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Les « secrets » du photographe Stan Douglas au Centre culturel canadien

Magali Lesauvage 14 novembre 2013

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Deux expositions rendent cet automne hommage au grand photographe canadien Stan Douglas : l’une, au Carré d’Art de Nîmes, consacrée aux œuvres des cinq dernières années, l’autre, au Centre culturel canadien, à Paris, à celles des années 1990. À cinquante-trois ans, ce grand artiste de la crise nous fait visiter son expo parisienne et nous raconte quelques-uns de ses secrets.

 Stan Douglas, Michigan Theater, série Detroit Photos, 1999, 76 x 85 cm, épreuve numérique à développement chromogène. Courtesy David Zwirner Gallery, New York.

Le débit ultra-rapide et le souffle court, Stan Douglas nous fait visiter son exposition au Centre culturel canadien — où il exposa pour la première fois, il y a vingt ans, ses installations cinématographiques. En une trentaine de minutes, il raconte comment il fait des images, pourquoi et pour qui, décrivant en quelques mots telle vue de la baie de Nootka, premier lieu de rencontre entre native Americans et Européens, évoquant le Detroit exsangue du tournant du XXIe siècle, rappelant les survivances des utopies naturophiles allemandes. Le discours est aussi rapide et synthétique que les images sont silencieuses, étales, propices à la fiction.

La Colombie britannique, Potsdam, Detroit : les lieux photographiés par Stan Douglas sont ceux, nous dit-il « où il y a une contradiction, une antinomie, comme ces paysages magnifiques près de Vancouver, marqués par l’intervention humaine des cinq derniers siècles, des native Americans aux transformations industrielles ». La série consacrée à Detroit, à la tout fin des années 1990, est particulièrement célèbre (photo ci-dessus). Ravagée par l’économie, la cité « est devenue une « zone psychologique », où les habitants ont recréé leurs propres espaces ». À Potsdam, ce sont « des espaces petits-bourgeois, de pastorales, qui pour les Allemands n’ont rien de particulier, mais aux yeux d’un étranger, apparaissent tout à fait extraordinaires ».

Stan Douglas, Sanssouci Gardener’s Kleingärten, Am Teehaus, Brandenberger Vorstadt, série Potsdamer Schrebergärten, 1995, 75 x 84 cm, épreuve numérique à développement chromogène. Courtesy David Zwirner Gallery, New York.

Stan Douglas ne se considère pas comme un photoreporter, mais comme un artiste, option « photographie documentaire ». Les histoires qu’il nous raconte, explique-t-il, font partie de l’Histoire avec un grand H, et donc appartiennent à tout le monde. Pourtant, et c’est là qu’il se démarque de la photo de presse, dans chaque image, un détail permet de projeter ses propres fictions, d’ouvrir aux interprétations individuelles. Depuis son passage à la photographie numérique, dans les années 2000, Stan Douglas pratique le montage et construit ses images. Celles, argentiques, que l’on voit ici, sont de purs documents sans mise en scène. Leur beauté inconsciente réside dans cet « élément que l’on ne peut pas contrôler », avoue-t-il, un « secret » qui jaillit dans le champ, dont le photographe a pour charge d’amplifier l’effet.

Ainsi, si les photos de cette période sont dépeuplées (contrairement à celles qu’il a réalisées récemment, souvent centrées sur la figure humaine), c’est, selon Stan Douglas, qu’il n’y avait personne au moment de la prise de vue — sauf les individus qui comme par magie surgissent au moment où le photographe sort son appareil. Ainsi dans chacune réside une possibilité, un fantôme.

Stan Douglas, qui affirme s’être souvent passé d’autorisation pour réaliser ses photos (notamment celle du Michigan Theater de Detroit), nous confie ne jamais avoir éprouvé le désir de photographier Paris — hormis les étranges moulins de la porte de Pantin, atypiques et périphériques. Trop « carte postale », trop pittoresque, trop attendu. On rêve, pourtant, qu’il s’attarde ici et nous raconte, sous son vernis jauni, la ville et ses interstices.

STAN DOUGLAS

26/09/2013 > 17/01/2014

Centre culturel canadien

PARIS

Regard rétrospectif sur le travail photographique réalisé par Stan Douglas dans la dernière décennie du 20e siècle, Abandon et splende...

Exposition terminée
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