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Visite à la Tate Britain, le must british

Magali Lesauvage 8 novembre 2013

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La Tate Britain de Londres inaugure une nouvelle présentation de ses collections. Nous avons visité le plus grand musée d’art britannique au monde. Au fait, c’est quoi au juste, « l’art britannique » ? Explications.

Vue du triptyque Three Studies for Figures at the Base of a Crucifixion (1944) de Francis Bacon, exposé à la Tate Britain de Londres.

Imagine-t-on, en France aujourd’hui, un « musée de l’art français » équivalent à la Tate Britain, où l’on pourrait croiser, d’une salle à l’autre, les toiles de David et de Manet, les installations de Claude Lévêque et Philippe Parreno ? Ce fut, au XIXe siècle, la mission du palais du Luxembourg, exposant les gloires contemporaines françaises. Mais, dans leur mission d’universalité, les musées-monstres comme le Louvre ou le Metropolitan Museum de New York se déploient désormais en écoles — flamande, française, italienne, etc. — et le nationalisme artistique n’est pas forcément vu du meilleur œil.

Peut-on soupçonner la Tate Britain de Londres de faire du nationalisme artistique ? Inaugurée en 1897 sous le nom de National Gallery of British Art dans un bâtiment néoclassique trônant sur les rives de la Tamise, sur la Millbank, elle fait aujourd’hui partie de la Tate Gallery (du nom de son fondateur Sir Henry Tate), qui regroupe trois autres institutions : la Tate Modern, la Tate Liverpool et la Tate St Ives. On y trouve la plus grande collection au monde d’art britannique, essentiellement peinture et sculpture, allant de la Renaissance à l’art contemporain et regroupée par décennies.

Vieux musée prestigieux qui reflète toute la fierté insulaire de la Grande-Bretagne, la Tate Britain fait peau neuve : 500 œuvres égrenées chronologiquement dans une vingtaines de salles, permettent de dessiner un profil à l’art britannique. Quel est-il au juste ? Quels points communs entre l’élégante Lady with a Dove de John Brett (1864) et un moulage en résine de Rachel Whiteread (Untitled (Floor), 1995) ? Quel lien relie le Portrait du capitaine Thomas Lee aux jambes nues veinées, par Marcus Gheeraerts (1594), le Flatford Mill de John Constable (1818), l’Ophelia de John Everett Millais (1852), et l’Apocalypse de John Martin (1853) ? Comment dialoguent une Nocturne de Whistler (1871), le Torse en métal de Jacob Epstein (1916), un triptyque de Francis Bacon (ill.) et A Bigger Splash de David Hockney (1967) ? À juxtaposer (mais pas confronter) ainsi des œuvres produites dans des contextes très différents, ne prend-on pas le risque de les aplatir, pour les ravaler à un simple critère : leur britannité ?

Sir John Everett Millais, Ophelia, 1852, Londres, Tate Britain.

Force est de constater que le critère arbitraire fait de cette timeline, mode de visualisation diachronique par lequel nos vies, via notamment les réseaux sociaux, sont de nos jours modelées, est d’une puissance d’évocation stupéfiante. Bien vite on oublie, de décennie en décennie, que l’on est dans un musée d’art britannique, pour admirer la qualité époustouflante d’une collection unique. Même si en filigrane il est aisé de reconstituer par les œuvres une histoire politique, économique, sociale, littéraire, etc. de la Grande-Bretagne.

Au choix, on pourrait ainsi raconter sa noblesse via les portraits anonymes des Cholmondeley Ladies, sa poésie par la Monna Vanna de Dante Gabriele Rossetti, sa mixité sociale par l’Omnibus Life in London de William Maw Egley. On y retrouverait les portraits d’artistes indispensables : deux salles entières sont consacrées à des grandes figures british, William Blake et Henry Moore, tandis qu’une pièce accueille la Chapman Family Collection (2002), ces 34 statuettes en bois reproduisant des symboles de la pop culture sous forme d’artefacts d’art primitif. On y filerait aussi une histoire de la femme, de la Lady of Shalott de John William Waterhouse (1888) à la Girl whith a Kitten de Lucian Freud (1947). On y verrait, enfin peut-être, prendre forme un certain imaginaire d’outre-Manche, peuplé de fées, de courses de chevaux, de chasse à courre et d’usines rougeoyantes, traversé de furies et de regards clairs.

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