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Le performeur Steven Cohen poursuivi en justice pour exhibitionnisme

Magali Lesauvage 16 décembre 2013

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L’artiste queer sud-africain Steven Cohen doit comparaître en mars prochain pour exhibitionnisme, suite à une performance réalisée au Trocadéro en septembre dernier. Un procès qui révèle le durcissement moral de l’ordre public face aux éléments transgressifs de la société, en particulier ceux mis en œuvre dans l’art contemporain.

Steven Cohen dans la performance The Chandelier Project, 2002 © John Hodgkiss.

On avait découvert Steven Cohen grâce à la vidéo d’une performance bouleversante, The Chandelier Project, datée de 2002 (visible dans l’exposition My Joburg cet été à la Maison rouge). On y voyait l’artiste sud-africain déambuler quasiment nu du haut de périlleuses platform shoes, tout de breloques cliquetant, dans le bidonville de Soweto. Traçant difficilement son chemin entre les ornières et les regards intrigués, voire menaçants, le performeur au visage peint comme un masque vénitien y faisait un statement implacable. On le rattachera aux récents propos de la philosophe Judith Butler, associant l’étude de la théorie du genre à celle du sionisme, rapportés par Libération : « Ma souffrance n’est pas la seule souffrance. Il me faut, sur la base de ma souffrance, établir des liens avec d’autres souffrances, bâtir des cadres d’action collectifs et ne pas se retrouver prisonnier de son cadre identitaire ».

Autrement dit, défiler en drag queen surréelle dans les ruelles du plus grand township de Johannesburg n’est pas une provocation gratuite visant à choquer les « damnés de la Terre », mais un acte de résistance aux cadres normés qui passe par le réenchantement du monde. Juif homosexuel blanc né en 1962 dans l’Afrique du Sud de l’apartheid, Steven Cohen a lui-même connu, dans une autre mesure, la discrimination et le rejet d’une société ultra-conservatrice, qu’il bouscule en arborant comme cache-sexe une douloureuse étoile jaune.

Ces performances, Steven Cohen, qui vit désormais en France, les produit également dans des mises en scène de théâtre, comme Golgotha présenté en 2009 au Centre Pompidou, où il promenait son corps de mante religieuse sur des talons aiguilles montés sur des crânes humains. Là encore s’il y a provocation, elle vient en réponse à la violence du monde (en l’occurrence le suicide du frère de l’artiste et les attentats du 11 septembre 2001 à New York) et comme catharsis. On est dans l’ordre du symbolique, de la métaphore, et d’un renversement des valeurs qui peut impliquer la nudité crue et le recours à des images choquantes.

« Déjà puni »

Le 10 septembre dernier, à 9h30 du matin, sur la place des Droits de l’Homme, à Paris, qui surmonte les jardins du Trocadéro encore clairs de monde, Steven Cohen est apparu haut perché sur ses fameux talons noirs, la taille serrée dans un corset à baleines, les bras et la tête allongés de longues plumes (voir les images de la performance). Devant lui court un coq (prénommé Frank), rattaché à son sexe par un long ruban blanc. Il a eu quinze minutes pour produire un défilé hautement politisé (le coq comme son nom ramenant implicitement à une allégorie de la France et à l’association sexuelle coq/cock), avant que les forces de l’ordre ne l’interceptent et ne le conduisent en garde à vue, où il est resté jusqu’à 20h le soir-même. Quelque temps avant, Steven Cohen avait été roué de coups par trois hommes devant chez lui, à Lille. Accusé d’exhibitionnisme, il a vu son procès renvoyé au 24 mars « afin de pouvoir permettre au tribunal de visionner le film réalisé lors de la performance de l’artiste », précise 20 minutes.

L’artiste est défendu par Agnès Tricoire, avocate spécialiste du droit de la propriété intellectuelle, qui s’est dite offusquée de ce que « la France embastille les artistes ». Steven Cohen, appelé au tribunal ces jours-ci, s’est dit « déjà puni » de ne pas avoir pu se rendre dans son pays pour les obsèques de Nelson Mandela. Rappelons que le FRAC Lorraine a été condamné fin novembre à verser un euro symbolique à l’Association générale contre le racisme et le respect de l’identité française et chrétienne (Agrif), proche des milieux d’extrême-droite traditionaliste, pour avoir présenté en 2008 dans l’exposition Infamille des textes de l’artiste Eric Pougeau, qui selon le tribunal de grande instance de Metz, pouvaient « créer un sentiment de peur chez le mineur susceptible de les lire » et porter « gravement atteinte à la dignité humaine ». Le FRAC a fait appel de cette décision.

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