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Le Qatar déboulonne le « Coup de tête » de Zidane

Stéphanie Broisat 5 novembre 2013

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Installée sur la Corniche de Doha, au Qatar, l’immense statue immortalisant le coup de tête de Zinedine Zidane porté à l’Italien Marco Materazzi en finale du Mondial de football 2006, exposée sur la Piazza du Centre Pompidou l’an passé, a été dénoncée par certains Qataris comme encourageant la violence et l’idolâtrie. Elle a été, depuis, retirée.

La statue Coup de tête d’Adel Abdessemed exposée sur la Corniche de Doha, au Qatar © Karim Jaafar.

Alors qu’une campagne dénonçant l’idolâtrie, interdite par l’islam, s’est élevée à l’encontre de la statue Coup de tête de l’artiste français Adel Abdessemed, le Qatar a dû déboulonner ladite œuvre de son piédestal.

Si certains pays musulmans exposent des statues publiques, les monarchies conservatrices du Golfe évitent quant à elles d’en exposer, sous prétexte que l’islam interdirait la représentation d’êtres humains ou d’animaux, et ainsi prévenir toute idolâtrie.

« Félicitations, nous avons de nouvelles idoles », s’est exclamé un commentateur sur Twitter, tandis que d’autres furent clairement plus virulents : « Nous voulons une légitime fatwa [avis religieux, généralement une condamnation, ndlr] émanant du ministre des affaires étrangères contre cette statue. Les statues sont interdites en islam et l’action de Zidane n’était pas éthique ». Chez d’autres, c’est le patriotisme qui se retrouve d’un coup exalté : « Qui est ce Zidane pour être honoré par une statue ? Qu’a-t-il fait pour le Qatar ?».

Le fameux coup de tête du 6 juillet 2006.

Dans un entretien au Figaro, Adel Abdessemed explique : « Ces protestations émanent d’une poignée de fanatiques. Leur vision conservatrice de l’islam est anti-humaine. Il est vrai que mes pièces ne cherchent pas à promener gentiment le visiteur, de vitrine en vitrine. On a juste perdu l’habitude de l’art comme confrontation, comme mise en question du monde dans toutes ses dimensions. Je ne cherche pas à choquer mais à supprimer la distance entre l’œuvre et celui qui la regarde, à l’impliquer directement, de façon à ce que ce dernier soit responsabilisé par l’art. A ce titre, l’art, le vrai, n’est jamais inoffensif ».

L’aspect religieux ne serait donc pas le seul motif de désapprobation du Coup de tête d’Abdessemed. Ça n’est pas la première fois que l’art contemporain suscite l’incompréhension au Qatar, qui pourtant investit massivement dans la création, comme le rappelle Rooksanna Hossenally dans le New York Times, citant en exemple une exposition de Louise Bourgeois provoquant un certain scepticisme.

Le Coup de tête de Zidane sera dorénavant visible au Musée arabe d’Art moderne (le Mathaf) de Doha, dans le parcours de l’exposition d’Adel Abdessemed, intitulée L’Âge d’or, inaugurée début octobre. Cependant, cet événement est lui aussi remis en question. « Comme je suis né en Algérie, terre officiellement musulmane, on me traite d’athée et donc de traître. Les critiques qui me visent sont toujours plus dures, plus personnelles, plus radicales », ajoute l’artiste, qui lui-même doute que son exposition reste ouverte jusqu’au 5 janvier, date officielle de clôture.

Son colosse de bronze de plus de cinq mètres de haut a été acheté par l’Autorité des musées du Qatar dans le cadre des préparatifs de la Coupe du Monde de football de 2022, qui doit se dérouler dans le riche émirat du Golfe.

Mise à jour du lundi 2 novembre 2013 : Nouvelles précisions concernant la statue du coup de tête de Zinédine Zidane. Alors que l’œuvre a quitté son socle, le commissaire de l’exposition d’Adel Abdessemed, Pier Luigi Tazzi, vient de révéler qu’il s’agirait en réalité d’une demande émanant du footballeur lui-même. D’après The Art Newspaper, Zinédine Zidane serait à l’origine  du retrait de la statue sur la corniche de Doha. Pier Luigi Tazzi a d’ailleurs exprimé dans le journal Le Monde ses doutes à l’égard de Zinédine Zidane : « Nous avons la suspicion légitime, confortée par certains témoignages hautement crédibles, que M. Zidane, en tant que membre du comité organisateur de la Coupe du monde 2022 au Qatar (…), est intervenu directement ou indirectement sur la décision du QMA de retirer l’œuvre d’Adel Abdessemed. Il aurait par conséquent obtenu à Doha ce qu’il n’avait pas réussi à obtenir à Paris ».

En effet, toujours selon Le Monde, Zinédine Zidane aurait entretenu une correspondance avec l’artiste durant son exposition au Centre Pompidou, en 2012. Le footballeur aurait affirmé que « cette exploitation [de son image] est faite en violation de [s]es droits ». « Inutile de vous dire à quel point il est blessant et insupportable de voir ce moment particulièrement douloureux de ma vie devenir un objet d’attraction touristique et un sujet de photo-souvenir d’un moment que nous souhaiterions tous oublier, même si je l’assume ! ». Avant de terminer : « Je vous remercie de me confirmer que vous cessez ou faites cesser toute exposition publique de la pièce litigieuse à la fin de cette session au Centre Pompidou ».

 

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