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À la Fondation Henri Cartier-Bresson, l’ode au photographe vagabond Sergio Larrain

Stéphanie Broisat 13 novembre 2013

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Photographe atypique, reclus jusqu’à sa mort l’année dernière à l’âge de quatre-vingt un ans, le Chilien Sergio Larrain est aujourd’hui sous les projecteurs grâce à une exposition parisienne, Vagabondages, à la Fondation Henri Cartier-Bresson, après un passage remarqué aux Rencontres d’Arles cet été. Retour sur l’œuvre de ce vagabond poète de rue.

Sergio Larrain, Bar, Valparaiso. Chili, 1963 © Sergio Larrain/Magnum Photos.

Sergio Larrain aurait voulu être écrivain, pourtant c’est la photographie qu’il choisit. La mort de son frère est le déclencheur. Alors qu’il se lance dans un grand périple accompagné de ses parents à travers l’Europe et le Moyen-Orient, il se prend de fascination pour un univers à mille lieues de son quotidien, celui de la haute société chilienne dont il est issu.

Se sentant à l’étroit dans ce monde bourgeois qui l’a vu grandir, il devient très rapidement photographe freelance, se mettant en quête d’histoires à raconter à travers son objectif. Ses yeux s’arrêtent sur les exclus de la société, personnes sans nom et sans visage à qui il tend un regard de compassion toujours empreint d’une certaine humilité.

« C’est à Valparaiso que j’ai commencé à photographier, en arpentant les collines. La photo des petites filles descendant un escalier fut la première photo magique qui vint vers moi », raconte-t-il. À sa manière, il prend part à la vie des rues, saisissant dans un instant d’errance les enfants abandonnés de Santiago, qu’il photographie en train de jouer, fumer, ou encore dormir blottis les uns contre les autres, tandis qu’il isole une tache de leur visage, une main serrant quelques pièces.

Ce qui anime Sergio Larrain, toujours au plus près de ces figures perdues, c’est de redonner de l’existence à ces êtres oubliés, au cœur des ruelles sinueuses et des bars enfumés, où ses nuits sordides entourées de prostituées prennent des allures poétiques, sous un œil presque enfantin.

État de grâce

Mais ce qui caractérise le plus Sergio Larrain est sans doute sa façon d’aborder ses sujets : couper les angles, cadrer de près, se focaliser sur ses modèles en les épinglant à un bout de mur, choisir une vision à ras du sol ou de travers, quand il ne flirte pas avec le flou. Ses perspectives montrent des personnages sortant du champ, tout en continuant leur mouvement, insaisissables : « Une bonne photographie vient d’un état de grâce, dit-il. La grâce vient lorsqu’on est libéré des conventions, des obligations, de la compétition : être libre comme un enfant dans ses premières découvertes de la réalité ».

Sergio Larrain, The City. Londres, 1958-1959 © Sergio Larrain/Magnum Photos.

L’année 1959 est décisive pour le photographe. Henri Cartier-Bresson lui propose d’intégrer l’agence Magnum et Sergio Larrain s’installe alors à Paris. Mais ses séries prises à Londres et à Paris, très techniques, parfois même trop artistiques pour des photos d’agence, manquent parfois d’âme. La contrainte du travail de photojournaliste l’oppresse très rapidement. « Je crois que la pression du monde journalistique – être prêt à sauter sur n’importe quel sujet – détruit mon amour et ma concentration pour le travail », confesse-t-il à Cartier-Bresson.

C’est alors qu’il décide de retourner au Chili, afin de fuir le succès et un monde médiatique qui ne lui ressemble pas, dans un petit village du Nord, Tulahuèn. S’ensuit une existence paisible, rythmée par le yoga, la peinture, les collaborations et projets artistiques multiples. Une décision radicale, qui, au final, ne surprend pas, tant on sent dans son travail la volonté de montrer les choses pour les changer, avec le risque de réaliser qu’elles ne changeront pas. Que ce soit à Londres, Paris, ou en Sicile, Sergio Larrain n’a cessé de battre le pavé des bas-fonds, à hauteur des clochards au ras du sol, ou des enfants au pied du mur. Aussi a-t-il finalement préféré rester loin du monde, anonyme, à l’image de ses modèles.

SERGIO LARRAIN

11/09/2013 > 22/12/2013

Fondation Henri Cartier-Bresson

PARIS

Rétrospective du photographe chilien Sergio Larrain.
Cet ensemble retrace l’essentiel de son parcours singulier. Des images rares,...

Exposition terminée
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