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Au Palais Galliera, Alaïa est grand

Magali Lesauvage 10 décembre 2013

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Après plusieurs années de travaux, le ravissant musée de la mode de la Ville de Paris, rebaptisé Palais Galliera, a rouvert ses portes cet automne avec une exposition sublime consacrée au grand couturier Azzedine Alaïa. Leçon de mode.

Alaïa, couture 2003. © Paolo Roversi, 2013 © Alaïa.

C’est quand elle parle d’autre chose que d’elle-même que la mode est passionnante. Quand elle traite de l’époque, du corps, du genre, du pouvoir, de l’art… Le vêtement n’est pas simplement une enveloppe, il est aussi un médium entre le corps et le monde, qui parle pour nous, dit une part de qui l’on est.

Les femmes idéales dessinées par Azzedine Alaïa sont des femmes fortes, de celles qui se revêtent de peaux de bêtes nobles pour dédoubler leur carapace. Qui resserrent leur taille jusqu’à l’étouffement pour pouvoir planter, sur leurs hanches ainsi élargies, leurs poings serrés. Elles lacèrent leurs robes fourreaux pour y laisser voir des zébrures de peau, mais remontent leur col contre la vulgarité décolletée. Elles aiment porter à même la peau les tissus précieux, les cuirs fins comme du parchemin, les clous, boucles métalliques et zips blessants. Ces femmes-là sont des amazones farouches à la silhouette fragile.

Les quelques soixante-dix modèles présentés au Palais Galliera et dans la salle Matisse du musée d’Art moderne de la Ville de Paris révèlent non seulement des pièces de mode remarquables, mais elles montrent aussi le travail d’un artiste intense, minutieux, concentré. Pour sa première rétrospective parisienne, Azzedine Alaïa bénéficie d’une mise en scène toute muséale, confiée à l’ascèse du designer Martin Szekely, éclairant violemment mais sans les écraser les profils serpentins, les matières délicates et les lacets en zigzags furibonds.

Alaïa a étudié la sculpture à Tunis, où il est né en 1940 : « Quand je travaille le vêtement, il faut que ça tourne autour du corps, de profil et de dos », assure-t-il. Ainsi certaines robes moulées comme des amphores élancées et tramées de plis infimes font-elles songer à la sensualité des statuettes égyptiennes et à leurs imperceptibles reliefs. Sur d’autres, les plis ovoïdes rappellent les pleurantes de la peinture ancienne aux vêtements béants de douleur, ou les orantes imperturbables, le visage caché dans les profondeurs du tissu.

Dessinateur, Azzedine Alaïa est aussi praticien de la matière : il la découpe, la plie, l’assemble, la désosse pour la révéler à elle-même. Chaque modèle semble avoir été travaillé pendant des décennies, patiné par le temps. Hiératiques comme des déesses antiques, sombres comme des arbres calcinés, ses robes dialoguent pourtant à merveille avec la frise de la Danse de Matisse, aux figures bondissant entre les éclairs roses et bleus. Comme elles, elles échappent au temps avec une gravité insouciante.

ALAÏA

28/09/2013 > 26/01/2014

Palais Galliera

PARIS

Le Palais Galliera rouvre ses portes le 28 septembre 2013 avec une rétrospective du couturier Azzedine Alaïa. L’exposition "Alaïa" est ...

Exposition terminée
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