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Découverte d’un trésor de 1500 œuvres d’art moderne spoliées par les nazis

Stéphanie Broisat 4 novembre 2013

La nouvelle est sans précédent dans l'histoire de la redécouverte d'œuvres d'art spoliées par les nazis. Près de 1500 tableaux de maîtres, propriétés de collectionneurs juifs, ont été découverts à Munich dans l’appartement d’un octogénaire, fils d’un célèbre collectionneur d’art du IIIe Reich. Parmi les toiles, des œuvres de Picasso, Matisse ou encore Chagall, pour une valeur totale approchant le milliard d’euros.

Vente d'un auto-portrait de Vincent Van Gogh en 1939, considéré comme une pièce de l'«art dégénéré» © Wikimedia

Dans les pièces sombres de l’appartement d’un octogénaire de Munich ont été conservées dans la plus grande discrétion près de 1500 toiles, confisqués à des propriétaires juifs sous le régime nazi. Parmi un amas de boîtes de conserves périmés et de détritus, des grands noms de la peinture du XXe siècle ont ainsi sombré dans l’oubli, avant de refaire surface, comme le révèle l’hebdomadaire allemand Focus. La découverte remonte à 2011, mais, principalement pour des raisons de sécurité, elle n'a été portée à l'attention du public que la semaine dernière.

Le père de l’octogénaire, le collectionneur allemand Hildebrand Gurlitt avait acquis cette collection durant les années 1930 et 1940. D’abord peu apprécié des nazis (sa grand-mère étant juive), il sut pourtant très vite se rendre indispensable auprès des hauts dignitaires du IIIe Reich. En effet, son immense réseau de contacts dans le milieu artistique pouvait permettre l’écoulement des toiles confisquées par le régime, quand elles n'étaient pas vendues directement à bas prix par des juifs en fuite.

Par ailleurs, Hildebrand Gurlitt avait été chargé par le ministre de la propagande, Joseph Goebbels, de vendre dans les pays étrangers des tableaux dits « d’art dégénéré », confisqués aux musées allemands par les SS. En 1937, une exposition avait été organisée par Adolf Zigler et le parti nazi avec ces fameuses pièces (dont 300 appartenant à Hildebrand Gurlitt), intitulé Die Ausstellung Entartete Kunst.

Dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale, Gurlitt, se pressa pourtant de nier une quelconque accointance avec le régime une fois tombé. En effet, il mit en avant ses origines juives et sa non appartenance aux organisations du Reich afin de se tirer d’affaire. Selon lui, ses achats répétés étaient une manière d’aider les juifs et les artistes persécutés. Un argument bien cynique…

Quelques œuvres retrouvées à Munich, de la main de Franz Marc, Henri Matisse et Otto Dix © Christof Stache/Agence France-Presse — Getty Images ;  Michael Dalder/Reuters.

Hildebrand Gurlitt est décédé en 1956 dans un accident de voiture. Depuis plus de cinquante ans, son fils, Cornelius Gurlitt, a conservé ces œuvres, vivant de la vente de ces toiles. Parmi les tableaux, on note la présence d’un Matisse, ayant appartenu autrefois au collectionneur juif Paul Rosenberg, forcé d’abandonner sa collection lorsqu’il a fui Paris. À cela s’ajoutent des peintures de grands maîtres allemands du XXe siècle, allant d’Emil Nolde à Franz Marc, en passant par Max Libermann.

L’étonnement vient bien évidemment du néant des poursuites, ayant laissé au final dans la nature un nombre incalculable de tableaux de grande valeur culturelle. Pourtant, cela peut s'expliquer en grande partie par les paroles d'Hildebrand Gurlitt, qui, lors de son interrogatoire par l'armée américaine, a fait mention de la destruction entière de sa collection dans sa maison à Dresde, suite aux bombardements de 1945 qui avaient ravagé la ville. Relaxé par les autorités, il continua cependant à vendre des œuvres d'art jusqu'à sa mort, avant que son fils ne reprenne le flambeau. Ce sont ses activités qui amenèrent la police allemande à ouvrir une perquisition dans son appartement, les 9000 euros qu'il transporta sur lui lors d'un retour de Suisse mettant le feu aux poudres.

