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La « Frise de Beethoven » de Klimt pourrait être restituée à ses propriétaires

Stéphanie Broisat 18 octobre 2013

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C’est l’une des demandes de restitution les plus importantes effectuée par une famille spoliée par le régime nazi. Les Lederer souhaitent en effet récupérer les sept panneaux de La Frise de Beethoven de Gustave Klimt, visible au Pavillon de la Sécession de Vienne. 

Détail de La Frise de Beethoven, par Gustave Klimt © Pavillon de la Sécession, Vienne.

Présentée au Pavillon de la Sécession à Vienne, La Frise de Beethoven pourrait très prochainement changer de décor. Du moins est-ce la volonté de la famille Lederer, propriétaire depuis 1915 de l’œuvre, spoliée par les Nazis en 1938. Les héritiers s’appuient sur les lois facilitant la restitution des biens spoliés pendant la Seconde Guerre Mondiale, votées en 1998 et 2009 en Autriche, pour faire valoir leurs droits sur ces toiles.

Réalisée en 1902 à l’occasion de la 14e exposition de la Sécession Viennoise, l’œuvre est un hommage à la 9e Symphonie de Beethoven. Composée de trois volets, elle s’étend sur trente-quatre mètres de long, mesure deux mètres de hauteur et pèse près de quatre tonnes. En 1903, le collectionneur Carl Reininghaus en fait l’acquisition puis la vend, en 1915, à August et Serena Lederer, propriétaires d’un ensemble de distilleries en Autriche. Mécènes de Schiele et de Klimt, ils détiennent l’une des plus importantes collections de ces artistes. Avec l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne et l’application des lois contre les juifs, l’entreprise Lederer est mise entre les mains d’un administrateur nazi, tandis que la famille doit s’acquitter du paiement de lourdes taxes discriminatoires sur leurs biens. Sous la contrainte, elle cède ses œuvres, et s’exile en Hongrie. L’ensemble de cette collection fut par la suite détruit par un commando d’artificiers de la Wehrmacht, dans les derniers jours du conflit, au château d’Immendorf. Tous, sauf la Frise de Beethoven.

L’œuvre a été restituée à l’héritier de la famille, Erich Lederer, après la libération. Mais les caisses de l’entreprise familiale sont presque vides. Il arrive pourtant à conserver une partie de sa collection mais la Frise de Beethoven lui échappe. Résidant en Hongrie, Erich Lederer ne peut récupérer les panneaux, car une loi autrichienne datant de 1918 interdit l’exportation des œuvres d’art. L’État autrichien, qui souhaite conserver le Klimt, met ainsi en place un habile stratagème. S’ensuit dès lors une guerre psychologique entre les deux partis, avant qu’Erich Lederer ne finisse par accepter en 1973 la vente de son bien pour 750 000 dollars (tandis que Sotheby’s l’avait estimé à près de 2 millions de dollars).

En 1998, l’Autriche introduit une loi sur les restitutions, permettant de récupérer des œuvres spoliées contre des licences d’exportation. Ainsi, les héritiers Lederer se voient restituer six œuvres d’Egon Schiele et un tableau de Gentile Bellini. En 2009, une seconde loi permet la restitution d’une œuvre vendue à un pays à cause d’une interdiction d’exportation, ce qui introduit la Frise de Beethoven dans ce cas de circonstance, ainsi que le stipule l’avocat de la famille, Marc Weber.

La décision est aujourd’hui entre les mains d’un comité scientifique des musées fédéraux autrichiens, dont l’avis sera délivré au ministère de la culture, afin d’envisager ou non une restitution de ce véritable trésor national.

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