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La Fondation Galeries Lafayette devra être « une matrice où puisse se faire l’alchimie »

Magali Lesauvage 28 novembre 2013

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 En 2016, Paris comptera un nouveau lieu dédié à la création contemporaine, au cœur du Marais : la Fondation d’entreprise Galeries Lafayette n’en est qu’à la phase d’« anticipation », mais déjà le projet dessine ses grandes ambitions. Son directeur délégué, François Quintin, nous en trace les grandes lignes.

Vue de l’exposition de Petrit Halilaj, July 14th?, projet de lancement de Lafayette Anticipation, programme de préfiguration de la Fondation d’entreprise Galeries Lafayette, 24-27 octobre 2013 © Aurélien Mole.

Cartier a sa fondation d’entreprise pour l’art contemporain depuis trente ans, Ricard et Vuitton depuis moins de dix ans. C’est, depuis à peine un mois, chose faite pour les Galeries Lafayette, dont le premier magasin a ouvert en 1894 à l’angle des rues La Fayette et de la Chaussée-d’Antin. Aujourd’hui le groupe (qui possède également le BHV) compte une soixantaine de magasins en France, et cinq à l’étranger (deux autres doivent ouvrir prochainement au Qatar et à Istanbul). Pourquoi la firme, qui emploie plus de 40 000 salariés et totalisait en 2011 un chiffre d’affaires de 5,5 milliards d’euros, a-t-elle décidé de soutenir la création contemporaine ?

« Rien de nouveau », affirme François Quintin, directeur délégué de la Fondation d’entreprise Galeries Lafayette, chargé par son président Guillaume Houzé de la guidance artistique du lieu qui doit ouvrir en 2016 à Paris. « La philosophie des Galeries Lafayette, ça n’est pas le show off, mais l’action. Nous ne sommes pas une marque de luxe, et nous avons une histoire très forte liée à la production, aux ateliers, par le biais notamment de la  »Maîtrise », cet organe de production créé en 1922, qui travaillait avec de tout jeunes designers, comme Charlotte Perriand. L’accompagnement de la création et de la production a donc toujours été présent dans les gènes du groupe. Le premier bâtiment des Galeries, rue Lafayette, accueillait d’ailleurs des ateliers de confection, et les artistes encore aujourd’hui fréquentent beaucoup les grands magasins. Le BHV en est l’exemple type : c’est là que Marcel Duchamp est allé acheter son porte-bouteilles. Donc pour nous, ça n’est pas un projet de faire-valoir, cela fait partie d’un esprit ».

Situé rue du Plâtre, non loin du BHV « historique » et du Centre Pompidou, le bâtiment qui doit accueillir la Fondation en 2016 sera donc autant un lieu de production que d’exposition, « pas un white cube éthéré pour happy few, mais un lieu où on met la main à la pâte, ouvert à tous ». En attendant que ne soit dévoilé au printemps le projet architectural d’OMA, l’agence de Rem Koolhaas, le brainstorming va bon train dans l’immeuble vitré, propriété du groupe familial.

« Un lieu de performance permanente »

Une donnée est pour l’heure certaine : le domaine de compétences sera large. L’art, mais aussi la mode, le design, l’architecture, la performance (en collaboration notamment avec le Nouveau Festival du Centre Pompidou)… Le bâtiment traversant (de la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie à la rue du Plâtre), devra refléter cette porosité. Il y aura du « visible », souligne François Quintin, avec un lieu d’expo qui soit « comme un lieu de performance permanente », et de l’« invisible » – atelier de production, bibliothèque… « Nous réfléchissons aussi à des éditions, précise-t-il, et à toutes les manières dont nous pouvons sortir du lieu lui-même. Sur Internet, on voudrait créer une plate-forme virtuelle inventive, qui soit, plutôt qu’un site unique, une cosmogonie de sites qui auraient chacun des fonctions différentes ».

Vue du bâtiment de la future Fondation d’entreprise Galeries Lafayette, rue du Plâtre à Paris.

« Beaucoup de choses restent encore à définir, nous confie François Quintin. Guillaume Houzé et moi ne voulons pas une programmation sentencieuse. J’ai envie que l’on soit dans le registre de la plate-forme curatoriale, que l’on soit à même de faire remonter la pensée aujourd’hui. Car l’enjeu de ce lieu est d’être en permanence connecté ». La Fondation se veut une véritable « maison pour les artistes », dans un registre d’« intervention culturelle ». Les ambitions sont grandes : « J’aime l’idée de conversation et d’interaction participative, déclare le directeur délégué. Je veux qu’on brise le  »quatrième mur », je suis pour la porosité, pour que le spectateur rentre en jeu dans la pensée d’un artiste, qu’il soit lui aussi porteur de projet. La Fondation devra être un lieu de croisement ».

« Créer les conditions d’une conversation »

Une usine à art, la Fondation Galeries Lafayette ? « Il faut qu’ici on puisse expérimenter, prendre des risques. On réfléchit aujourd’hui à des modèles de production novateurs, que l’on envisage plutôt comme le ferait un producteur de cinéma : prendre en compte la réalité d’une œuvre, cela peut parfois prendre des années, et nécessiter de mettre en conjonction des moyens, des personnes, des qualifications, etc. Il faut créer une sorte de matrice où puisse se faire l’alchimie ».

S’appuyant sur la collection privée de Ginette Moulin, héritière du groupe Galeries Lafayette, et de Guillaume Houzé, son petit-fils, la collection du Fonds de dotation Famille Moulin, récemment créé, a sa vie propre, avec une quarantaine de prêts en 2013. Déjà quelques courts projets dans les murs de la rue du Plâtre (provisoirement nommés « Lafayette Anticipation ») permettent, selon François Quintin, d’« écrire la préhistoire » de la Fondation : une exposition de Petrit Halilaj pendant la FIAC, une autre de Pierre Leguillon, du 11 au 14 décembre, qui vient de publier un livre consacré à la typographie de Dubuffet, ou encore Simon Fujiwara qui va construire ici un clone du Centre Pompidou.

De manière plus visible, la Fondation développe les projets des Galeries Lafayette dans l’espace public : Cécile Bart pour le magasin de Nantes, dans le cadre du Voyage à Nantes, la grille réalisée par Ulla Van Brandenburg pour le BHV Hommes, rue de la Verrerie, ou encore la commande d’une peinture murale à Pieter Vermeersch à Biarritz, face à la mer. « La Fondation est une sorte de poumon qui alimente tous ces projets, s’enflamme, enthousiaste, François Quintin. Mais il faut que tout commence par une conversation. À nous de créer les conditions de cette conversation ».

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