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L’érotisme surréaliste fait vibrer le Centre Pompidou

Magali Lesauvage 13 décembre 2013

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Malgré son titre sec et froid comme un intitulé de cours magistral, l’exposition Le Surréalisme et l’objet au Centre Pompidou fait éclater en quelques œuvres toute la sensualité mise à l’œuvre par les artistes surréalistes, grands ordonnateurs de la subversion en art. Visite érotique.

Vue de l’exposition Le Surréalisme et l’objet, Paris, Centre Pompidou, 2013.

Si vous avez froid, si l’aspect lisse du monde vous glace l’échine et que vous réclamez un peu plus de subversion dans votre quotidien, l’exposition Le Surréalisme et l’objet au Centre Pompidou est faite pour vous. Consacré à la sculpture surréaliste, et à ses prolongements dans le champ de l’art actuel, le parcours concocté par Didier Ottinger ménage les effets de surprise et les mises en scène subtiles dans un clair-obscur impudique. Véritable fil rouge enlaçant cette expo, l’érotisme mène le jeu.

Il faut dire que c’est un thème majeur dans l’œuvre des artistes surréalistes, chez lesquels le passage à la ronde-bosse implique directement un rapport à la sexualité. « L’érotisme est une préoccupation qui m’est chère, déclare Marcel Duchamp. (…) C’est une chose animale, qui possède de si nombreuses facettes qu’il est plaisant de s’en servir comme d’un tube de peinture et de l’injecter dans vos productions ». Tout un programme, que l’on retrouve avec une grande constance chez l’auteur de l’Objet-Dard et de la Mariée mise à nu par ses célibataires, même, véritable maître à penser de l’érotisme en art : il faut « ajouter l’érotisme à la liste des « ismes » qui ont ponctué le XXe siècle », affirme-t-il.

Man Ray, Mannequin de Marcel Duchamp dans la rue aux lèvres, 1938, Centre Pompidou © Man Ray trust/Adagp Paris 2013.

Tout, dans la scénographie elle-même, est fait pour révéler un érotisme plus que latent : la pénombre qui enveloppe les œuvres, propice aux émotions intimes, les « soupirs amoureux », conçus en 1959 par Radovan Ivsic pour la 8e Exposition InteRnatiOnale du Surréalisme (ÉROS), diffusés par des hauts-parleurs, les voiles et les incises permettant les coups d’œil à la dérobée d’une salle à une autre.

Le long d’une « rue » aux adresses parfois équivoques, comme la « rue aux Lèvres », les mannequins habillés pour l’Exposition internationale du surréalisme de 1938, s’alignent comme des prostituées aguichant le visiteur. Photographiées par Man Ray, elle sont le modèle de la femme-objet, support de tous les fantasmes d’un mouvement pour une grande part mené par des hommes, et pour des hommes. Ainsi le thème de la poupée prend-il toute son ampleur chez l’artiste Hans Bellmer, qui s’inspire de Kokoschka — lequel substitua une poupée grandeur nature à Alma Mahler, la femme qu’il aimait et qui l’a quittée —, pour créer sa fameuse marionnette désarticulée aux diverses fonctions et occurrences érotiques. Objet transitionnel, le mannequin se retrouve également dans le film de Luis García Berlanga Tamaño Natural (1973), dans lequel Michel Piccoli entame une danse suave et incarnée avec une charmante jeune femme de silicone.

Théo Mercier, La Compagnie du bon goût, 2012-2013. Courtesy de l’artiste et galerie Gabrielle Maubrie, Paris. Photo : Erwan Fichou.

De manière plus abstraite, Alberto Giacometti suggère un érotisme intense dans ce que Salvador Dalí définit comme des « objets à fonctionnement symbolique », qui, dit-il, « ne dépendent que de l’imagination amoureuse de chacun et son extra plastiques ». Pénétrantes et pénétrées, les sculptures de Giacometti, en particulier sa fameuse Boule suspendue (1930), ou encore celles où dialoguent les pleins et les creux, suggèrent une mécanique sexuelle. D’inspiration freudienne, l’inconscient érotique infuse les objets alentours, même ceux trouvés par les surréalistes et érigés au rang d’œuvres d’art, comme le heaume métallique ou la cuillère en bois avec un petit soulier sur le manche, véritables étendards fétichistes.

Leur fait écho une sélection d’œuvres contemporaines, notamment la troublante Sex Pictures Series de Cindy Sherman, mettant en scène des mannequins violemment heurtés dans leur sexualité, la vaisselle grotesque « de bon goût » de Théo Mercier, ou encore le collier de Mona Hatoum, composé de boules de cheveux, substance corporelle hautement fétichiste. Celles-ci se démarquent de l’art surréaliste par une certaine mise à distance (que ce soit par la violence, l’humour ou la « glamourisation » de l’objet) qui estompe l’érotisme et ses sous-entendus subtils. Éros est un dieu farouche à aborder avec délicatesse.

LE SURRÉALISME ET L'OBJET

30/10/2013 > 03/03/2014

Centre Pompidou

PARIS

Autour d’une centaine de sculptures et d’une quarantaine de photographies, cette exposition permet de suivre toute l’histoire du mouve...

Exposition terminée
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