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En 5 images : l’assassinat de JFK dans l’art

Magali Lesauvage 22 novembre 2013

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Aujourd’hui est célébré le cinquantième anniversaire de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, 35e président des États-Unis, ce 22 novembre 1963 où fut du même coup tuée l’innocence d’un pays encore jeune et plein d’espoir en l’avenir. Certains artistes ont réagi à l’événement, notamment en s’appropriant les images inconcevables de Dallas. Analyse de cinq d’entre elles.

Andy Warhol, Sixteen Jackies

Andy Warhol, Sixteen Jackies, 1964 © DR.

Ça n’est pas l’image, 1000 fois vue, de l’instant où le président, dans la voiture qui le conduit dans les rues de Dallas, est touché en pleine tête. Andy Warhol, immédiatement après l’événement, choisit de recycler dans sa machine pop, celle de l’épouse, la veuve, la madone éplorée : Jackie Kennedy. Démultipliant son image à partir de photos de presse, comme il le fait pour ses Marilyn, l’artiste la fait accéder au statut d’icône, et donne ainsi un visage à tous ceux que cette tragédie endeuille. Ce qui intéresse ici Warhol n’est pas l’événement lui-même, mais le traitement que lui réservent les médias, et la manière dont ceux-ci semblent vouloir « nous programmer à être tristes, déclare-t-il avec ironie. Comme si on ne pouvait rien faire pour y échapper ».

Gerald Lain, Lincoln Convertible, 1964

Gerald Laing, Lincoln Convertible, 1964, courtesy de l’artiste.

Cette toile serait la seule œuvre contemporaine reprenant explicitement l’image de l’assassinat de JFK, telle qu’elle fut filmée par l’amateur Abraham Zapruder. Elle est réalisée dans les quelques semaines suivant le 22 novembre par l’artiste britannique Gerald Laing. On y voit, sur un fond vert, la Lincoln noire et ses passagers accidentés, dans un style très Pop Art : trames d’impression à la Lichtenstein, couleurs vives, voiture sortant du cadre… L’œuvre, que son galeriste new-yorkais a refusé de montrer pendant plus de trente ans, est aujourd’hui exposée à la Tate Britain, ce qui n’est pas sans provoquer la controverse.

Tina Mion, Jacqueline Kennedy, the King of Hearts-Stop Action Reaction, 1997

Tina Mion, Jacqueline Kennedy, the King of Hearts-Stop Action Reaction, 1997, Washington, Smithsonian Institution, National Portrait Gallery.

C’est également à la figure de Jackie Kennedy que s’intéresse l’artiste Tina Mion dans une œuvre plus récente, conservée à la très officielle National Portrait Gallery de Washington. On y voit la First Lady dans la tenue rose qu’elle portait le 22 novembre 1963, tenant une carte à jouer marquée d’un roi de cœur aux traits de JFK, et fendue en deux par une balle de revolver. Assez littérale, l’œuvre reprend l’esthétique pop en y ajoutant une dimension angoissante un brin naïve.

T.R. Uthco & Ant Farm, The Eternal Frame, 1975

Dans leur film, réalisé douze ans après la tragédie (voir des extraits ci-dessus, suivis d’une discussion à la Kadist Foundation de San Francisco), T.R. Uthco et Ant Farm usent de la parodie pour essayer de comprendre l’événement, reconstituant la scène de manière volontairement caricaturale, et sous différents angles, en y mêlant de réelles images d’archives. Ainsi réalité et fiction se confondent, sans qu’il soit possible à certains instants de démêler le vrai du faux, dans les images d’un événement qui génère depuis cinquante ans les fantasmes les plus divers.

Viz Muniz, Jackie (Pictures of chocolate), 2001

Viz Muniz, Jackie (Pictures of chocolate), 2001, courtesy Christie’s.

Jackie, encore, chez l’artiste brésilien Vik Muniz. À croire que l’image du drame, celle qui reste la plus assimilable, est celle de la veuve de JFK, témoin directe de l’assassinat, au fameux tailleur rose bonbon maculé par les éclats de cervelle de son mari. Comment reprendre, en effet, la littérale défiguration d’un homme, dont le mythe a été depuis terni, mais qui à l’époque représentait l’élan de jeunesse d’une Amérique invincible ? Cette image-là n’a pu être « avalée » par les spectateurs des médias, comme par les artistes. En hommage à Warhol, Muniz représente ici l’autre victime de l’événement, celle qui survit et à laquelle chacun peut s’identifier. Mais il la figure en employant des matériaux tantôt nobles et précieux (diamants), tantôt organiques et comestibles (ketchup, chocolat), signifiant par là-même l’absorption de l’icône, voire sa dissolution définitive.

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