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À la BnF, dans le laboratoire alchimique de Matthew Barney

Magali Lesauvage 20 décembre 2013

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Avec l’exposition La Chambre de sublimation, la Bibliothèque nationale de France accueille l’un des artistes contemporains les plus connus hors du milieu restreint de l’art, mais aussi l’un des plus énigmatiques. Visite dans le laboratoire alchimique de l’artiste, entre horreur et émerveillement.

Matthew Barney, DRAWING RESTRAINT 15, 2007, photographie documentaire © Matthew Barney. Photo: Neville Wakefield © Courtesy Gladstone Gallery, New York and Brussels.

Aborder l’œuvre de Matthew Barney par le biais de ses dessins – que l’on considère souvent comme la part la plus intime du travail d’un artiste – n’est pas forcément la manière la moins complexe qui soit. L’auteur de la fameuse série de films CREMASTER CYCLE, réalisés entre 1994 et 2002, est un cas à part dans le champ de l’art contemporain. Mannequin puis sportif de haut niveau, devenu l’un des artistes les plus prisés de la planète, l’Américain de quarante-six ans a également, malgré lui, fait une incursion dans la sphère people en épousant sa muse, la chanteuse islandaise Björk, avec laquelle il collabore régulièrement et partage un certain goût de l’étrangeté organique et de la dysmorphie.

Connu surtout pour ses films et ses installations, l’artiste place pourtant le dessin à l’origine même de sa pratique (« au sommet de la pyramide », affirme-t-il), qu’il utilise dans ses performances à base de contraintes, les DRAWING RESTRAINTS. Dessiner suspendu au plafond permet ainsi à Matthew Barney, dans ses premières performances des années 1980, d’allier son corps à la matière même de ses œuvres. La liberté naissant de la contrainte est un thème récurrent de son travail. C’est elle qui le guide à inventer la fantasmagorie totalement inédite déployée en une production quasi-hollywoodienne dans les cinq films du CREMASTER CYCLE, où il explore le thème de la métamorphose et des corps contraints par des normes absurdes et des architectures organiques, dont il expose ensuite les ruines en sculptures. Ses dessins plus récents sont des images d’un puissant onirisme, nées d’une imagination comme on en croise peu dans sa génération.

Matthew Barney, The Ballad of Nicole Baker, 1999, crayon graphite et gelée de pétrole sur papier dans cadre de nylon © Matthew Barney, Goetz Collection, Munich. Courtesy Gladstone Gallery, New York et Bruxelles.

L’exposition de la BnF, La Chambre de sublimation, montre la part plus secrète et presque alchimique de l’œuvre de Matthew Barney. Dans ces fins dessins au crayon, mêlé de matières insolites comme la gelée de pétrole, l’or, le soufre ou le sang, est sensible l’influence des artistes de l’inconscient, de Dürer à Hans Bellmer. Motifs d’inspiration ou portraits illuminés d’auréoles dorées, les feuilles sont présentées dans des cadres épais, réalisés en plastique chirurgical pour prothèses, prolongeant ainsi cette thématique du corps partout présente.

C’est encore le corps, sacré, martyrisé, recomposé, que l’on retrouve dans les cinq grandes vitrines ordonnancées par Matthew Barney dans l’exposition, et baptisées Storyboards. Là est exposée au visiteur la chimie de l’inspiration de l’artiste, qui a allègrement plongé dans les réserves exceptionnelles de la Bibliothèque nationale, comme dans ses archives personnelles, pour assembler des documents divers. Ainsi se juxtaposent des photographies éprouvantes d’opérations médicales et un Livre des morts égyptien daté du XIIe siècle av. J.-C., de précieux manuscrits de franc-maçonnerie sur vélin et des portraits de footballeurs américains, des traités d’alchimie et une estampe érotique de Hokusai, des gravures de Dürer et Goya… Ainsi se trament des narrations tortueuses, où se mêlent le mythe de Marsyas écorché, celui de la résurrection d’Osiris ou le rite de la cérémonie du thé.

Les mythes s’interpénètrent, et les images se contaminent pour aboutir à un portrait inédit de l’artiste, alchimiste insatiable dont le cerveau, cette « chambre » mystérieuse, sublime les récits et les matières pour en extraire sa propre substance séminale. Inexplicable et fascinant.


DESSINS DE MATTHEW BARNEY

08/10/2013 > 05/01/2014

BnF - Bibliothèque nationale de France – site François-Mitterrand

PARIS

En partenariat avec la Pierpont Morgan Library and Museum de New York, la BnF organise une exposition consacrée à l’œuvre de Matthew B...

Exposition terminée
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