Photo d'un dessin d'Eugène Delacroix, Conversation mauresque sur une terrasse, telle qu'elle fut publiée le 11 novembre par les autorités allemandes sur le site lostart.de.

Selon Focus, depuis 2011, date de la découverte des tableaux par la police allemande, une experte en « art dégénéré », Meike Hoffman, professeur de l’Université Libre de Berlin, recherche l’origine des œuvres et leurs propriétaires ou leurs descendants. Parmi les héritiers, on peut cependant mettre en lumière Anne Sinclair, petite fille de Paul Rosenberg, principalement connue comme journaliste politique et épouse de Dominique Strauss-Kahn. Même si elle se bat depuis des années pour récupérer son héritage spolié par les nazis, elle ignorait tout de la toile récemment découverte et laissée aux mains des Gurlitt.

Mise à jour le 5 novembre 2013 : Suite à la conférence de presse tenue mardi 5 novembre à Munich par les autorités locales, on sait que le nombre exact d'œuvres retrouvées s'élève à 1406. Il s'agit de peintures, lithographies, gravures, aquarelles de la main de maîtres des XIXe et XXe siècles tels que Matisse, Chagall, Emil Nolde, Oskar Kokoschka, Paul Klee, Picasso, Kirchner, Max Beckmann, Renoir, Courbet, Max Liebermann, Otto Dix, August Macke, Karl Schmidt-Rottluff, Toulouse-Lautrec, mais aussi de maîtres anciens comme Dürer. L'historienne de l'art Meike Hoffmann souligne que la plupart des œuvres ne sont pas documentées, et n'apparaissent pas dans les catalogues raisonnés des artistes. Elle relève par ailleurs leur exceptionnelle qualité de conservation, ceci étant notamment dû au fait que les toiles et gravures étaient gardées dans une pièce à part, loin des ordures accumulées dans l'appartement de Cornelius Gurlitt.

Mise à jour le 12 novembre 2013 : Nouveau rebondissement dans l'affaire des tableaux retrouvés. Selon l'hebdomadaire Focus et le quotidien Bild de ce dimanche, l'Office central des douanes aurait dressé la liste des œuvres acquises « légalement » par Hildebrand Gurlitt. Au nombre de 315, elles devraient être rendues à son fils. Une décision qui s'explique par la vente de ces tableaux au collectionneur par les musées nationaux et régionaux allemands, à la demande du régime hitlérien. On y retrouve ainsi un Chagall, un Nolde et un Picasso. Cependant, 194 autres pourraient être restitués aux héritiers des propriétaires d'origine. En effet, tout laisse à penser que ces toiles auraient été vendues sous la contrainte par des collectionneurs juifs au régime nazi. Pour plus de clarté, le président du Congrès juif mondial a demandé au gouvernement allemand de publier assez rapidement un inventaire des œuvres retrouvées.

Mise à jour le 13 novembre 2013 : Les autorités bavaroises ont publié sur le site lostart.de les photographies de vingt-cinq œuvres trouvées chez Cornelius Gurlitt, éligibles à la restitution, signées notamment Canaletto, Daumier, Delacroix, Dix, Matisse ou Rodin. D'autres images devraient être diffusées au fur et à mesure de l'investigation sur cette base de données gérée par l'Office Central de Documentation des Biens culturels perdus à Magdeburg. A également été annoncée la mise en place d'une task force de six experts destinée à identifier les œuvres et retrouver rapidement leurs propriétaires. L'affaire n'en est donc qu'à ses débuts (de nouvelles infos sur cette page prochainement).

Mise à jour du 26 novembre 2013 : Dans un article publié aujourd'hui, Rue 89 révèle que 105 œuvres d'art passées entre les mains d'Hildebrand Gurlitt sont dans les musées français, au titre des œuvres récupérées à la Libération. Possédant le signe MNR (Musées Nationaux Récupération), ces biens sont divisés en deux catégories : ceux tout d'abord qui ont été spoliés et dont il convient de trouver leur propriétaire, puis les œuvres qui ont été vendues pendant l'Occupation. Dans ce cas, l'Etat français considère que la transaction est nulle.

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