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Disparition de Saul Leiter, pionnier discret de la photo

Stéphanie Broisat 3 décembre 2013

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Le monde de la photographie a perdu l’un de ses grands noms. L’Américain Saul Leiter, pionnier du cliché couleur, s’est éteint la semaine dernière, à l’âge de 89 ans.

Saul Leiter, Self-portrait, 1950.

Alors que sa vie a été rythmée par la discrétion, Saul Leiter n’en n’est pas moins resté un photographe atypique, dont le seul nom évoque les rues embrumées de New York. Principalement connu pour avoir été l’un des premiers à expérimenter la couleur en photographie, à une époque où seul le noir et blanc était jugé digne d’intérêt, Saul Leiter a connu le succès sur le tard, comme l’a montré l’exposition qui lui fut consacrée à la Fondation Henri Cartier-Bresson en 2008.

Né en 1923 à Pittsburgh, en Pennsylvanie, Saul Leiter n’était pas prédestiné à la photographie. Son père, rabbin, souhaitait qu’il suive le même chemin que lui. Pourtant, soutenu par sa mère, qui lui offre son premier appareil photo alors qu’il n’a que douze ans, Leiter choisit de devenir artiste. La désapprobation de son père est, selon lui, la raison pour laquelle il n’a jamais osé réellement s’imposer dans le monde de la photo.

En 1946, Saul Leiter quitte le cocon familial pour New York, afin d’assouvir tout d’abord ses ambitions de peintre. Il se lie d’amitié avec des expressionnistes, comme Richard Pousette-Dart, qui l’encourage à faire de la photo.

Saul Leiter, Phone Call, 1957 © Saul Leiter Courtesy, Howard Greenberg Gallery, New York.

Admirateur du travail de Robert Frank, Saul Leiter commence comme photographe de rue, dans une période où la « Street Photography » prend son envol. Mais éclipsé par la carrière d’un William Eggleston, autre grande figure de la photo couleur aux États-Unis, Saul Leiter a, en quelque sorte, accepté cette mise à l’écart. « Je n’ai jamais été guidé par l’ambition, affirme-t-il. J’ai passé une grande partie de ma vie à être ignoré. J’ai toujours été heureux ainsi ».

Se sentant peintre avant tout, il donne à ses clichés une touche volontairement floutée, rappelant à certains égards la peinture impressionniste. Les personnages de Leiter semblent, la plupart du temps, sortir d’un songe. Chez Saul Leiter, les sujets semblent n’être que des ombres fugaces, observées de loin, dans un décor de brume, ou derrière une vitre. « Je suis un photographe à reculons », se plait-il à dire.

Saul Leiter, In the cool of Jade. Photoshoot paru dans la revue Harper’s Bazaar, 1961.

Même si en 1953, Edward Steichen, conservateur en chef de la photographie au MoMA, sélectionne certains de ses clichés en noir et blanc pour l’exposition Always the Stranger, Saul Leiter vit principalement de revenus de la photo de mode. Publié dans les plus grandes revues de l’époque, d’Esquire à Harper’s Bazaar, il devient dans ce domaine incontournable. Alors que la photographie couleur, considérée comme superficielle, est reléguée au second rang de l’art photographique, Saul Leiter propose un univers pastel et futile, s’accordant à merveille avec l’esprit du glamour.

Pourtant, derrière cette simplicité, la photo de mode permet à Saul Leiter d’expérimenter, de faire preuve de maîtrise et d’originalité. Ainsi, ses flous ou ses effets voilés donnent à ses clichés une dimension picturale riche, bousculant les codes du genre.

Saul Leiter, Untitled, 1950 © Saul Leiter Courtesy, Howard Greenberg Gallery, New York.

Mais malgré cette notoriété, Saul Leiter tombe dans un relatif oubli. Ce n’est qu’à la fin des années 1990 que son travail de photographe de rue est redécouvert aux États-Unis. Ironie du sort, en 1974, le photographe révèle qu’il avait été invité à exposer ses clichés à Paris, mais, qu’il n’a décacheté l’invitation que vers la fin des années 2000, ajoutant avec humour qu’il avait l’art « de rater les opportunités ». Un caractère fuyant, que ce soit dans le travail ou la vie, ce qui fut aussi la marque de fabrique de sa photographie.

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