chinois traçant une ode à la nature, le paysage dont ils sont issus. Chef plasticien, Yannick Alleno, ancien 3 étoiles du Meurice, expose ses recherches de laborantin de la cuisine, à travers les photos macro sur plaques de verre (réalisées par Philippe Vaures) d’extraits de langoustine en marinade, confondant les échelles et les sens. Quant à Michel Troisgros, de la maison du même nom à Roanne, il parodie Lucio Fontana en exposant comme une œuvre d’art une poche de lait caillé fendue en son milieu. Qui a dit qu’il ne fallait pas jouer avec la nourriture ?

 

COOKBOOK

18/10/2013 > 09/01/2014

Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts (ENSBA)

PARIS

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Exposition terminée
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