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À la Cinémathèque, les errances romaines de Pier Paolo Pasolini

Magali Lesauvage 24 décembre 2013

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À Paris, la Cinémathèque française rend hommage à l’un des cinéastes les plus révérés des salles d’art et d’essai, dont la carrière ne se résume pourtant pas à celle d’auteur de Médée ou Salò. Plus que la rétrospective complète qui lui est consacrée (jusqu’au 6 janvier), l’exposition met l’accent sur le Pasolini de l’écrit, poète et militant, et sur sa relation à « Mamma Roma ».

Pier Paolo Pasolini sur le plateau du film Théorème, 1968 © Angelo Novi – Cinémathèque de Bologne.

Pier Paolo Pasolini était un poète. Cinéaste, écrivain, peintre, militant politique, certes, mais d’abord poète qui plaçait, comme l’explique le philosophe Georges Didi-Huberman, la forme avant toute chose. C’est d’ailleurs d’abord l’homme de lettres que l’on présente dans l’exposition Pasolini Roma, qui est, comme son titre l’indique, un portrait de l’artiste autant que de la « ville ouverte » qu’il prit pour cadre dans plusieurs de ses films, notamment Mamma Roma, personnifiée sous les traits (tirés) et la gouaille (écorchée) d’Anna Magnani.

Comme dans une enquête policière — précédant inconsciemment celle, toujours ouverte, consacrée à l’assassinat de Pasolini —, des plans épinglés de Rome ponctuent les salles de la Cinémathèque. Sont pointés comme des stigmates les lieux où vécut et travailla l’artiste : le nouveau quartier de la Via Segunto, où Mamma Roma installe ses rêves de vie meilleure, la via Ettore Giovenale, où se trouve la maison d’Accatone, ou le Café Rosati, sur la piazza del Popolo, où Pasolini dans les années 1950 affute ses armes intellectuelles aux côtés d’Alberto Moravia, Bernardo Bertolucci ou Italo Calvino. Des objets totémiques accompagnent cette psychogéographie (à parcourir en détail ici) : voiture, stèle de Gramsci, table de montage. Dans les vitrines sont disposés les écrits de Pasolini poète et surtout homme engagé, avec une rigueur froide qui sied bien au personnage, connu pour son sang vif mais aussi son implacable sévérité envers ses contemporains.

Dans l’une des nombreuses vidéos d’époque présentées dans l’expo, et qui donnent la parole à l’artiste tout en démultipliant son image, Pier Paolo Pasolini évoque avec âpreté la jeunesse «  morte » de Rome, éteinte dans son âme même. Par extension, c’est une société brain dead (notamment à cause de la télévision) que traque l’auteur, révélant dans ses livres comme dans ses films les trous noirs d’une époque et d’une ville aux contours flous.

Mamma Roma de Pier Paolo Pasolini, 1962 © DR.

Car Pasolini n’est pas tendre avec Rome, contrairement au Fellini de La Dolce Vita. Lorsqu’il y débarque en 1950, à l’âge de vingt-huit ans, ça n’est pas de gaieté de cœur. Il est en fuite, accusé de « détournement de mineur ».  Vingt-cinq ans plus tard, il meurt à quelques kilomètres de là, sur la plage d’Ostie. La comparaison avec le destin violent d’un autre grand artiste italien, Le Caravage, mort sur une plage toscane, a souvent été faite : une vie à représenter sans concession la noirceur du monde, dont la fureur finit par se retourner contre eux. Rome a accueilli et inspiré Pasolini, pour finalement le détruire.

Et si Pasolini filme Rome, c’est qu’il n’a pas vraiment le choix, rappelle le cinéaste américain Abel Ferrara, qui prépare un documentaire sur lui. Les ragazzi, ces jeunes herbes folles qu’il esquisse dans des dessins maladroits et décrit dans un roman vif publié en 1955, sont ses premiers héros, avant qu’il ne s’attaque aux mythes anciens.  À travers eux, Pasolini montre la ville contemporaine sans éclat, celle de l’Accatone (le « mendiant »), son premier film en 1961, et de Mamma Roma, tourné l’année suivante. On est loin là de la Rome éternelle, figée et lumineuse. Celle-ci grouille, suinte, sent. Et s’il s’agit de l’antique, le cinéaste préfère le reconstruire hors de Rome, tournant à l’étranger à partir de fantasmes conscients et de rêves dérangeants Médée, Œdipe roi ou L’Évangile selon saint Matthieu.

Tels des fenêtres ouvertes sur la Rome d’aujourd’hui, dans chaque salle des écrans montrent la ville si pittoresque, désormais habillée ou plutôt salie par les logos de marques internationales, et plus engoncée encore qu’autrefois dans la gelée de son statut de « ville-musée », vivante mais seulement en surface. Ancrées dans le contemporain, ces images tombent à plat.

Hormis celle qui clôt l’exposition, plan large très pictural sur la plage d’Ostie jonchée de détritus, triste comme le sont les longues grèves italiennes, et où Pier Paolo Pasolini fut abattu dans la nuit du 1er novembre 1975, comme on abat froidement un chien enragé. En regard, font écho à cette vision abstraite les mots terribles de l’ami Moravia lui rendant un hommage vibrant lors de ses funérailles nationales : « Une société qui tue ses poètes est une société malade. Les poètes sont sacrés ».

PASOLINI ROMA

16/10/2013 > 26/01/2014

La Cinémathèque française

PARIS

Cinéaste de premier ordre, Pier Paolo Pasolini fut aussi poète, linguiste, romancier, dramaturge, peintre intimiste et homme engagé. Il f...

Exposition terminée
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