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Sigmar Polke : « La peinture est une ignominie »

Magali Lesauvage 19 novembre 2013

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C’est une somptueuse exposition que proposent cet hiver le musée de Grenoble, et son directeur Guy Tosatto. Intime de Sigmar Polke, celui-ci nous invite à parcourir les deux dernières décennies de l’œuvre de l’artiste, décédé il y a trois ans. Visite vertigineuse dans un certain état de la matière.

Sigmar Polke, Jeux d’enfants, 1988, peinture acrylique et encre d’imprimerie sur tissu synthétique, Musée national d’art moderne-CCI Centre Pompidou, Paris © Philippe Migeat © The Estate of Sigmar Polke/ADAGP.

Resserrée (avec environ 70 tableaux et 50 d’œuvres sur papier), intense et lumineuse, l’exposition consacrée au peintre allemand Sigmar Polke, disparu en 2010 à l’âge de soixante-neuf ans, est un geste de profonde amitié. Celle qui relie un directeur d’institution, Guy Tosatto, à la tête du musée de Grenoble depuis 2002, et un artiste dont le travail nécessite un regardeur complice.

Car les images créées par Sigmar Polke ne se donnent pas d’emblée. Célèbre pour sa « cuisine » que l’on a souvent comparée à des recettes d’alchimiste, le peintre, fondateur dans les années 1960 aux côtés de son condisciple Gerhard Richter du « Réalisme capitaliste », a pour point commun avec la sorcellerie et ses subterfuges de dissimuler dans les images, sous des couches acides, des degrés divers de réalité, d’une violence parfois extrême.

La beauté politique

Sous l’intensité des glacis et des matériaux divers employés – mica ferreux, résine, laque, cire d’abeille, vernis d’ambre, lapis-lazuli… –, entre les larges points de trame peints à la main, à l’intersection des lés de tissu, cette terrible beauté porte en elle une puissante capacité d’évocation politique. Utilisant des matières parfois toxiques, Sigmar Polke donne à voir l’insoutenable – la toile qui nous accueille dans l’exposition est d’ailleurs un portrait multiple de personnages masquant leur regard, quand d’autres maintiennent leurs yeux clos (comme les fameux Ciseaux de 1982). Ainsi la série sur la Révolution française est un véritable chef-d’œuvre, où les Jeux d’enfants (ci-dessus), que l’on discerne à peine derrière un traitement quasi abstrait de la nature jolie, sont d’une cruauté éprouvante.

Sigmar Polke, détail de Piques, 1988, dispersion sur tissu, Madrid, collection privée.

Prélevant dans les journaux des images banales (On donne du grain aux poules, 2005) ou d’autres symboles des terreurs de l’Histoire (Art dégénéré, 1983 ; Réfugiés, 1992 ; Mirador, 1984), déformant par la photocopie des putti devenus démons, réalisant des cahiers de tests de Rorschach, Sigmar Polke remixe, infuse, désagrège les images pour en créer de nouvelles, aux sens contradictoires. Le diable est dans ses détails. La question se pose alors : là où réside l’horreur, la beauté peut-elle exister ? « La peinture est une ignominie », répond Polke. C’est-à-dire, étymologiquement, une déchéance, une dégradation, ce qui « prive du nom ».

Difficile, en effet, de dire que l’on est en face de peintures devant les œuvres de l’artiste. Certaines évoquent des tempêtes baroques (Lapis-Lazuli II, 1994), d’autres éveillent les sens de manière surprenante. Ainsi des deux Triptyques de 1989 et 1994, présentés dans l’exposition. Impossible, face à des reproductions des toiles, de dire si l’on est devant une représentation de l’infiniment grand ou de l’infiniment petit. La confrontation aux œuvres, d’une hauteur de plus de trois mètres, est une immersion dans la matière : sur les toiles translucides, laissant apparaître le châssis comme pour nous rappeler que nous sommes bien face à de la peinture, les jaunes brillants se goûtent comme des œufs au plat démesurés, les irisations vertes évoquent des embouchures de fleuves.

À la fois intellectuelle et sensuelle, la peinture de Sigmar Polke est le résultat de la multiplication du plaisir scopique de la matière par celui de la pluralité du sens. Sa contemplation n’a pas de fin.

SIGMAR POLKE

09/11/2013 > 02/02/2014

Musée de Grenoble

GRENOBLE

Figure de premier plan de la peinture de ces cinquante dernières années, Sigmar Polke, tout en s'inscrivant dans les grands courants de la...

Exposition terminée
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