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Au Domaine Pommery, l’art au centre de la terre

Magali Lesauvage 6 décembre 2013

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Pour fêter ses trente ans, le Fonds régional d’art contemporain Champagne-Ardenne a choisi tout naturellement l’un des lieux d’exposition les plus extraordinaires qui soit : les caves du Domaine Pommery, maison des fameux champagnes, à Reims. Visite sous terre.

Vue de l’œuvre de Stéphane Calais, Maintenant/Now (dédicace R.G.L. et P.M.), 1997, dans le Grand Escalier du Domaine Pommery.

On arrive au Domaine Pommery, à Reims, comme sur la propriété d’un prince éloigné de province, qui se serait fait construire là une folie néo-quelque chose. Passée une grille dorée, on remonte l’allée vers le petit bâtiment à tourelles de style gothique élisabéthain, bâti au milieu du XIXe siècle par Louise Pommery, laissant sur la droite la Villa Demoiselle, petit bijou Art Nouveau de conte de fée, et divers bâtiment de briques et de tuiles.

Dans la grande halle qui mène aux caves, l’éléphant de Daniel Firman tient parfaitement en équilibre sur sa trompe, narguant le « Grand Foudre », un monumental tonneau de 75 000 hectolitres (l’équivalent de 100 000 bouteilles), sculpté par Emile Gallé lui-même, le grand artiste de l’Art Nouveau. Mais c’est sous terre qu’a lieu l’émerveillement.

L’art à l’épreuve des lieux

Au risque de briser la magie, commençons par les chiffres. Le Domaine Pommery c’est : dix-huit kilomètres de galeries souterraines, et douze mines de craies, dites « crayères », d’époque gallo-romaine, dont certaines sont sculptées de bas-reliefs gigantesques. Le tout accueille quelques 25 millions de bouteilles de champagne. Pour y accéder, il vous faudra passer une lourde porte et descendre une volée d’une centaine de marches. Dès cet instant, l’humidité, dont le taux approche les 95%, vous prend à la gorge. Les murs de craie, au toucher mou, sont constellés de taches brunes et vertes qui forment de grands motifs abstraits.

Au bas de la rampe, un véritable labyrinthe s’ouvre à nous. Là sont exposées des œuvres de la collection du FRAC Champagne-Ardenne, à l’occasion de ses trente ans. Du moins celles qui ne sont pas trop sensibles à l’humidité, peuvent être restaurées au fur et à mesure, ou dont on sait par avance qu’elles ne seront pas conservées au-delà de l’exposition. Montré sous ces voûtes majestueuses qui lui apportent un indéniable supplément d’aura, l’art pourtant souffre : le bois, le métal, les installations électriques, le papier, la pierre elle-même sont attaqués dans leur intégrité.

Latifa Echakch, Stoning, 2010, vue de l’exposition Expérience Pommery #11, Reims, Domaine Pommery, 2013.

C’est donc un moment rare, et privilégié, une véritable « expérience » que de pouvoir admirer des œuvres ici, à quelques dizaines de mètres sous le niveau de la terre. L’Expérience Pommery, intitulé donné à la série d’expositions organisées ici, a débuté en 2004, suivie d’expos mémorables, comme celle sur le thème de l’idiotie, organisée par Jean-Yves Jouannais en 2005. En 2007, Daniel Buren sculptait à même la craie, à l’entrée des caves, une rangée de bandes régulières, son motif de prédilection : le bas-relief en méplat fait office de signe in situ, indiquant que l’on pénètre là dans un espace autre, hors du monde. On se plaît à imaginer alors que ces crayères dont la forme conique évoque l’intérieur d’une pyramide, et qui pour certaines furent ouvertes il y a 2000 ans, accueillirent déjà certaines formes d’art primitives.

Pour la 11e édition d’Expérience Pommery, Florence Derieux, directrice du FRAC Champagne-Ardenne, a fait un choix dans ses collections sur le thème de « l’Odyssée », que l’on discerne malheureusement assez mal dans le choix d’œuvres (dont de nombreuses vidéos). De cette présentation décousue et sans doute trop discrète pour rivaliser avec la majesté des lieux, on retiendra l’extraordinaire série de masques en céramique dorée réalisés par Sylvie Auvray à partir d’objets glanés sur Internet ou dans des brocantes, et transformés en totems par une mystérieuse alchimie. Ou encore, dans le même registre, mais cette fois-ci en vidéo, le film My Mother’s Garden de l’artiste-réalisateur thaïlandais Apichatong Weerasethakul. Répondant elle aussi au mystère du lieu, Latifa Echakhch (récente lauréate du Prix Marcel Duchamp) déploie sous une voûte l’énigmatique installation Stoning, des pierres de craie disposées à terre, entre poétique (un éboulement a-t-il eu lieu ?) et politique (s’agit-il des vestiges d’une violente manifestation ?). Là les secrets restent bien gardés.

EXPERIENCE POMMERY #11

15/11/2013 > 30/06/2014

Domaine Pommery

REIMS

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