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Prix Marcel Duchamp 2013 : les nommés sont…

Magali Lesauvage 21 octobre 2013

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Thomas Hirshhorn, Dominique Gonzalez-Foerster, Carole Benzaken, Mathieu Mercier, Claude Closky, Philippe Mayaux, Tatiana Trouvé, Laurent Grasso, Saâdane Afif, Cyprien Gaillard, Mircea Cantor, Dewar & Gicquel… Ces noms vous disent quelque chose, et pour cause. Depuis qu’il a été créé, en 2000, le prix Marcel Duchamp, qui « distingue un artiste français ou résidant en France, représentatif de sa génération [donnée assez floue], et travaillant dans le domaine des arts plastiques et visuels », a mis au devant de la scène treize créateurs qui ont largement bénéficié, notamment à l’international, de cette soudaine mise en lumière. Cette année, ils sont une fois encore quatre artistes à être nommés (ou plus exactement cinq, car s’y glisse un duo), dont trois femmes, et leur moyenne d’âge est de trente-huit ans : Farah Atassi, Latifa Echakhch, Claire Fontaine et Raphaël Zarka. Présentations, avant la révélation du / de la / des gagnant(e)(s) samedi matin à la FIAC.

[Dernière minute] Le prix Marcel Duchamp 2013 a été attribué samedi 26 octobre à LATIFA ECHAKHCH (voir son portrait ci-dessous).

Farah Atassi

Farah Atassi, Building the city II, 2013, courtesy galerie Xippas, Paris.

Benjamine de la promotion, Farah Atassi, trente-deux ans, est aussi la chouchoute du marché de l’art. Née en Belgique de parents syriens, elle fut « découverte » en 2010 au Salon de Montrouge, puis dans l’exposition générationnelle Dynasty au Palais de Tokyo. L’année suivante elle intègre la prestigieuse galerie Xippas (qui lui consacre une exposition personnelle jusqu’au 26 octobre), et son ascension a depuis été fulgurante. Peintre, Farah Atassi s’inspire de l’histoire de l’architecture moderniste pour exécuter des toiles géométriques au pouvoir hypnotique. Ses premières œuvres furent des intérieurs modernes à perspective non-euclidienne, légèrement sales, dans cette poésie de la ruine qui obsède de nombreux artistes d’aujourd’hui. Oscillant entre figuration et abstraction, l’artiste dissout les formes pour mieux les faire éclater en (dé)compositions pixellisées, où jouent les vides et les pleins, selon une grille obtenue par des bandes de scotch dont l’empreinte est encore visible. Une « cuisine » artistique perceptible, qui permet aux œuvres d’échapper à un aspect trop lissé et froid, et rend l’expérience de face-à-face avec sa peinture assez vertigineuse.

Latifa Echakhch

Latifa Echakhch, À chaque stencil une révolution, 2007, papier carbone A4, colle, alcool à brûler, vue de l’installation Art Unlimited, Art Basel, 2010. Courtesy de l’artiste et de la galerie Kamel Mennour, Paris.

Née en 1974 au Maroc, vivant entre Paris et la Suisse, ayant fait ses études en France, Latifa Echakhch fait partie de ces artistes au parcours international, ces « radicants » évoqués par Nicolas Bourriaud, qui travaillent et vivent dans une géographie diffractée. Représentée en France par la galerie Kamel Mennour, l’artiste réalise des installations monumentales au fort impact visuel, mais non dénuées d’un important substrat de sens. Ainsi le vaste paysage d’encre sur papier carbone, À chaque stencil une révolution, présenté en 2010 dans la section Art Unlimited de la foire Art Basel, est-il à l’image d’une œuvre fondée sur l’histoire et ses retentissements poétiques. Basé sur l’idée de trace, le travail de Latifa Echakhch multiplie les allusions au souvenir : des chapeaux melons remplis d’encre (encore) gisent au sol, tout comme les briques disposées au pied de murs maculés de pigments (Tkaf, 2011) ou les restes d’une fête foraine (Goodbye Horses, 2012). Chez Latifa Echakhch, les objets et le réel glissent vers la métamorphose, dans une sensation de fin de partie. Saisissant.

Claire Fontaine

Claire Fontaine, Brand, 2011, fer à marquer. Courtesy galerie Air de Paris, Paris.

Représentée par les galeries Air de Paris et Chantal Crousel, l’artiste fictive Claire Fontaine, « née » en 2004, s’est fait une spécialité d’un art politisé mettant en jeu la méthode du « grand détournement ». Ce duo (composé du Britannique James Thornhill et de l’Italienne Fulvia Carnevale) se définit comme un « artiste ready-made », et reprend l’humour de Marcel Duchamp (d’où la référence à la Fontaine) en prônant l’anonymat de l’artiste (d’où la dissimulation derrière le nom d’une fameuse marque de fournitures scolaires, mais aussi d’une comptine narcissique) pour dynamiter le capitalisme, la propriété intellectuelle ou privée, et les excès sécuritaires sous des formes plus ou moins perceptibles. Son modus operandi : « élaborer une version d’art néo-conceptuel qui souvent ressemble au travail d’autres gens » ; sa pratique : « un questionnement ouvert de l’impuissance politique et de la crise de la singularité qui semblent caractériser l’art contemporain aujourd’hui ». Une démarche qui frôle parfois la naïveté ou la pose, mais qui a permis de produire des œuvres au fort impact visuel et subversif, comme Brand (2011), fer à marquer « CF » dénonçant la violence des sigles, ou la fameuse carte de France constituée d’allumettes enflammées.

Raphaël Zarka

Raphaël Zarka, Formes du repos, photographie, série débutée en 2001, collection Fonds National d’Art Contemporain. Courtesy galerie Michel Rein, Paris.

Bien que l’on serait ravi(e) de voir une femme remporter ce 14e prix Marcel Duchamp (rappelons qu’elles ne sont pour l’instant que trois à avoir été récompensées), avouons que notre favori cette année est un homme. Par la rigueur de sa démarche comme par sa (ré)invention de formes, Raphaël Zarka, trente-six ans, représenté par la galerie Michel Rein, est peut-être cet « artiste représentatif de sa génération » (puisque c’est ce critère premier qui est mis en jeu pour l’obtention du prix). Transformant l’esthétisme et l’hédonisme propres au milieu du skate, ce passionné en a fait un objet de recherches (voir ses ouvrages La Conjonction interdite, notes sur le skateboard et Une journée sans vague. Chronologie lacunaire du skateboard 1779-2009). Adepte de la courbe et de la glisse, héritier de l’art minimal, Zarka est un archéologue du modernisme et de ces Formes du repos dont, en collectionneur, il compile les images, ou qu’il réactive (notamment le, ouvrez les guillemets, « rhombicuboctaèdre »), fabriquant une draisine pour voyager sur un aérotrain utopique, ou élaborant des sculptures à clés. Comme le rider dans la ville, Raphaël Zarka fait de l’art son aire de jeu, le caresse pour mieux en révéler la beauté, y plonge sans s’y noyer. Un gigantesque skate park ou une draisine seront-ils installés l’an prochain dans l’Espace 315 du Centre Pompidou, qui accueille chaque automne les lauréats du prix Marcel Duchamp ? On en rêve.


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